Immeubles effondrés à Lille : La psychose est-elle en train de gagner la ville ?

Peur sur la ville ? Cela fait aujourd’hui quatre jours que deux immeubles se sont effondrés en plein centre-ville de Lille, causant la mort d’un homme de 45 ans. Depuis, le drame est le sujet principal de toutes les conversations dans la capitale des Flandres, même si personne ne sait rien. Sauf que ce manque d’informations officielles sur les causes de l’accident, lié au secret de l’enquête judiciaire en cours, fait naître une sorte de psychose qui semble irrationnelle au premier abord, mais qui pourrait aussi s’avérer salutaire par la suite.

Alors que l’afflux de badauds aux abords du périmètre de sécurité protégeant les lieux du sinistre s’était calmé, on a de nouveau assisté à un attroupement, mardi soir, lorsque plusieurs véhicules de pompiers ont débarqué rue Pierre-Mauroy. Perchés sur leur grande échelle, deux sapeurs inspectaient la façade d’un bâtiment situé à quelques mètres de ce qui reste des immeubles effondrés. « C’est parti comme une traînée de poudre, un homme a dit qu’il y avait une fissure en façade et le bouche-à-oreille a rapidement transformé ça en bâtiment qui menace de s’effondrer », explique à 20 Minutes un employé de l’hôtel Carlton. Et si la fissure existe bien, qu’elle peut sembler impressionnante, elle ne date cependant pas d’hier. Intrigué, un ancien commerçant de la rue voulait en avoir le cœur net : « En remontant dans les photos de Google street view, on peut facilement voir que cette fissure existe au moins depuis 2008 », assure-t-il. Selon le SDIS 59, contacté par 20 Minutes, un témoin d’écartement avait déjà été placé pour en surveiller l’évolution.

Les inspecteurs de salubrité débordés depuis le drame

Le jour de l’accident et le lendemain, les pompiers ont été sollicités à plusieurs reprises « par des personnes inquiètes », déclare un porte-parole du SDIS du Nord. Pourtant, il ne comptabilise, depuis l’accident, que deux « levées de doutes » dans ce cadre. L’une évoquée plus haut, et une autre concernant la boutique de tissus Toto, plus tôt dans la semaine. « Des chéneaux abîmés, des fissures, et même des bouts de murs qui tombent, il y en a partout, il suffit de lever la tête. Sauf qu’avant l’effondrement, personne ne s’en souciait », reconnaît un commerçant du secteur.

Qu’en est-il du côté du Service communal d’hygiène et de santé – habitat indigne, chargé de recevoir et d’instruire les plaintes en insalubrité déposées par les locataires ? « Il croule littéralement sous les appels depuis samedi. Il y a un mouvement d’inquiétude similaire à celui qui a suivi l’effondrement d’un bâtiment à Fives, en 2014, qui avait coûté la vie à deux personnes », confirme Mélissa Menet, cheffe de cabinet de Martine Aubry. Alors que le nombre de dossiers traités chaque année dépasse habituellement le millier, il devrait gonfler d’autant : « Chaque signalement est pris au sérieux mais, pour autant, aucun nouveau signalement n’a encore donné lieu à un arrêté de péril », poursuit-elle.

« La ville n’est pas en train de s’effondrer »

Néanmoins, ce n’est pas encore la débandade dans les commerces, du moins pour certains. Au restaurant le Pot Beaujolais, proche du périmètre de sécurité, on regrette quelques annulations de réservations de clients appréhendant de dîner près du lieu du sinistre. En face, à l’hôtel Carlton, ce cas de figure ne se présente pas, « il y a juste de la curiosité de la part des clients habitués », confie à 20 Minutes un employé à la réception. Des clients curieux, la boutique pour enfants du Pareil au même en a aussi, d’autant que le périmètre interdit s’arrête pile à sa porte : « Ils nous posent des questions, surtout sur notre état d’esprit. Ils ne sont pas inquiets, et nous non plus, si l’on nous a autorisés à rouvrir, c’est que nous sommes en sécurité », estime une vendeuse.

« S’il y a un message à faire passer, c’est que la ville n’est pas en train de s’effondrer mais qu’il faut rester vigilant », insiste la cheffe de cabinet du maire. Une vigilance des locataires, des habitants et surtout des propriétaires : « Il faut qu’ils prennent leurs responsabilités et entretiennent leurs biens, quitte à être accompagnés par la ville », souligne Mélissa Menet, déplorant que l’on ne s’intéresse à ces questions que lorsqu’un drame survient.