Incidents au Stade de France : France-Danemark, un match à enjeu… surtout pour le gouvernement

Sur le terrain, les Bleus pourraient avoir du mal à se défaire de l’équipe danoise, demi-finaliste surprise du dernier Euro de football. Mais les joueurs de Didier Deschamps ne seront pas les seuls à avoir la pression ce vendredi soir au Stade de France. Six jours après la chaotique finale de la Ligue des champions entre le Real Madrid et Liverpool, les autorités ont déployé un important dispositif pour assurer la sécurité de la rencontre. Il faut dire que les images de spectateurs agglutinés derrière les grilles, de forces de l’ordre intervenant avec des gaz lacrymogènes et de  délinquants volant et agressant les supporters ont fait le tour du monde, déclenchant une vive polémique dépassant largement les frontières de l’Hexagone.

Face aux critiques, le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, a été sommé de s’expliquer devant les sénateurs de la commission des Lois, qui l’ont longuement interrogé mercredi sur les dysfonctionnements constatés samedi dernier. Le locataire de la Place Beauvau a bien reconnu que « les choses auraient pu être mieux organisées » et regretté que « cette fête du sport a été gâchée ». En revanche, il a maintenu ses accusations contre les supporteurs anglais, qu’il tient pour seuls responsables de « la fraude massive, industrielle et organisée de faux billets ». Sans jamais revoir sa position sur le dispositif sécuritaire mis en place à l’occasion de la finale.

Des explications peu convaincantes

Malgré son insistance, 76 % des Français n’ont pas été convaincus par ses explications, selon un sondage Odoxa-Backbone Consulting pour le Figaro. Le chef de l’Etat a bien fait savoir, lors d’un déplacement à Marseille, qu’il maintenait sa confiance dans le premier flic de France. Mais selon une source interrogée par BFM TV, Emmanuel Macron était « furieux » contre son ministre de l’Intérieur, qu’il n’a pas manqué de recadrer en privé. De son côté, le Canard enchaîné écrit que le président de la République a qualifié le « spectacle » de samedi comme étant « pitoyable », « honteux » et « indigne de la France ».

Gérald Darmanin semble conscient qu’aucun débordement ne sera admis ce vendredi soir par le plus haut sommet de l’Etat. Bien que la rencontre ne présente pas de risque particulier, un important dispositif de sécurité sera donc déployé aux abords du Stade de France : 2.000 policiers et gendarmes, dont 650 dédiés à la lutte contre la délinquance, qui avait été un peu négligée par les cadres de la Préfecture de police lors du match opposant le Real de Madrid à Liverpool. « Notre attention n’avait pas été portée sur cet aspect-là, et nous tirons tous les enseignements de samedi dernier », a déclaré sur BFMTV la porte-parole de la préfecture de police, Loubna Atta.

« On ne joue pas dans la même catégorie »

L’acheminement du public sera également scruté de près alors qu’une grève sur le RER B est prévue, comme samedi dernier. Le trafic avait été légèrement perturbé sur la ligne desservant le Stade de France, entraînant un report sur le RER D et la ligne 13 du métro, ce qui a alimenté la pagaille. La préfecture de police a fait savoir qu’un « dispositif spécifique de régulation des flux » sera mis en place à la sortie du RER D. La FFF, pour sa part, prévoit un dispositif ordinaire aux abords du stade, avec huit points de préfiltrage de sécurité et la mobilisation de 1.270 agents de sûreté pour accueillir les 78.000 spectateurs attendus.

Face à l’ampleur du dispositif déployé, Linda Kebbab, déléguée nationale du  syndicat Unité SGP-police FO, ne cache pas son étonnement. « On met le paquet pour une rencontre entre deux sélections nationales alors qu’il aurait fallu mieux préparer et anticiper la rencontre qui opposait deux clubs européens avec de grands footballeurs internationaux. La ferveur populaire et une partie du public ne sont pas les mêmes », explique-t-elle, soulignant que « le risque hoolignan n’a strictement rien à voir ». Et la syndicaliste de conclure : « Ce serait une erreur de dire que la préfecture de police n’aura pas échoué si ce soir, ça se passe mieux que samedi. On ne joue pas dans la même catégorie ».