Il est interdit de chasser le grand tétras, enfin « un peu de répit » pour l’espèce

Depuis ce week-end, il n’est plus possible, en France, de tirer sur un grand tétras. L’arrêté, interdisant, partout sur le territoire métropolitain, la chasse de ce grand coq de bruyère, a été publié samedi au Journal officiel, plus de trois mois après l’injonction du Conseil d’Etat au gouvernement de mettre fin à cette pratique qui mettait l’espèce en péril.

Pour France Nature Environnement, cette bataille ne fut pas de tout repos. Car pendant des années, lorsque les associations locales membres du mouvement, qui demandaient la suspension de la chasse au grand tétras devant les tribunaux administratifs, gagnaient, les préfectures… reprenaient des arrêtés qui autorisaient à nouveau les tirs. Finalement, après la casse de plusieurs dizaines de contentieux, l’Etat a, petit à petit, lâché l’affaire, dans la plupart des départements. Sauf dans les Hautes-Pyrénées, et en Ariège, en Occitanie, où chasser cette espèce, symbole des montagnes, était encore permis. Une décision, le 1er juin, du Conseil d’Etat, a sifflé la fin de ce bras de fer.

Une espèce en « déclin »

Désormais, « la chasse au grand tétras est suspendue sur l’ensemble du territoire métropolitain pour une durée de cinq ans ». Cette période pourra toutefois être raccourcie « si de nouvelles données rendent compte d’une évolution suffisamment favorable de l’état de conservation du grand tétras ». Car c’est bien l’inquiétant « déclin » de l’espèce qui est au cœur de cette interdiction. « Dans les Pyrénées, les populations de grand tétras ont été divisées par cinq, depuis les années 1960 », confie Dominique Py, membre de France Nature Environnement, chargée de la chasse et de la faune sauvage. « Il est sur la liste rouge française des espèces menacées de l’Union internationale pour la conservation de la nature (IUCN) et du Museum d’histoire naturelle. Il est classé vulnérable. »

Chasser le grand tétras avait « plusieurs effets », dévastateurs pour l’espèce. « D’abord, bien sûr, la destruction directe des adultes », poursuit Dominique Py. Mais aussi le fort dérangement de l’espèce, particulièrement fragile en hiver, que la chasse engendrait. « C’était tout de même difficile à comprendre que lorsqu’un oiseau est sur une liste rouge, on continue à le chasser », s’étonne cette membre de France Nature Environnement.

« C’est un premier pas »

Mais si une interdiction de cinq ans devrait, peut-être, offrir à cette espèce « un peu de répit » et lui permettre de se reproduire un peu plus tranquillement, ce ne sera pas suffisant, note Dominique Py. « En cinq ans, le grand tétras ne reconstituera ses effectifs, qui s’effondrent depuis cinquante ans, explique-t-elle. C’est un premier pas. Mais il faudrait qu’il y ait, aussi, un peu plus de rigueur dans les autorisations d’aménagement. Lorsqu’il s’agit d’étendre des pistes de ski sur les habitats du grand tétras, par exemple. » Pour défendre, au mieux, ce grand coq de bruyère, son inscription sur la liste des espèces protégées serait une véritable avancée, explique Dominique Py. C’est le prochain combat.

Mais pour les chasseurs, cette interdiction n’est pas du tout une bonne idée. Dans un communiqué, publié le 2 juin, le lendemain de la décision du Conseil d’Etat, la Fédération nationale des chasseurs (FNC) regrettait qu’une solution plus pragmatique n’ait pas été mise en œuvre. Comme dans les Pyrénées, où « les préfets avaient pris des arrêtés fixant à zéro les quotas de prélèvements afin de tenir compte des résultats des comptages et des calculs d’indices d’abondance par les chasseurs et l’OFB [Office français de la biodiversité]. Par ce quota, les fédérations [de chasseurs] mettaient en œuvre la gestion adaptative de cette espèce avec, les bonnes années, une quinzaine de spécimens prélevés, et les mauvaises années pour l’espèce, comme cette année, un quota à zéro ». La FNC déplorait même, dans ce communiqué, que l’interdiction de la chasse ne conduise à la disparition à petit feu de l’espèce, tant, notait-elle, les chasseurs « sont les seuls à financer et à agir dans l’aménagement des habitats de cette espèce ».