Harcèlement sexuel : Trois femmes portent plainte contre Harvard pour avoir ignoré leurs signalements

Les 65 pages déposées auprès du tribunal fédéral de Boston que constituent la plainte de trois doctorantes sont détaillées et accablantes. Le professeur d’anthropologie John Comaroff, 77 ans, y est accusé de « s’être servi de son pouvoir et de son piédestal depuis des années à Harvard pour exploiter des apprenties chercheuses ». Mais Margaret Czerwienski, Lilia Kilburn et Amulya Mandava s’en prennent aussi à l’administration de Harvard, qui a ignoré leurs signalements à plusieurs reprises.

« Il embrassait et pelotait les étudiantes sans leur consentement et menaçait de saboter leurs carrières si elles se plaignaient », témoignent-elles également dans le New York Times. Avec force détails, la plainte raconte par exemple que le professeur a « de manière répétée embrassé de force Mlle Kilburn, l’a pelotée en public et a parlé à voix haute de son viol et de son meurtre » imaginaires si elle avait des relations avec des personnes de même sexe dans certains pays d’Afrique. Concernant « Mlles Czerwienski et Mandava, le professeur Comaroff s’est senti autorisé à les menacer, à salir leur réputation et à perturber leur carrière ».

« Une faculté majoritairement blanche et masculine » indifférente

La plainte « vise un abus de pouvoir » et cible l’université de Harvard, « l’une des plus prestigieuses institutions académiques du monde » et son président, qui les a traitées avec une « indifférence délibérée », accusent-elles. Avant un éventuel procès au civil, les plaignantes réclament un dédommagement financier au montant inconnu.

Même si les plaignantes accusent Harvard d’avoir longtemps ignoré leurs allégations, leur plainte reconnaît qu’un « comité de Harvard qui a examiné l’atmosphère du département d’anthropologie vient de conclure qu’il y régnait une ambiance « sexiste et misogyne (…) dans une faculté majoritairement blanche et masculine » ». D’après le New York Times, les faits ont commencé à être rendus publics il y a un an dans le journal de Harvard. Le professeur a alors été mis en congés et une enquête interne a conclu qu’il s’était rendu coupable de harcèlement verbal.

Il ne devrait pas pouvoir enseigner l’an prochain selon le quotidien, qui précise que l’université ne l’a pas accusé de harcèlement ou d’agression sexuels. Ses avocats, interrogés par le journal, ont indiqué dans un communiqué que leur client démentait « catégoriquement » les accusations des étudiantes.