Haute-Garonne : Opération sauvetage pour le premier castor aperçu depuis plus d’un siècle

Avec sa queue plate, impossible de le confondre avec un ragondin. Un sauvetage assez inédit a eu lieu il y a deux semaines à Villemur-sur-Tarn, à une quarantaine de kilomètres au nord-ouest de Toulouse. Celui d’un jeune castor d’abord aperçu ce fameux samedi 19 mars au matin par un couple de promeneurs.

Le rongeur en difficulté était prisonnier d’une écluse en travaux. « Il était tombé dans une retenue, au milieu de beaucoup de débris. Le courant était fort et il essayait de se maintenir à l’air », raconte Christophe Voinson, le chef de l’unité nord de l’Office français de la biodiversité (OFB) dans la Haute-Garonne.

Après avoir eu la confirmation que la photo envoyée par ses collègues du Tarn-et-Garonne ce matin-là par SMS était bien celle d’un castor, il a alerté la police municipale de Villemur puis les pompiers. Tout un déploiement, logique, concernant le représentant d’une espèce protégée depuis 1968 en France. Et d’autant plus important que le jeune miraculé est tout simplement à l’origine « de la première observation visuelle en Haute-Garonne » depuis que le réseau Castor de l’OFB surveille l’espèce. « Mais nous avions un indice de sa présence après avoir trouvé lors d’une inspection un arbuste coupé sur pied », précise le technicien. Un signe qui ne trompe pas en général, témoin du travail soigné des longues dents d’un castor.

« Un milieu favorable »

L’apparition serait moins exotique dans un zoo, ou bien dans la vallée du Rhône et sur les bords de Loire où plusieurs réintroductions ont déjà eu lieu après sa quasi-disparition du castor en France au début du XXe siècle tant sa belle fourrure tirant sur gris était appréciée des braconniers. Sans compter le castoréum, la substance bien odorante qu’il dépose ici et là et à laquelle on prêtait des vertus médicinales.

Mais en Haute-Garonne, il s’agit d’une excellente nouvelle pour la biodiversité. « C’est le signe qu’il est en reconquête de territoire depuis la source de la rivière Tarn [qui prend sa source dans les Cévennes] et qu’il s’y sent bien donc qu’il y trouve un milieu favorable. » Assez de branches disséminées pour construire ses cabanes et barrages notamment, mais pas forcément une eau pure. « Car le castor est capable de s’adapter à une qualité variable de l’eau », prévient le spécialiste.

Concernant le castor de Villemur, à jamais le premier, l’hypothèse est qu’il était « en exploration », peut-être à la recherche de l’âme sœur, après avoir quitté sa famille, ce que les jeunes font en général vers l’âge de deux ans.  « Quand nous l’avons relâché, à une quinzaine de kilomètres en amont, il avait l’air en bonne santé. Il est resté deux-trois minutes à nous observer dressé sur ses pattes », se rappelle Christophe Voinson, qui a immortalisé la « libération » dans une vidéo devenue assez populaire.

Pas farouche donc l’animal ou, peut-être, reconnaissant. Est-ce à dire que les promeneurs des berges du Tarn pourraient tomber nez à nez avec un castor ? Le technicien n’en est pas sûr. Pour lui, « il va falloir encore patienter pour que la population soit bien visible ». Mais, petite astuce en cas de rencontre chanceuse : « Le castor nage avec seulement la tête hors de l’eau, alors que pour un ragondin, on aperçoit toute la silhouette. »