France

Incendie à Crans-Montana : enquête « miroir » dirigée par le parquet de Paris.

Quarante personnes, dont neuf Français, ont perdu la vie et des centaines d’autres ont été blessés dans l’incendie d’un bar de Crans-Montana, dans la nuit du Nouvel An. Le bureau du procureur de Rome a ouvert une enquête pour homicide involontaire à la demande du ministère des Affaires étrangères.


Le drame a eu lieu dans les Alpes suisses. Quarante personnes, dont neuf Français, ont perdu la vie et des centaines d’autres ont été blessées dans l’incendie d’un bar à Crans-Montana, dans la nuit du Nouvel An. Les autorités judiciaires suisses ont ouvert des enquêtes pour déterminer les responsabilités pénales liées à cette catastrophe. S’agit-il des propriétaires de l’établissement, qui avaient effectué des travaux en 2015, ou de la commune, qui n’a pas réalisé de contrôle de sécurité pendant plusieurs années ? Parallèlement, le parquet de Paris a annoncé la semaine dernière avoir ouvert une enquête « miroir », confiée à l’OCRVP (Office central pour la répression des violences aux personnes).

Cette enquête vise à « accompagner les familles françaises dans les investigations menées par les autorités suisses », a précisé Laure Beccuau, procureure de la République de Paris, qui a saisi le pôle « accidents collectifs ». « C’est quelque chose d’assez courant pour ce pôle, ce n’est pas du tout exceptionnel, mais l’ampleur de l’événement le rend spécial. Même si les faits se sont déroulés à l’autre bout du monde, il suffit que l’auteur ou la victime soit français pour que les juridictions françaises soient compétentes », a expliqué une source judiciaire à 20 Minutes.

Le 26 janvier dernier, un petit avion, parti de la Martinique, s’est écrasé sur l’île de la Dominique, entraînant la mort de ses quatre passagers. Dans ce cas, le pôle « accidents collectifs » du parquet avait également ouvert une enquête pour comprendre les raisons de l’accident et aider les autorités de ce pays caribéen à identifier les corps des victimes.

### « Faciliter la coopération judiciaire »

Pour l’incendie de Crans-Montana, l’enquête ouverte par le parquet de Paris a pour but principal « d’accompagner les familles françaises dans les investigations menées par les autorités suisses », et de leur permettre « de bénéficier d’un interlocuteur commun en France, facilitant ainsi leurs échanges avec les autorités suisses », a souligné Laure Beccuau dans son communiqué. Elle a ajouté que « les autorités suisses demeurent compétentes pour enquêter sur le déroulement des faits et établir toute responsabilité ».

« Il ne s’agit pas de se substituer à l’autre pays qui est pénalement compétent. Ici, il n’y a aucun doute que les autorités suisses savent faire leur travail. Il s’agit de faciliter la coopération judiciaire avec les autorités du pays », a affirmé un magistrat. Toutefois, si les Suisses décidaient de ne pas engager de poursuites contre des personnes impliquées, la France pourrait toujours agir dans ce sens.

Les enquêteurs français ont la possibilité de mener des investigations sur le territoire national, notamment en interrogeant des victimes hospitalisées en France et leurs familles. « Il faut recenser et localiser les victimes françaises, aller à leur rencontre ou celles de leurs familles, recueillir les plaintes et établir leurs ITT. De nouvelles personnes se manifestent, notamment des individus qui ont échappé au feu et estiment en avoir été psychologiquement affectés », a indiqué une source policière à 20 Minutes. Selon nos informations, les premières auditions débuteront cette semaine et seront ensuite transmises aux enquêteurs suisses chargés des investigations. Ainsi, les victimes n’auront pas besoin de traverser la frontière pour être entendues, et les policiers helvétiques n’auront pas à parcourir la France à leur recherche.

### Des enquêtes en Belgique et en Italie

« Le but est vraiment de simplifier la vie aux autorités suisses dans l’intérêt des victimes françaises, et d’améliorer l’accueil et la prise en charge des victimes françaises », a résumé une source proche du dossier. Le parquet de Paris a également indiqué avoir mobilisé la Fédération France victimes pour « proposer un accompagnement psychologique et juridique aux victimes et à leurs familles ».

La France n’est pas le seul pays européen à avoir ouvert des enquêtes concernant l’incendie du bar de Crans-Montana. Le bureau du procureur de Rome, qui s’occupe des affaires impliquant des Italiens à l’étranger, a ouvert une enquête pour homicide involontaire à la demande du ministère des Affaires étrangères. En Belgique, le parquet du Brabant wallon a annoncé avoir « ouvert un dossier en concertation avec le parquet fédéral » belge, visant à faciliter les échanges entre les familles des victimes belges et les autorités judiciaires suisses. Cela permettra également de réaliser des actes d’enquête sur le sol belge, comme des auditions.