«Homecoming» de Beyoncé: Le show d’une artiste afro-féministe et engagée

Beyoncé sur la scène du festival de Coachella (Californie) en avril 2018. — Parkwood Entertainment

  • Le 14 avril 2018, Beyoncé était la première artiste noire à donner un concert en temps que tête d’affiche au festival de Coachella (Californie). Le concert a été salué par plusieurs médias comme « historique ».
  • « Homecoming », film de Beyoncé consistant à une captation de ce spectacle entrecoupée d’images des coulisses et de la préparation de l’artiste, a été mis en ligne ce mercredi sur Netflix. L’album live est sorti dans la foulée.
  • Ce spectacle parachève le statut d’artiste engagée de la star américaine.

Le 14 avril 2018, Beyoncé est entrée dans la légende du festival de Coachella (Californie). Première artiste noire tête d’affiche de cet événement musical créé en 1999, elle a livré une performance que des médias ont qualifiée d’«   historique ». Homecoming, la captation du concert entrecoupée de séquences documentaires sur les coulisses et la préparation de l’artiste, est en ligne depuis ce mercredi sur Netflix, et l’album live est sorti dans la foulée.

« Comme souvent, Beyoncé a créé la surprise. On s’attendait à ce qu’elle fasse un set comme tout le monde. Or, avec son équipe, elle a conceptualisé une histoire qu’elle a raconté en un spectacle de deux heures, souligne la journaliste Mélanie Wanga, co-créatrice du podcast « pop culture noire » Le Tchip. C’est un œuvre somme de sa carrière, qui balaye toute sa discographie, mais aussi l’histoire afro-américaine. »

« Les gens ont envie que leurs stars soient impliquées et portent des messages »

Un show qui fait clairement référence aux universités noires afro-américaines – les « Historically black college and universities » créés après la guerre de Sécession –, diffuse les mots de Malcolm X (« La personne la moins respectée en Amérique est la femme noire. La personne la moins protégée en Amérique est la femme noire. ») et déploie plusieurs symboles des Black Panthers. On y entend aussi, entre autres, la voix de Nina Simone via un extrait du morceau Lilac Wine et celle de l’autrice nigériane Chimamanda Ngozi Adichie.

« Beyoncé veut mettre en avant les femmes noires et ce qu’elles ont apporté, poursuit Mélanie Wanga. Cela correspond à l’époque. Le fait d’être « woke » [être conscient des injustices, discriminations et oppressions subies par les minorités] est dans la tendance, les gens ont envie que leurs stars soient impliquées et portent des messages. »

« Beyoncé est un symbole »

Pour la journaliste Dolores Bakela, cocréatrice du festival Fraîches Women, il s’agit d’« un mouvement plus global dans l’industrie musicale ». « Pourquoi on se focalise sur Beyoncé et non sur Katy Perry qui s’est engagée au côté d’Hillary Clinton lors de la dernière présidentielle américaine ? Pourquoi, quand Pharell William sort l’album Girl, personne ne lui dit : « Comment ça, vous êtes féministe ? Attention, vous utilisez la cause à des fins commerciales » ?, se demande-t-elle. Il y a un vrai mouvement qui s’est créé dans cette industrie car il y avait un questionnement sur ce qui allait advenir des Etats-Unis. Le soft power américain, c’est aussi ça et indiquer la marche à suivre, le progrès vers lequel on tend. »

Il n’empêche, Beyoncé fait figure de pionnière et bénéficie d’un statut – et d’une stature – bien particulier. « Elle est un symbole. En 2014, elle a été désignée par Forbes comme la célébrité la plus puissante dans le monde, rappelle Margaux Collet, consultante sur l’égalité femmes-hommes et co-autrice de Beyoncé est-elle féministe? (éditions First). Elle est écoutée et regardée par des millions de gens autour de la planète. Quand une personne de son envergure dit « Je suis féministe, il faut déconstruire les idées reçues sur le féminisme, que les femmes s’unissent… » c’est sûr que cela donne une autre dimension à la portée des messages. »

« Elle s’est détachée de l’envie de plaire à tout le monde »

Pour Mélanie Wanga, le tournant se situe en 2013, avec l’album Beyoncé. « Elle y assume son féminisme car quand, jusque-là, quand on lui demandait si elle était féministe, elle répondait : « Non mais moi, j’aime bien les hommes », elle était encore là-dedans. Peut-être qu’entre-temps elle a lu quelques livres sur le féminisme qui l’ont débloquée, mais c’est là où elle a assumé sa posture féministe, son engagement en faveur de la justice sociale. Elle s’est détachée de l’envie de plaire à tout le monde. Le fait de le faire, d’assumer ses convictions la met dans une position unique. »

La preuve lorsque, en 2016, elle assure le show de la mi-temps du Super Bowl, elle entonne Formation, elle a été acclamée mais aussi vivement critiquée. « Elle a déployé la question Black Lives Matter avec ses danseuses arrivées le poing levé et elle s’est fait insulter par des gens qui redécouvraient qu’elle était noire. C’est un fil qu’elle déploie de manière beaucoup plus explicite, elle veut, de manière mainstream, faire passer le mot que maintenant, elle ne se départira plus de ces questions, surtout dans un pays comme les Etats-Unis. »

« Le féminisme de Beyoncé n’est pas le mien »

Beyoncé en donnant de la voix a ouvert la voie à d’autres. « Quand, en 2014, en clôture des MTV Video Music Awards, le mot « feminist » apparaissait en grand derrière elle, c’était déjà historique, avance Margaux Collet. Ce fut un moment marquant de sa carrière, qui a aussi suscité des débats politiques et des vocations. Elle s’est déclarée féministe à une époque où peu d’artistes le faisaient – Emma Watson, Taylor Swift ou Miley Cyrus ne s’en revendiquaient pas comme telles. Beyoncé a sans doute eu une influence sur d’autres chanteuses ou actrices. Aujourd’hui, une majorité des jeunes femmes de 15 à 20 ans se disent féministes, je pense qu’il y a dix ans, c’était loin d’être le cas. »

Il faut apporter certaines nuances au tableau. Si Beyoncé fait résonner les mots de Chimamanda Ngozi Adichie dans  ***Flawless « Féministe : Une personne qui croit à l’égalité sociale, politique et économique des sexes » – propos que l’on entend à nouveau dans Homecoming, l’autrice nigériane a déclaré il y a plusieurs années : «  Le féminisme de Beyoncé n’est pas le mien. »

« Au sein même du « black feminism », tout le monde n’est pas sur la même ligne »

« Chimamanda Ngozi Adichie a dit que la manière de se mettre en scène de Beyoncé était toujours par rapport aux hommes et dans un rapport de séduction et que, pour elle, il fallait s’affranchir de ce rapport-là », résume Margaux Collet. Dolores Bakela confirme : « C’est intéressant d’avoir conscience qu’il y a des féminismes qui existent et qu’au sein même du black feminism, tout le monde n’est pas sur la même ligne, qu’il y a des courants, des personnalités qui les incarnent. »

Homecoming donne donc à voir et à entendre un certain féminisme auquel toutes les militantes ne souscrivent pas. « La performance [à Coachella] était un hommage à une partie importante de la culture afro-américaine. Il fallait que ce soit vrai pour ceux qui avaient les connaissances, et divertissant et éclairant pour ceux qui avaient besoin d’apprendre. En faisant le film et en racontant à nouveau l’histoire, l’objectif est resté le même », explique la star dans le communiqué de presse.

Le message sera délivré à l’échelle planétaire. Comme le souligne Mélanie Wanga : « Beyoncé, en termes de performance ou d’impact, peut casser Internet à chaque fois qu’elle sort un album. Peu de gens ont cette force de frappe aujourd’hui. »

Culture

Beyoncé et Jay-Z posent devant la «reine» Meghan Markle

People

Beyoncé et Jay-Z ont été menacés par l’homme qui a abattu Trayvon Martin

2 partages