«How To Get Away With Murder»: Une fin de série comme on n’en voit plus

Viola Davis, star incontestée et incontestable de «How To Get Away With Murder», série mésestimée du grand public mais adorée de ses fans — ABC STUDIOS

  • Après six saisons et son lot de coups de théâtre, la série Murder s’est terminée aux Etats-Unis
  • Créée par Peter Nowalk et produite par Shonda Rhimes, le show a grandi dans l’ombre de Grey’ Anatomy et Scandal, et a connu une diffusion française catastrophique
  • Le final rappelle les grandes heures de la télévision dite « traditionnelle », avec des adieux à la Lost ou Game of Thrones.

******ATTENTION CET ARTICLE CONTENT DES SPOILERS SUR LA SAISON 6 MAIS PAS LE FINAL******

Avec le coronavirus, la planète Hollywood s’est arrêtée de tourner. Littéralement. Les tournages de films et de séries se sont stoppés du jour au lendemain, les sorties cinéma ont été décalées et toutes les séries n’ont pas pu terminer leurs saisons. Ce n’est que partie remise pour certaines, plutôt en janvier qu’à la rentrée, mais un crève-cœur pour d’autres, à l’instar d’Empire dont c’était la dernière saison et qui ne connaîtra pas de vraie fin. How To Away With Murder, la série créée par Peter Nowalk et produite par Shonda Rhimes, y a échappé. Et heureusement, les fans ne s’en seraient pas remis. La sixième et ultime saison s’est ainsi achevée jeudi soir aux Etats-Unis, et est d’ores et déjà disponible à l’achat sur iTunes, avant de débarquer sur Netflix et peut-être à la télévision française, qui n’a pas jamais aidé à faire connaître la série.

Un final presque anachronique à l’ère du binge

A 20 Minutes, on est fans de Murder (son titre français raccourci), série qui pourrait passer pour un plaisir coupable, et un excellent, mais qui se révèle beaucoup plus, véritable machine infernale à la Cocteau, bombe à retardement narrative et émotionnelle, et one-woman-show de sa star Viola Davis.

Le grand final, en fait les derniers épisodes, sont venus rappeler ses qualités, mais aussi que l’on ne fait plus ce genre de fin, d’adieux, à l’ère de la Peak TV, du streaming et du binge watching. La fin de Game of Thrones sonnait aussi celle de la télévision « traditionnelle », des grands rendez-vous, et pourtant, la dernière ligne droite de Murder, un vrai compte à rebours, a fait vibrer les fans et les réseaux sociaux semaine après semaine, jusqu’au dernier moment. Un joli tour de force.

Une heure pour répondre à toutes les questions ?

Lorsqu’il voit un groupe d’étudiants en droit rejoindre le cabinet de leur professeure Annalise Keating, le téléspectateur peut s’attendre à une énième série judiciaire et autre formula show. Il n’en sera rien. La série sera feuilletonnante ou ne sera pas, un « feuilleton » multipliant les flash-back et flash-forward, les twists et les morts, mais gardant presque toujours un équilibre dynamique, miraculeux. Un puzzle cérébral à 10.000 pièces où les auteurs n’oublient jamais rien et retombent toujours sur leurs pieds, où un simple détail comme un mystérieux coup de fil, peut prendre tout son sens plusieurs épisodes, voire saisons, plus tard.

Murder demande du temps, de l’investissement, de la frustration aussi, mais sait être gratifiante. La série devait ainsi répondre à beaucoup de questions dans son final, et les fans s’interrogeaient sur sa capacité à le faire en 45 minutes, et pourtant, elle y arrive, privilégiant la logique et l’émotion à la surprise et l’artifice.

Le coup de théâtre comme marque de fabrique

Attention, en six saisons, Murder a pu s’égarer. Après deux années en quasi circuit fermé, avec son noyau dur de héros et héroïnes, la série a dû s’ouvrir à de nouveaux personnages et intrigues, pour le meilleur (Tegan) et pour le pire (les Castillo). Mais la dernière saison réussit à boucler la boucle, et rappelle que la série a fait des choix risqués mais payants, à l’image de ces personnages a priori secondaires (Frank, Bonnie, Nate) qui se sont imposés au premier plan. La preuve avec cette révélation inattendue sur Frank à deux épisodes de la fin, une surprise que personne n’avait demandée mais dont tout le monde avait besoin.

Les coups de théâtre étaient devenus la marque de fabrique de la série, parmi les meilleurs de la dernière décennie sérielle, avec par exemple la mort de Wes en saison 3 puis son retour en saison 6. Le téléspectateur a beau avoir la vérité sous les yeux, il ne peut y croire, ou ne veut pas y croire, et attend toujours un dernier twist. C’est aussi ça la force de Murder, et le pouvoir de la fiction.

Tout cela n’aurait pas été possible sans les personnages et leurs interprètes, Viola Davis en tête, autant de pions sur l’échiquier du bien et du mal mais aussi de héros et héroïnes complexes, profondes, inclusives, politiques… La plaidoirie finale d’Annalise Keating vaut de ce point de vue n’importe quel rebondissement, et la fin de Murder parvient à être, selon le personnage, un happy end, une injustice, une surprise… Une réussite ?

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