Immobilier : « Les villes de taille moyenne profitent du Covid-19 et les prix augmentent »

Grenoble attirent les acheteurs qui souhaitent quitter Lyon. (Illustration) — Thomas Samson

  • Selon le bilan du pouvoir d’achat immobilier de 2020 publié ce lundi par Meilleurtaux.com, la hausse des prix dans les villes de taille moyenne est supérieure à celles des grandes villes.
  • Le Mans, Toulon ou encore Angers sont les villes les plus concernées par ce phénomène, explique à 20 Minutes Maël Bernier, la porte-parole du groupe MeilleurTaux.
  • Selon elle, les acheteurs recherchent principalement des villes moyennes, à proximité de grandes villes ou accessibles très rapidement par le train.

L’immobilier a été marqué, comme tous les autres secteurs, par la crise sanitaire liée au Covid-19. Et avec cette année en dents de scie sont survenues des évolutions inhabituelles. Meilleurtaux.com, qui publie ce lundi son bilan du pouvoir d’achat immobilier de 2020, constate ainsi une hausse des prix dans les villes de tailles moyennes supérieure à celles des grandes villes.

20 Minutes a interrogé Maël Bernier, porte-parole du groupe, pour en savoir plus.

Maël Bernier, porte-parole de Meilleurtaux.com Maël Bernier, porte-parole de Meilleurtaux.com – Maël Bernier

Vous avez intitulé votre bilan de l’année 2020 « Victimes de leur succès, les villes moyennes perdent des m² ».  Qu’est-ce que cela signifie ?

Tous les ans, nous calculons le pouvoir d’achat immobilier en fonction des villes. Nous prenons un couple qui gagne 3.000 euros mensuels et qui peut rembourser 1.000 euros de crédit tous les mois. On prend ensuite un taux d’intérêt constaté sur l’année et on obtient une capacité d’emprunt. Il suffit ensuite de comparer la surface que ce couple peut acheter dans différentes villes de France d’une année sur l’autre. Grâce à ce calcul, nous avons constaté que les prix au mètre carré dans les villes moyennes augmentent, et donc que la surface accessible pour les acheteurs s’amoindrit.

En 2020, certaines villes ont beaucoup bougé. Le Mans (- 14m²), Toulon (- 11m²) et Angers (- 16m²) ont vu les plus fortes baisses de pouvoir d’achat immobilier de notre baromètre. Selon les chiffres de SeLoger, Mulhouse a même vu ses prix au mètre carré exploser de 16,5 %. Ces villes sont symptomatiques parce qu’elles ne sont pas chères à la base, donc leur augmentation est impressionnante. Mais des villes plus onéreuses comme Nantes ou Montpellier (- 8m²) ont significativement évolué. A l’inverse, les grandes villes comme Paris (+1 %) ou Bordeaux (- 2 %) ont plutôt stagné.

Qu’est-ce qui explique ces augmentations dans les villes de taille moyenne ?

La demande, et uniquement la demande. Elle a augmenté sous l’effet de la crise sanitaire et du télétravail. Ces chiffres sont calculés sur l’année mais avant le confinement, rien ne bougeait au Mans, par exemple. Et dès le déconfinement, la montée de la demande a été fulgurante. Même Angers, plus dynamique pour l’immobilier, n’était pas dans une situation comparable. Le confinement a fait se rendre compte, à beaucoup de salariés et d’employeurs, que le télétravail est possible. Pour beaucoup d’habitants de grandes villes, il y a eu l’effet « je pensais le faire depuis longtemps, maintenant, j’y vais ». Les grandes entreprises sont en train de fermer leur siège dans les grandes villes et demandent à leurs cadres de ne plus venir qu’une journée par semaine. Dans ce cas, quel intérêt de continuer à vivre dans 50 m² à Paris, par exemple, quand on peut avoir une maison en centre-ville avec 4 ou 6 grandes chambres et un jardin dans une ville plus petite ? Surtout si elles disposent de la mer à proximité, comme Le Havre, ou de la vue sur les montagnes, comme Valence.

Des villes qui étaient un peu laissées de côté par les acheteurs retrouvent la cote. Pour des cadres de grosses boîtes qui ne se rendent à Paris qu’une journée par semaine, c’est l’opportunité de trouver une meilleure qualité de vie avec plus d’espaces. Et pour des salariés dont les revenus sont plus modestes, si le télétravail est possible, c’est la possibilité d’acheter, ce qu’ils n’auraient sans doute pas pu faire dans une grande ville.

Bilan du pouvoir d'achat immobilier dans différentes villes établi par Meilleurtaux.com (Chiffres SeLoger Baromètre LPI) Bilan du pouvoir d’achat immobilier dans différentes villes établi par Meilleurtaux.com (Chiffres SeLoger Baromètre LPI) – Meilleurtaux.com

Cela signifie-t-il que l’exode urbain, que l’on prédisait à l’issue du premier confinement, n’a en réalité pas eu lieu vers la campagne ?

C’est possible. La recherche de campagne se traduit davantage vers des résidences secondaires, et il est possible de les trouver à une heure des grandes villes. Les acheteurs recherchent principalement des villes moyennes, à proximité de grandes villes ou accessibles très rapidement par le train. Il y a aussi une recherche d’avantages comme la mer, la montagne ou le soleil. Saint-Etienne, la ville la moins chère de France, va se développer, comme Reims, Amiens ou Grenoble. Les villes de taille moyenne vont en profiter. Et c’est une tendance qu’on constate partout sur le territoire.

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