« Il se met devant moi et pile » : harcèlement sexiste sur la route
L’influenceuse Hytanie a raconté avoir été suivie pendant près de 30 minutes par un homme alors qu’elle était au volant sur l’autoroute. En 2019, Lucie a vécu une situation similaire sur l’autoroute entre Valence et Toulouse, où un conducteur a multiplié les appels de phares et l’a forcée à ralentir sur une distance d’au moins cinq kilomètres.
« POV : tu es seule et un inconnu te harcèle ». Dans une vidéo publiée en début de semaine sur les réseaux sociaux et partagée des milliers de fois, l’influenceuse Hytanie a raconté qu’un homme l’avait suivie pendant près de 30 minutes alors qu’elle conduisait sur l’autoroute. Selon son témoignage, cet homme cherchait à obtenir ses coordonnées malgré ses refus explicites. Le harcèlement a pris fin lorsque la jeune femme s’est garée sur le parking d’une gendarmerie, ce qui a poussé le conducteur à faire demi-tour.
Interviewée par Actu Oise, Célia, connue sous le nom d’Hytanie, a expliqué avoir diffusé la vidéo « dans une démarche de prévention et de sensibilisation autour du harcèlement routier ». Bien que ce terme ne soit pas employé dans la législation, il décrit une expérience partagée par d’autres automobilistes. « Le Code pénal sanctionne les comportements jugés inacceptables, mais il n’existe rien de spécifique concernant l’utilisation de la voiture ou de la moto », indique Me Eric de Caumont, avocat spécialisé dans le droit routier. En revanche, « le fait de suivre une femme au volant, de se mettre à sa hauteur, ou de lui faire des propositions indécentes ou insistantes s’inscrit dans le cadre de la législation sur le harcèlement de rue ».
H2: Prouver la mise en danger d’autrui
En pratique, les menaces, injures ou intimidations sont réprimées partout, y compris sur la route. Le Code de la route peut être invoqué si la conductrice parvient à prouver la mise en danger d’autrui ou un comportement dangereux : « Suivre quelqu’un de près, faire une queue de poisson ou faire des appels de phare, c’est interdit », rappelle Me Eric de Caumont.
La vidéo de Hytanie a suscité tant de réactions également parce qu’elle a résonné avec les expériences vécues par d’autres conductrices. À l’image de Lucie. En 2019, cette jeune femme a connu « la peur de sa vie » sur l’autoroute, de nuit, entre Valence et Toulouse. Alors qu’elle dépassait un autre véhicule sur la voie de gauche, un conducteur s’est approché rapidement et a multiplié les appels de phares pour tenter de la gêner, clairement frustré de ne pas pouvoir dépasser sa vitesse sur une voie limitée à 130 km/h.
H2: « Dans ma tête, ça a duré une heure »
Lorsque Lucie a changé de voie pour se rabattre, l’homme a décidé de se venger. « Il a freiné devant moi, me forçant à faire de même. Il a maintenu cela sur au moins cinq kilomètres. Chaque fois que je voulais le doubler, il se mettait devant, c’était horrible, raconte-t-elle. Dans ma tête, ça a duré une heure ». Elle a tenté d’appeler les forces de l’ordre, mais n’a pas pu distinguer la plaque d’immatriculation du chauffard. Bien que cela ne constitue pas strictement une attaque sexiste, Lucie se demande si ce conducteur aurait agi de la même manière si elle avait été un homme. Elle, qui roule souvent, assure ne plus compter les menaces ou comportements inappropriés d’autres conducteurs frustrés de se faire dépasser par une femme.
Thallia, dans la région lyonnaise, a également été confrontée à un conducteur agressif, exaspéré de la voir ralentir pour chercher son chemin. L’homme a d’abord klaxonné, avant de la doubler puis de freiner brusquement. « Il a continué sa route, est passé derrière moi puis, au feu rouge, il est repassé devant, a mis son frein à main et est venu me crier dessus à ma fenêtre », raconte-t-elle. Son compagnon de l’époque est intervenu pour faire fuir le chauffard. « Toute seule, je ne sais pas ce qu’il aurait pu faire », souligne la jeune femme.

