Hongrie : Non, Viktor Orban n’a pas vraiment annoncé sa sortie de l’Union européenne

Après le Royaume-Uni, la Hongrie ? Sur de nombreuses publications devenues virales sur Facebook, le Premier ministre hongrois Viktor Orban aurait annoncé en début d’année que son pays allait sortir de l’Union européenne au cours de l’année 2023. « L’homme politique s’est plaint que le pays avait été attiré par la tromperie dans la communauté européenne et que les promesses qui lui avaient été faites de Bruxelles n’avaient pas été tenues », avance une des publications.

Les propos du Premier ministre hongrois sont même cités dans l’article. « Nous faisions partie d’une famille européenne qui s’est avérée être une famille LGBT, où les parents sont imposés à l’enfant au lieu du père et de la mère, numérotés comme dans un camp de concentration. Le peuple hongrois n’a jamais accepté, donc ce n’est pas possible avec Bruxelles. Nous commençons immédiatement la procédure de retrait de l’Union européenne », aurait déclaré le politique, avant d’avancer un rapprochement potentiel avec la Chine, l’Inde, la Russie, l’Iran et la Serbie.

Toujours d’après les publications, la procédure de sortie de l’Union européenne serait effective pour le mois de mai prochain. « Ce sera le jour de notre victoire », aurait même affirmé Viktor Orban lors de son discours. Mais contrairement aux affirmations des publications très virales, ces propos n’ont en réalité jamais été prononcés.

FAKE OFF

Pour mieux comprendre les mots du Premier ministre Viktor Orban, nous tentons de retrouver le discours en question, relayé par les nombreuses publications. Or, même en traduisant en hongrois, aucun article de presse ou archive ne mentionne un tel discours à l’occasion du nouvel an. 

Même constat sur le site du Premier ministre qui relaie tous ses déplacements officiels : aucun discours n’a été publié depuis le 21 décembre.

Un discours aux mains de la Présidente

Il y a de fortes chances pour que cette allocution n’existe finalement pas. En Hongrie, c’est au président de la République de tenir un discours pour la nouvelle année, et non au Premier ministre. En effectuant une recherche par mots-clés en hongrois avec les termes suivants « discours nouvel an Hongrie », nous tombons sur un article du média local Magyar Nemzet [un quotidien hongrois plutôt conservateur] qui relate le discours prononcé par la présidente de la République du pays, Katalin Novák. Le même évènement a été relayé par Hungary today, un blog d’actualité hongroise en anglais.

Dans les articles, on apprend que la présidente Katalin Novák a donné sa « traditionnelle » réception du nouvel an le 11 janvier dernier à la Maison hongroise de la musique à Budapest. Lors de son discours, elle a notamment fait référence aux difficultés rencontrées par les Hongrois après l’épidémie de coronavirus, mais aussi avec la guerre voisine entre la Russie et l’Ukraine.

Des tensions avec Bruxelles

Au cours de son discours, la présidente de la République a également évoqué les difficiles relations entre la Hongrie et l’Europe, notamment avec la récente exclusion des universités hongroises du programme Erasmus +. Début janvier, l’Union européenne a en effet menacé la Hongrie de couper les vivres des 21 universités considérées comme trop proches du Fidesz, le parti au pouvoir.

Toutefois, aucune mention d’un retrait de la Hongrie de l’Union européenne n’a été annoncée au cours du discours évoqué par les internautes. Il est vrai toutefois que les tensions sont de plus en plus tendues entre Budapest et Bruxelles.

Une relation tendue, mais pas de divorce

Quelques jours plus tôt, le 21 décembre, Viktor Orban tenait une conférence de presse dans la capitale hongroise. Il a notamment été questionné sur son isolement diplomatique au sein de l’Europe. « La Hongrie est en désaccord avec l’Union européenne, mais n’est pas isolée », avait-il tenté de rassurer. Interrogé sur la « hongrophobie », terme qui revient souvent pendant ses discours, le Premier ministre a affirmé que ça ne le motiverait pas plus à partir de l’Union européenne. « Nous sommes habitués à ce traitement ».

Dans le discours imaginé sur les réseaux, un autre terme revient : celui de « la famille LGBT ». Viktor Orban aurait comparé sa place dans l’Union européenne à une famille « où les parents sont imposés à l’enfant au lieu du père et de la mère ». Si une nouvelle fois, ces mots n’ont pas réellement été prononcés, la rhétorique anti-LGBT ressemble aux habituels discours du Premier ministre hongrois et à sa politique ultra-conservatrice. En juin 2021, le parlement hongrois a par exemple adopté une loi anti-LGBT interdisant « la représentation ou la promotion » de l’homosexualité.