Hongrie – France : « On peut faire mieux »… Les Bleus pas encore assez à l’aise avec le jeu de possession

Pogba et les Bleus n’ont pas assumé le statut d’hyper favori de la rencontre — Tibor Illyes/AP/SIPA

Après avoir  eu l’Allemagne en jouant à son football préféré, celui de l’attente et du contrôle, l’équipe de France était attendue au tournant contre une équipe hongroise plus modeste. Hugo Lloris s’attendait comme nous tous à voir les Bleus mettre les pieds sur le ballon, et c’est ce qu’il s’est passé. Plus de 60 % de possession, plus de passes que les adversaires, bref, et sans vouloir faire nos Belges, tous les indicateurs montrent que la France a dominé la partie.

L’impression générale elle, est bien différente, et c’est en ça que réside la double déception de l’après-midi : les hommes de Didier Deschamps n’ont ni gagné, ni vraiment régalé sur les phases de possession. Même le but, venu d’une sortie rapide de Lloris après un corner mal joué par la Hongrie, conjugué à une récupération et un fantastique travail de Mbappé, sonne comme un aveu d’échec. N’y a-t-il que comme ça que nos Bleus savent marquer ? Sommes-nous condamnés à ne pas vibrer plus que ça malgré la pile d’individualités au milieu et en attaque ?

Manque de réalisme oui, mais pas que

Interrogé sur la question en conférence de presse d’après-nul, Didier Deschamps n’est pas tout à fait d’accord avec ce constat. « Qu’on soit capables de faire mieux, ça oui, mais il y a eu de très bons enchaînements. » Le sélectionneur fait sans doute allusion à cette combinaison tout à fait mignonne entre Benzema et Digne sur la gauche pour la tête de Mbappé, ou de l’ouverture de Griezmann pour l’attaquant parisien complètement sabordée par Karim. On peut en tirer une ou deux du chapeau et crier au manque de réalisme, oui, on peut. Et c’est ce qu’on fait, d’ailleurs. « Dans la première période il y a eu des bonnes situations, des bonnes occasions, il a manqué ce dernier geste pour marquer ce but, regrette ainsi Hugo Lloris au micro de TF1. En prenant l’avantage ça aurait vraiment changé la dynamique du match. »

Autre hypothèse, on n’a pas marqué parce qu’on ne s’est pas assez souvent mis dans ces situations parce qu’on n’en avait pas les moyens. Bien sûr, l’adversaire, qui a couru six kilomètres et demi de plus que l’équipe de France, était au taquet sur chaque ballon en plus d’être parfaitement organisé défensivement. Mais le propre d’une grande équipe n’est-elle pas de réussir à bouger ces blocs ? A combiner, trouver les intervalles, percer ? Le constat est clair, on ne l’a que trop peu vu dans les 25 mètres hongrois. Mais ce n’est pas (que) de la faute du trio Mbappé, Benzema, Griezmann. Car, comme l’a précisé Deschamps après la rencontre, les attaquants ne sont pas seuls dépositaires de cette animation offensive, surtout pas dans un jeu de possession.

« [Les trois de devant], la qualité ils l’ont, la complémentarité ils peuvent l’avoir… Mais il ne faut pas les dissocier des latéraux et des milieux qui peuvent libérer de l’espace et faire les passes, aussi. »

Défensivement aussi, la gestion a été difficile

Et c’est là qu’on intervient pour dire que Rabiot a traversé la rencontre comme un fantôme (bizarrement c’était beaucoup mieux avec Tolisso, habitué à jouer dans une équipe joueuse), que Pogba était lessivé après son match cinq étoiles contre les Allemands, que Kanté s’est un peu moins baladé entre les lignes que d’habitudes et que Pavard était encore dans les choux après son choc de mardi soir. Il a manqué aux Bleus cette continuité dans le mouvement, ces relais, cette mobilité et ces trajets de passes courtes pour bousiller la machine hongroise. Et un peu de réussite, c’est vrai. On peut dire ce qu’on veut, sans chance, le Portugal s’en sortait avec le même résultat nul contre la Hongrie et pour les mêmes raisons.

Enfin, dernier point intéressant soulevé par Corentin Tolisso en zone mixte après le match pour continuer sur l’idée que cette équipe a encore du mal à contrôler ses matchs en position haute : la défense. Le but de Fiola part de là : une ligne de défenseurs un peu avancée et hop, on prend le bouillon. En deuxième période, c’était peut-être encore plus criant. « On avait le ballon la plupart du temps et ce sont eux qui contraient, donc ce sont eux qui avaient les espaces devant, analyse le milieu du Bayern Munich. C’était différent à gérer du match contre l’Allemagne. » Des problèmes qu’il faudra résoudre avant le dernier match, car le Portugal de Fernando Santos, en dépit de toutes les individualités dont il dispose, ne jouera pas beaucoup plus haut que les Hongrois.

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