Haute-Garonne : Un Ehpad embarque les malades d’Alzheimer dans son wagon thérapeutique

« Contrôle des billets s’il vous plaît ! » Assises dans leur compartiment, alors que le paysage défile sous leurs yeux, Marie-Thérèse, Betty et Blanche tendent à Azzédine leur ticket aller-retour Muret-Toulouse. Ce dernier n’est pas un agent SNCF et les trois voyageuses n’ont pas parcouru un seul kilomètre, même si le paysage a défilé sous leurs yeux durant plusieurs minutes alors qu’elles se trouvaient assises bien confortablement dans le compartiment de leur wagon.

Ce jour-là, comment souvent depuis l’ouverture de l’Ehpad des Trois fontaines de Muret cet été, ces trois résidentes ont pris le « train thérapeutique ». Au sein de l’unité protégée de cet établissement du sud toulousain, qui accueille 14 personnes âgées ayant des troubles cognitifs ou la maladie d’Alzheimer, la direction a eu l’idée de développer ce dispositif innovant qui a vu le jour il y a quelques années en Italie.

Dans une pièce de l’espace partagée, les architectes ont recréé une pièce qui ressemble à s’y méprendre à un compartiment. Equipé d’un écran géant qui diffuse des vidéos de panorama, il accueille ceux qui expriment leur désir de partir, ou encore qui ont besoin de s’apaiser. Oubliant parfois où ils se trouvent, les personnes âgées présentes dans cette unité ont régulièrement envie de quitter l’établissement. Leur proposer d’embarquer dans ce train est un moyen de leur répondre.

Apaiser les tensions, baisser le recours aux médicaments

« Il y a quelques années, j’avais vu un reportage montrant que la thérapie du voyage existait ailleurs. Lorsque nous avons déménagé, nous avons vu l’opportunité de créer un nouvel environnement », explique Elsa Esteyrie, la directrice de l’Ehpad qui appartient au groupe associatif à but non lucratif Edenis.

A l’instar de l’art-thérapie, de la médiation avec les animaux ou encore de la balnéothérapie, cette activité est un moyen d’apporter un traitement non médicamenteux aux résidents souffrant de pathologies neuro-cognitives. « Une étude existe sur le sujet et montre que cela permet de baisser de 40 % les traitements médicamenteux, ce qui a un impact sur les chutes et les déambulations », avance Michel Bismuth, le médecin coordonnateur de la maison de retraite.

Souvent, les malades d’Alzheimer, en raison de leur anxiété, éprouvent le besoin compulsif de marcher, à toute heure de la journée et de la nuit. Lorsqu’ils sont dans cet état, ils oublient de boire et manger et tombent plus souvent. Dans le wagon du train, « au bout d’une demi-heure ou une heure, ils ressortent complètement apaisés, ils disent que cela leur fait du bien de voir autre chose », témoigne Blandine, une des aides-soignantes de l’unité protégée, affublée d’une casquette de chef de gare pour « jouer le jeu ».

Partir en famille ou en pleine nuit

Le personnel identifie ceux qui en ont besoin dans la journée, lorsque la tension monte et leur propose de partir en voyage, à Toulouse, Monaco ou ailleurs. Depuis le mois de juillet, les résidents ont effectué plus d’une centaine de voyages. Tous scrutés de près. « Nous avons voulu faire un vrai travail de recherches pour répondre à la question : Le train thérapeutique améliore-t-il le traitement ? Dans 95 % des cas, les soignants ont indiqué qu’il y avait eu une amélioration de leur état. Dans 73 % des cas, les résidents y ont participé entre 16h et 18h, ce qui confirme ce que l’on savait déjà, à savoir qu’ils ressentent une anxiété en fin de journée et qu’il faut leur proposer quelque chose d’apaisant », analyse le médecin qui a mis un protocole spécifique pour évaluer les bénéfices de cet outil thérapeutique, notamment grâce à l’échelle NPI-ES qui permet d’évaluer les troubles du comportement.

Pour une grande partie, le voyage aura été proposé lorsque l’agitation ou les déambulations s’intensifient. Ou pour partager un moment avec les proches venus en visite. « Dans certains cas, c’est aussi quand ils demandent à partir, qu’ils recherchent leurs parents. Ce moment dans le calme, permet de discuter du passé, de faire remonter les souvenirs », confirme Blandine. Et ses collègues y ont déjà eu recours en plein milieu de la nuit pour faire retomber la pression. Et à terme, les autres résidents pourraient prendre aussi le train à jour.

Après avoir eu un rafraîchissement dans leur compartiment, vu les paysages des Pyrénées, Betty, Blanche et Marie-Thérèse sont arrivées à destination. « Déjà », se sont exclamées ces dames, déjà prêtes à embarquer pour un nouveau voyage.