Huawei privé d’Android: Quelles conséquences pour les clients?

Une publicité pour le Huawei P30 en Chine. — Andy Wong/AP/SIPA

  • Placé sur la liste noire du commerce américain, Huawei a perdu sa licence Android.
  • Ses smartphones déjà en service auront toujours accès aux services de Google mais devraient accuser des mises à jour de retard.
  • En revanche, ses prochains téléphones, si la situation ne s’arrange pas, vont souffrir d’un gros handicap en Occident.

Si vous avez craqué pour le Huawei P30, pas de panique. Alors que Google a retiré, contraint et forcé, sa licence Android au constructeur chinois, placé sur la liste noire du commerce américain, les smartphones Huawei (et Honor) déjà commercialisés vont continuer d’avoir accès aux apps de Google et à la boutique Play Store. En revanche, pour les mises à jour, y compris de sécurité, ça va se compliquer au-delà du sursis de trois mois – jusqu’au 19 août – accordé par les Etats-Unis, lundi.

Huawei perd son accès aux services Google, pas à Android

Android est un système open-source. Huawei peut donc continuer à l’utiliser, y compris sur ses futurs smartphones. L’entreprise chinoise, deuxième fabricant mondial de téléphones mobiles derrière Samsung, va en revanche perdre, le 19 août, son accès aux services mobiles Google, qui sont préinstallés sur tous les appareils : la boutique Play store (apps, musique et vidéos), Google Maps, Gmail, YouTube ou encore l’Assistant. Mais cela ne concerne pas les smartphones déjà sortis, comme le P30. Même le Honor 20, présenté mardi à Londres, était déjà certifié, a assuré Huawei, et aura donc accès aux apps et aux services Google. Pour les prochains smartphones, en revanche, cette perte sera très difficile à surmonter en Occident.

Et les mises à jour ?

Ça se complique. Google a indiqué que Google Play et Play Protect (l’anti-malware d’Android) « continueront de fonctionner pour les appareils Huawei existants ».

Mais comme l’explique la BBC, sans sa licence Android, Huawei n’aura plus accès aux mises à jour de sécurité en avance. Il devra attendre qu’elles soient disponibles dans le projet open-source, puis vérifier qu’il n’y a pas de problème avec sa couche Android maison. Ses clients auront donc ces updates en retard, ce qui pourrait poser un risque. Idem pour les prochaines versions d’Android : Google ne les partagera plus en amont. Il pourrait donc y avoir un délai de plusieurs mois dans son déploiement sur les smartphones de Huawei.

L’OS maison de Huawei n’est sans doute pas prêt

Le constructeur répète qu’il se préparait à ce scénario, et qu’il a un « plan B » : un système d’exploitation maison, comme c’est le cas de Samsung avec Tizen sur les télés et les montres. Mais selon le site The Information, cet OS, baptisé « Project Z » est « loin d’être prêt ». Et selon le patron de la division électronique grand public, Richard Yu, Huawei va « se concentrer sur le marché domestique ». L’entreprise va devoir convaincre les développeurs de créer des apps pour son nouveau système. Cela ne devrait pas poser de problème en Chine, mais il est peu probable que les développeurs occidentaux investissent des ressources sur une nouvelle plateforme. Même Microsoft s’était cassé les dents sur le manque d’applis et avait été forcé d’abandonner Windows Phone.

Mieux vaut attendre

Pour le moment, il y a trop d’incertitudes sur l’avenir de Huawei en Occident pour justifier d’acheter l’un de ses smartphones au cours des prochaines semaines. Donald Trump cherche à faire pression sur Pékin pour signer un accord commercial, et il doit rencontrer le président chinois Xi Jinping lors du sommet du G20 fin juin, à Osaka. Il est possible que la situation s’arrange, comme avec ZTE, ou que les restrictions soient allégées pour ne concerner que les équipements télécoms 5G vendus par Huawei (le vrai souci de sécurité des autorités américaines). La partie de poker n’est pas terminée.

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