Incendie mortel à Crans-Montana en Suisse : victimes difficiles à identifier.
Un incendie a ravagé le bar La Constellation, situé à Crans-Montana, en Suisse, dans la nuit de mercredi à jeudi, faisant une quarantaine de morts et 119 blessés. Selon Pierre-Antoine Lenge, chef de la police judiciaire valaisanne, l’identification des victimes est « une priorité absolue » et « complexe », nécessitant plusieurs jours de travail.
Pour les proches, l’attente est insupportable. Dans la nuit de mercredi à jeudi, à 1h30, un incendie a dévasté le bar La Constellation à Crans-Montana, une station de ski huppée en Suisse. L’établissement était bondé de clients venus fêter le Nouvel an. Environ quarante personnes ont perdu la vie et 119 autres ont été blessées, dont beaucoup de jeunes et de touristes.
Depuis cet incident, de nombreuses familles de personnes présentes dans le bar la nuit de la Saint-Sylvestre n’ont pas reçu de nouvelles de leurs proches. Cela s’explique par le fait que l’identification des victimes était toujours en cours vendredi soir. « C’est une priorité absolue », a déclaré Pierre-Antoine Lenge, chef de la police judiciaire valaisanne, ajoutant que ce processus est « complexe » et « nécessite d’être extrêmement méticuleux ». Frédéric Gisler, chef de la police cantonale, a précisé que ce travail pourrait prendre plusieurs jours. Mais pourquoi l’identification des victimes est-elle si compliquée ? Voici les explications.
### Une identification visuelle complexe
La première difficulté réside dans le fait qu’il n’y avait pas de liste d’invités à la soirée. Contrairement à un accident d’avion où les enquêteurs peuvent se référer à la liste des passagers, aucune trace n’a été conservée ici. L’identification dépendra donc de la comparaison, si les familles des personnes disparues se manifestent. Pour cela, deux équipes, composées de policiers scientifiques, d’enquêteurs, de médecins légistes et de dentistes, travaillent en parallèle. Une équipe “post mortem” analyse les corps, tandis qu’une équipe “ante mortem” recueille des données auprès des familles des disparus.
L’équipe chargée d’analyser les corps cherche d’abord les caractéristiques physiques permettant d’identifier les victimes, comme leurs vêtements, objets personnels, tatouages, cicatrices ou implants chirurgicaux. Cependant, « l’identification visuelle est difficile voire impossible en raison de la dégradation des corps causée par l’incendie », souligne Renaud Bouvet, professeur de médecine légale à l’université de Rennes. Normalement, ces éléments peuvent permettre de gagner du temps, mais « une telle méthode d’identification ne présente pas un niveau de fiabilité suffisant », rappelle le médecin.
### Empreintes digitales inexploitables
Trois données formelles sont reconnues par Interpol : l’ADN, les empreintes digitales et l’odontologie médico-légale. Toutefois, en cas de corps très endommagés, les empreintes sont souvent inutilisables. En ce qui concerne l’odontologie, bien que les adultes aient souvent des couronnes ou des plombages, ce n’est pas le cas pour les jeunes, qui sont nombreux parmi les victimes de cet incendie en Suisse.
L’ADN demeure donc la meilleure option. « Même sur des corps carbonisés, certains organes peuvent conserver des traces de sang qui peuvent être prélevées pour obtenir de l’ADN », assure Gilles Reix, ancien major à la police technique et scientifique de la police judiciaire de Paris et auteur de *Parmi les morts* (Editions Mareuil). À défaut, le médecin peut toujours « extraire de l’ADN des tissus profonds, comme la moelle du fémur ou la racine dentaire, qui survivent à de très hautes températures ». Bien que seul l’ADN soit probant, la victime peut être identifiée. « Il suffit d’un des trois éléments pour être formel », souligne l’ancien major de la police judiciaire.
### Des informations auprès des proches
Une seconde équipe est chargée de recueillir des données ante mortem, c’est-à-dire des informations fournies par les proches des disparus. Cela inclut des descriptions physiques, l’âge, les vêtements et les objets personnels de la personne disparue, ainsi que les empreintes digitales en cas de passeport biométrique.
« Les parents ou les frères et sœurs fourniront également leur ADN, qui sera comparé à celui de la victime », ajoute Gilles Reix. Les médecins et dentistes des victimes peuvent aussi être contactés pour fournir l’odontogramme (schéma dentaire) de leur patient. « L’identification est validée s’il y a concordance parfaite entre les données ante et post mortem », souligne le professeur Renaud Bouvet.
### Un travail international
Une autre difficulté importante est la présence de nombreux touristes étrangers parmi les victimes de l’incendie de Crans-Montana. Cela complique la collecte des données de comparaison. « Les polices des pays d’origine des victimes vont contacter les familles pour obtenir des informations », précise Gilles Reix. Elles utilisent le même formulaire « Disaster victim identification » d’Interpol. Les dossiers seront ensuite transmis à la police suisse pour être comparés aux données prélevées sur les corps.
Les protocoles stricts avec des vérifications croisées expliquent la lenteur du processus d’identification. « Nous ne pouvons pas nous permettre d’erreurs », a justifié vendredi Pierre-Antoine Lenge, chef de la police judiciaire valaisanne, demandant aux familles de faire preuve de « patience », même si cela est « particulièrement difficile ».

