Hérault : Les conchyliculteurs de Thau portent plainte contre l’agglomération de Sète

Une fois encore, les producteurs de l’étang de Thau, près de Sète (Hérault), ont fait face à une nouvelle interdiction de récolter et de commercialiser leurs coquillages (huîtres, moules et palourdes), à la fin de l’année. Le communiqué de la préfecture de l’Hérault est tombé la veille du réveillon du 31 décembre, l’un des événements les plus importants, pour cette filière : « Après plusieurs cas déclarés de toxi-infections alimentaires collectives dues à une consommation d’huîtres en provenance de l’étang de Thau, des analyses sur les coquillages ont démontré la présence de norovirus. »

Ce norovirus n’est autre que l’agent en cause dans une gastro-entérite. Lors d’une épidémie, comme ce fut le cas avant les vacances, ce virus se retrouve donc en masse dans les eaux usées. Et, lorsqu’il y a un dysfonctionnement, ou de fortes pluies, elles sont rejetées dans l’étang, sans être traitées comme il le faudrait. Pour les conchyliculteurs, qui essuient, régulièrement, des suspensions de leur activité, c’en est trop. Pour eux, le préjudice est estimé à plus de 6 millions d’euros. Le Comité régional conchylicole de Méditerranée (CRCM) a porté plainte contre l’agglomération de Sète (et contre X).

La crainte d’une pollution avant Noël

Dans sa plainte, que 20 Minutes a pu consulter, le CRCM reproche à la collectivité le déversement de plus de 33.000 m3 d’eaux brutes non traitées dans le milieu marin, au contact des productions conchylicoles. La crainte du CRCM, si rien n’est fait, c’est que les épisodes de gastro-entérite se rapprochent de plus en plus des fêtes de fin d’année, et qu’à chaque fois, ce sera la même histoire. Des gastro-entérites, de fortes pluies… et une interdiction, qui frappe les producteurs de l’étang. « Si l’on regarde la chronologie de ces suspensions, on s’aperçoit qu’en 2018, c’était en février, explique-t-on à 20 Minutes, au CRCM. En 2020, en janvier. En 2022, juste après Noël. La crainte, c’est que la prochaine fermeture, ce soit juste avant Noël. Si les professionnels ne peuvent pas faire Noël, ce serait catastrophique. Les fêtes représentent 30 % de leur chiffre d’affaires. » Ce que le CRCM souhaite, c’est « un dialogue intelligent avec toutes les parties concernées, pour identifier toutes les causes et mettre en place des solutions préventives ».

Dans un communiqué, Sète Agglopôle dit « prendre acte » de cette plainte. La collectivité insiste, par ailleurs, sur les efforts consentis depuis des années pour améliorer la qualité des eaux de la lagune. Au début des années 2000, « la qualité des eaux de l’étang […] était excessivement dégradée. La zone de culture conchylicole subissait des quantités de rejets importantes. Les crises étaient nombreuses : contaminations bactériologiques, eutrophisations (malaïgues) destructrices de toute la production se succédaient et mettaient en péril l’activité, qui aurait pu disparaître », note l’agglomération.

« 247 millions d’euros » pour l’assainissement des eaux

Depuis, « pas moins de 247 millions d’euros » ont été déboursés pour améliorer l’assainissement des eaux usées et pluviales. Cela a notamment abouti à la suppression de plusieurs stations d’épuration, pour « maîtriser la charge bactériologique de rejet direct dans la lagune », et le raccordement de plusieurs communes à la station de Sète. L’aboutissement de ces travaux permettra, dans quelques mois, « d’apporter une sécurité supplémentaire pour des évènements du type de celui que nous avons connu en ce début d’année en évitant tout débordement des eaux usées dans le milieu », en cas de pluies. « Cependant, la question du norovirus reste complexe à traiter, car il reste présent dans l’eau, même après traitement. La piste à privilégier […] est le dépistage en amont, et qu’une mise à l’abri efficiente soit prioritairement étudiée », indique Sète Agglopôle.

L’interdiction de récolter les huîtres, les moules et les palourdes de Thau pourrait, peut-être, être levée à la fin du mois de janvier, si les analyses effectuées s’avèrent correctes.