Immigration : Pourquoi Gérald Darmanin a annoncé le report du projet de loi

Le sujet explosif finalement repoussé. Il y a une semaine, Gérald Darmanin annonçait la présentation « à la rentrée de septembre » d’une loi pour lever « toutes les réserves » législatives empêchant l’expulsion du territoire d’étrangers délinquants. Mais le ministre de l’Intérieur est finalement contraint de revoir ses plans. Le texte annoncé initialement sera remplacé en octobre par un « grand débat » sur l’immigration à l’Assemblée nationale et au Sénat, « avant qu’un projet de loi finalisé ne soit présenté », a-t-il précisé dans un entretien au Figaro ce mercredi. Pourquoi un tel changement de calendrier ?

La raison officielle : appliquer le changement de méthode

C’est une promesse d’Emmanuel Macron pour ce second quinquennat : mettre en place une ​« méthode nouvelle » avec plus de concertation et de compromis. C’est d’ailleurs « à la demande » de la Première ministre Elisabeth Borne que Gérald Darmanin organisera « dès la fin août et en septembre », une « concertation place Beauvau sur la base de nos propositions, avec tous les partis, les partenaires sociaux, les associations et les représentants de la société civile », a précisé le locataire de Beauvau dans Le Figaro. « Nous avons une proposition de texte législatif, mais pour un tel sujet, deux mois de concertation ne sont pas de trop », a-t-il justifié.

L’annonce du report a toutefois agacé la droite parlementaire, y voyant une dérobade du gouvernement. « Il n’y a pas de changement, mais l’affirmation d’une nouvelle méthode de travail », balaie la députée Renaissance (ex-Lrem) des Hauts-de-Seine, Prisca Thévenot. « Sur des sujets aussi importants que l’immigration ou l’asile, il faut sortir des totems politiques. La concertation permettra de trouver des compromis en amont », ajoute la porte-parole du mouvement.

La raison politique : éviter un drame au sein de la majorité

Voilà pour la raison officielle, mais une autre, plus politique, peut expliquer ce report. Le quinquennat précédent a montré que les sujets régaliens pouvaient entraîner des fractures au sein de la majorité présidentielle. A la rentrée 2019, l’aile gauche de La République en marche s’était déjà inquiétée des débats à venir sur l’immigration à l’Assemblée nationale. Une poignée d’élus s’était d’ailleurs opposée de manière farouche à la loi asile et immigration dès 2018. Sur ces thématiques inflammables, le parti macroniste marche toujours sur des œufs.

« Sur ces sujets brûlants, on a prévenu les ministères régaliens de la façon dont on voyait les choses », assure au Parisien Sacha Houlié, le président de la commission des lois, bien heureux de voir le texte sur l’immigration reporté. « Il y a des débats internes dans notre majorité, c’est plutôt sain. Mais l’enjeu ne sera pas de satisfaire Pierre, Paul ou Jacques », prévient Prisca Thévenot. Le gouvernement devra néanmoins bien trouver une ligne qui contente toutes les composantes du camp macroniste mais aussi une partie de l’opposition. Une nécessité désormais pour faire passer le texte, faute de majorité absolue à l’Assemblée.

La raison politicienne : calmer les ardeurs de Gérald Darmanin

Depuis le début de l’été, Gérald Darmanin est sur tous les fronts. Alors que les premiers débats de l’Assemblée nationale se focalisaient sur les questions de pouvoir d’achat, le ministre de l’Intérieur a mené plusieurs offensives médiatiques, contre le trafic de drogue à Marseille, la criminalité organisée en Corse, l’insécurité à Lyon, ou encore sur l’expulsion de l’imam Hassan Iquioussen, jugé proche des Frères musulmans.

Le report du projet de loi immigration pourrait donc aussi sonner comme un recadrage de l’ambitieux premier flic de France, contraint de rétropédaler sur ce qu’il avait lui même annoncé. « Darmanin, il va trop vite, trop tôt. Il va s’en prendre une », pronostiquait récemment un conseiller du gouvernement dans le Parisien, alors que la guerre de succession à Emmanuel Macron semble, déjà, dans toutes les têtes.