Incendies en Gironde : Chevreuils, lézards… Que reste-t-il de la faune dans les forêts dévastées ?

Que reste-t-il de la vie animale dans les forêts sinistrées de Gironde ? Des incendies monstrueux ont sévi en juillet et en août, détruisant près de 30.000 hectares de zones boisées, dans le Sud Gironde et sur le Bassin d’Arcachon. Quelques semaines après l’extinction de ces brasiers, et alors qu’un autre incendie d’ampleur a frappé le Médoc mi-septembre, 20 Minutes s’intéresse aux conséquences pour la faune sauvage.

S’il est très difficile de connaître le nombre d’animaux qui ont péri dans les flammes, les associations, chasseurs et spécialistes se sont rendus sur place dès que cela a été possible, et livrent un premier état des lieux.

« Coup de grâce » pour certaines espèces prises au piège ?

« Cela a été plus grave que prévu pour la faune de la forêt usagère de la Teste, annonce d’emblée Françoise Branger, de l’association Bassin d’Arcachon Ecologie. Si on compte les insectes, les reptiles, les amphibiens, des millions d’animaux sont morts. Même ceux dont on aurait pu penser qu’ils auraient pu fuir ont été piégés, car les sangliers, les chevreuils, ont eu leurs sabots fondus et n’ont pas pu faire un pas de plus. On a vu des films de sangliers incendiés en train de courir avec le feu sur eux. » Mais ce sont ceux qui occupaient le sous-sol de la forêt, lui aussi brûlé, qui ont succombé en plus grand nombre.

Matthieu Berroneau, spécialiste des reptiles et des amphibiens auprès de l’association Cistude Nature, s’inquiète du sort de plusieurs espèces endémiques du Sud Gironde, qui étaient déjà en voie de disparition avant la catastrophe. « Le lézard vivipare, par exemple, s’il est bien présent dans le nord de l’Europe, est très rare en Gironde, et uniquement cantonné à ce milieu, où il vit dans des lagunes qui sont pour lui des refuges froids au sein d’un écosystème qui est très chaud, à savoir la pinède des Landes de Gascogne, explique ce spécialiste. On y trouve aussi la Coronelle lisse, quelques espèces de papillons, une libellule… » Impossible de se prononcer à ce stade sur l’état des populations mais cet herpétologue craint que l’incendie n’ait été « le coup de grâce », ajoutant que ce sont des animaux à faible mobilité.

« N’oublions pas les conséquences des fumées »

Selon la base de données de la ligue de protection des oiseaux (LPO) sur les secteurs incendiés, sur 300 espèces suivies à Landiras, 24 figuraient sur la liste rouge des espèces menacées (le papillon fadet des laîches et la fauvette pitchou par exemple). Et, sur le Bassin, 200 espèces ont été identifiées dont 14 inscrites sur liste rouge. Parmi elles, deux espèces de chauves-souris : la grande noctule et la noctule commune, des espèces arboricoles qui ont besoin de vieille forêt, comme celle de la Teste-de-Buch, avec des cavités.

« Les atteintes sont très diversifiées, avec des zones qui ont été entièrement brûlées, et d’autres où la vie a été maintenue, avec parfois une atteinte de surface, peu profonde, nuance Françoise Branger. Mais n’oublions pas les conséquences des fumées également. » Le centre de soins à la faune sauvage de la LPO, basé à Audenge, a reçu une trentaine d’animaux en lien direct avec les incendies, qui présentaient pour la plupart des troubles respiratoires. « On ne s’attendait pas à de gros arrivages, soit les animaux ont pu fuir soit ils n’ont pas pu, mais l’entre-deux est peu probable », souligne Mathieu Sannier, chargé de mission biodiversité au sein de la LPO Aquitaine. Il met en avant, lui aussi, des situations hétérogènes selon les secteurs avec de « petits îlots principalement couverts de feuillus », qui ont pu servir de refuges. La sécheresse a pu être un avantage, dans le sens où le feu est parfois passé très vite, sans avoir le temps de pénétrer sous terre.

Retour timide des sangliers et des chevreuils

Dès qu’elle a pu envoyer des membres prendre la mesure des dégâts après la déclaration de l’extinction des feux, la fédération de chasse de la Gironde a installé des caméras thermiques sur des circuits de 20 à 25 kilomètres de long, pour réaliser les premiers comptages. Trois ont été réalisés à La Teste à ce jour et deux à Landiras. Depuis quinze jours, la végétation basse (fougères, herbe) a commencé à repousser, attirant les herbivores. « Les chevreuils reviennent petit à petit alors qu’on en voyait vraiment très peu au début des suivis, commente Marylou Terlin, technicienne cynégétique au sein de la fédération. Les sangliers sont très présents sur les zones et on y trouve un peu de lièvres, de renards et d’oiseaux. »

Des pièges photographiques ont aussi été installés au cœur des zones sinistrées, près d’abreuvoirs pour observer les espèces qui viennent s’y rafraîchir. Résultat : trois quarts d’entre elles sont des sangliers même s’il y a quelques renards et des oiseaux (palombes, corneilles, geais, mésanges, pinsons etc.) La fédération ne recense pas que les espèces chassables mais tous les types d’oiseaux. Il faudra patienter au moins un an pour avoir le recul suffisant sur les comptages, pour lesquels elle manque de points de comparaison.

Les populations de sangliers sont surveillées de près par la fédération et elles devraient rapidement de nouveau être chassées. A La Teste, le président de l’association locale a choisi d’interdire la chasse des chevreuils, au moins pour le début de saison.

Une opportunité après le drame ?

Après la catastrophe, des questions restent en suspens comme celle du traitement de la forêt usagère de la Teste-de-Buch. « Les animaux reviennent, et l’écosystème est déjà en train de se reconstituer, pourtant, on parle d’interventions lourdement mécanisées à venir dans la forêt, de modifier cet écosystème, de couper quasiment tous les arbres… s’inquiète Françoise Branger. Si c’est cela, le pire est à venir. Il ne faut pour l’instant pas toucher à cette forêt, et attendre de la voir renaître. » La LPO aimerait elle aussi être associée aux réflexions qui vont avoir lieu autour des nouvelles plantations. Elle souhaiterait davantage de linéaires de feuillus et de zones humides, tout en améliorant les mesures de sécurité contre le risque incendie.

« Il faut relativiser, on a tous été choqués par le côté spectaculaire des incendies mais cela reste 30.000 hectares, quand chaque année ce sont 40.000 hectares qui sont urbanisés en France, fait valoir Mathieu Sannier. Ceux-là sont irréversibles alors que sur ces 30.000 hectares brûlés, la nature va pouvoir reprendre ses droits ». Il considère que, tout en restant un drame, les incendies ne sont pas une catastrophe écologique et que c’est même l’occasion de replanter intelligemment. Pour Landiras, il pense qu’il sera possible de retrouver, dans 10 à 15 ans, les espèces qui étaient présentes avant l’incendie mais il convient que certaines pertes à la Teste seront irréparables, comme il s’agissait d’une forêt très ancienne.