Incidents au Stade de France : Ce que l’on sait sur cette vidéo montrant un supporter anglais gazé

Un policier qui s’approche d’un supporteur, tend le bras et l’asperge de gaz lacrymogène : la séquence, tournée samedi soir au Stade de France avant la finale de la Ligue des Champions entre Liverpool et le Real Madrid, a été vue plus d’1,8 million de fois après avoir été reprise dimanche sur Twitter. On y voit deux policiers et des stadiers se tenir à l’intérieur du stade, derrière des tourniquets, tandis qu’un jeune homme cherche dans une enveloppe son billet pour entrer voir le match. Le jeune homme ne regarde pas les policiers, ne les interpelle pas, il est tourné de profil derrière le tourniquet pour chercher son billet. Il essaie ensuite de le faire passer dans le tourniquet, sans succès.

Derrière lui, alors qu’une seule porte est ouverte, des supporteurs britanniques essaient d’avancer pour entrer, et l’un d’entre eux interpelle les stadiers. Alors que le jeune homme se retourne pour aller vers un autre tourniquet, un policier de la préfecture de Police de Paris, identifiable aux bandes bleu sur son casque, se rapproche et tire du gaz lacrymogène. Le jeune homme a alors un geste de recul et s’approche d’un autre tourniquet, où il pourra finalement valider son billet.

Un autre homme, qui vient de rentrer dans le stade et qui porte une accréditation autour du cou, est lui à terre, gêné par les gaz lacrymogènes. Un stadier, visiblement aussi gêné par les gaz, l’aide à se relever.

La scène a suscité un grand nombre de réactions. « Je veux dire… Qu’est-ce que c’est que ce truc ? Des fans ne font que passer à travers la porte pour scanner leur ticket et il se passe ça ? », a lancé un compte de supporteurs.

Que s’est-il passé samedi soir ? La vidéo a été filmée par Arthur Quezada, un journaliste portugais, correspondant du média TNT Sports. Une séquence plus longue a été postée sur les comptes Twitter et Facebook de TNT Sports Brasil.

Elle a été filmée porte Y, environ 20 minutes avant le début du match, confirme une porte-parole du média à 20 Minutes. Avant la séquence qui est devenue virale, trois policiers y propulsent des gaz lacrymogènes sur les supporteurs anglais qui sont aux tourniquets et derrière la porte, avant de s’éloigner. L’homme qui suffoque à genoux dans la séquence virale semble avoir été touché par ces tirs. C’est ensuite qu’un autre policier se rapproche et use du gaz lacrymogène en direction du supporteur qui cherche son billet.

Gérald Darmanin parle d’une vidéo où un policier a « utilisé de manière non proportionnée son gaz lacrymogène »

Gérald Darmanin a reconnu lundi avoir « vu une vidéo » où un « policier de la préfecture de Police [de Paris] » avait « utilisé de manière non proportionnée son gaz lacrymogène ». Le ministre a indiqué avoir « le jour même appelé monsieur le préfet de Police » et il a précisé que des « sanctions doivent être prises pour ces personnes qui n’utilisent pas les gaz lacrymogènes dans les bonnes conditions ». Contactés, le ministère de l’Intérieur et la préfecture de Police n’ont pas confirmé si le ministre faisait bien allusion à ces images tournées par le journaliste portugais.

Lors de la même conférence de presse, Gérald Darmanin a également déploré que des « femmes » et des « enfants » aient été touchés par ces gaz lacrymogènes, mais a justifié l’usage de ces aérosols pour faire reculer la foule : « Une partie d’entre eux, avec d’autres supporteurs, dans une foule très compacte, s’est bousculée soit contre les cordons de CRS, soit contre les grilles, a-t-il expliqué. Pour relever – si j’ose dire – de l’espace afin que les gens ne meurent pas écrasés, il a été fait l’objet de gaz lacrymogènes. » Le ministre a toutefois défendu l’opération de maintien de l’ordre samedi soir, avançant que celle-ci avait évité des « morts ».

La séquence devrait « a priori intéresser le parquet de Paris »

Selon le règlement général de la police nationale, les policiers doivent faire « preuve de sang-froid et de discernement dans chacune de leurs interventions » et veiller « à la proportionnalité des moyens humains et matériels employés pour atteindre l’objectif de leur action ».

Le Code de sécurité intérieure rappelle également « cette exigence d’absolue nécessité et de proportionnalité » dans l’usage des armes, souligne auprès de 20 Minutes Olivier Cahn. Pour le professeur de droit pénal à l’université de Cergy, « ce genre de comportement est absolument dramatique pour l’image de la police française ». Au vu des images et sous réserve d’une enquête, « ce que [le policier] fait à ce moment-là, en droit pénal ça se qualifie très bien : c’est l’article 222-13 du Code pénal qui porte sur les violences volontaires ».

La séquence devrait « a priori intéresser le parquet de Paris » pour l’ouverture d’une enquête. Olivier Cahn rappelle que la Cour européenne des droits de l’homme, « en cas de suspicion de violence policière, impose à l’Etat de faire une enquête ».