«Henri Belolo a démocratisé le disco quand c’était encore un genre pointu»

Henri Belolo a produit Patrick Juvet et les Village People. — CHESNOT/SIPA

Il était un pionnier du disco, et avait lancé le groupe Village People avec son compère Jacques Morali. Henri Belolo est décédé le 3 août à l’âge de 82 ans. Si son nom ne vous dit rien, il est pourtant à l’origine de très nombreux tubes et responsable d’une véritable vague disco en France.

L’animateur de télévision Jérôme Anthony, auteur de L’âge d’or du disco, revient pour 20 Minutes sur l’importance que le producteur a eu pour la diffusion du genre auprès du grand public. ​

Comment le duo Henri Belolo/Jacques Morali a-t-il lancé le disco ?

On peut dire que Jacques Morali était l’initiateur du disco, et qu’Henri Belolo avait le réseau pour le développer. Dans les années 1970, Belolo était déjà installé dans le monde de la musique, car il était producteur chez Polydor. Lorsque Belolo crée son propre label, Morali, qui avait reniflé l’arrivée du disco, lui propose de créer un groupe vocal de femmes, d’aller enregistrer à Londres. Belolo lui répond qu’il faut aller à Philadelphie, dans le studio Sygma Sound, pour lequel il était représentant en France. C’est là qu’ils ont enregistré Ritchie Family, qu’ils ont lancé en 1975, soit trois ans avant le point d’orgue du disco.

Peut-on dire que la France était à la pointe du disco ?

Ce qu’on peut dire, c’est que les gens qui faisaient du disco en France faisaient ça très bien. Beaucoup de musiciens ont voulu en faire, mais très peu se sont permis d’aller dans ce studio à Philadelphie, là où les équipes savaient produire du disco à la pelle. Le disco, c’est de la production avant tout.

Henri Belolo, lui, a démocratisé le disco, alors que c’était encore un genre très pointu. Voire un peu sulfureux pour l’époque, comme il était très présent dans le milieu gay de New York. Le disco a émergé avec les discothèques, il fallait des sons qui correspondent au nouveau matériel dont elles disposaient. Les premiers DJ arrivaient à bricoler des choses, mais Belolo et Morali ont carrément produit des morceaux, et en ont fait des tubes hyper populaires.

Patrick Juvet m’a raconté sa rencontre avec Jacques Morali en 1977, à New York. C’était au club mythique Studio 54, le haut lieu du disco, et ils ont réalisé qu’ils étaient voisins. Morali et Belolo lui ont proposé de faire du « vrai » disco, ils l’ont produit, c’est ce qui a donné I Love America.

Et c’est pendant un séjour à New York que les deux partenaires ont eu l’idée de Village People…

Oui, c’est une histoire très drôle. Henri Belolo m’a raconté que, alors qu’il se promenait avec Jacques Morali dans Greenwich Village, ils voient un « Indien » qui court et qui rentre dans un bar. Ils le suivent dans le bar et réalisent que « l’Indien » est un barman qui, toutes les 15 minutes, monte sur la scène pour danser sur un tempo disco. C’était Felipe Rose. Dans le public, il y avait aussi un homme habillé en cow-boy : c’est ce qui leur a donné l’idée d’avoir un groupe qui représente différentes vies américaines. Ils ont recruté les autres membres de Village People autour de lui.

Après le disco, Henri Belolo est également crédité pour avoir introduit la breakdance et lancé la house en France…

Henri Belolo a toujours eu un son d’avance, il savait reconnaître ce qui allait arriver. Je l’ai rencontré il y a deux ans, il avait 1.000 projets dans la tête. Il disait : « Le succès c’est comme du surf : il ne faut pas arriver avant la vague, ni après la vague, mais sur la vague… » Quand lui et Morali ont senti que la vague disco s’essoufflait, ils ont compris que les radios chercheraient un nouveau son… Et se sont mis à produire de la breakdance. Scorpio Music, le label de Belolo, était la plaque tournante de ce genre de musique.

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