Hapsatou Sy accuse Eric Zemmour de la harceler avec l’appui de la direction du groupe Canal +

Depuis 2018 et la violente charge lancée par Eric Zemmour sur son prénom et ses origines sur le plateau de Thierry Ardisson, Hapsatou Sy semble vivre un cauchemar. Alors que le polémiste sort un nouveau livre sur sa vision de la nation, La France n’a pas dit son dernier mot, la chroniqueuse est citée pour appuyer ce qui pourrait être une promesse de campagne si Eric Zemmour se présente à la présidentielle : pour s’intégrer dans la société française, il faut avoir un prénom français et donc interdire les prénoms à consonance étrangère. On laissera à chacun le droit de se questionner sur la validité, la pertinence ou encore l’urgence d’une telle mesure. Pour Hapsatou Sy, c’est une attaque « à mon identité et à mon nom, mais également à mon parcours et à mon histoire ».

C’est le message qu’elle a envoyé, sur Twitter, à son « ancienne direction et à ceux qui se reconnaîtront ». Elle a notifié plusieurs membres de la direction du groupe Canal +, dont Vincent Bolloré, ainsi que des personnalités médiatiques :  Cyril Hanouna, Christine Kelly, Raquel Garrido, Natacha Polony, Franz-Olivier Giesbert et Gilles-William Goldnadel. Et pour conclure, trois personnalités politiques : le président de la République Emmanuel Macron, la ministre déléguée auprès du ministre de l’Intérieur, chargée de la Citoyenneté, Marlène Schiappa et le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin.

Silence coupable

Hapsatou Sy reproche le « silence » de « toute la classe politique qui fut indignée lorsque ce monsieur fut poursuivi dans la rue ». La femme d’affaires explique sortir « de 6 mois de maladie, touchée par ce mal que je pensais puant mais indolore » et dénonce les « horreurs » qu’elle reçoit « chaque jour » depuis que « ces débats sur les prénoms » ont été relancés par Éric Zemmour.

Hapsatou Sy se demande également « où sont les insoumis qui se sont soumis ce jour-là », en référence à Raquel Garrido qui était présente sur le plateau de Thierry Ardisson en 2018, tout comme « les directrices de Marianne », magazine dirigé par Natacha Polony, « qui prétendent que la liberté d’expression et le débat sont indispensables même quand ils agressent et abîment de manière irréversible ». Elle dénonce aussi les tentatives de la « mettre au placard » et se demande « où sont les prétendus défenseurs de la liberté d’expression quand la mienne m’est retirée ».

Inexactitudes

Avant Hapsatou Sy en 2018 puis dans son livre de 2021, Eric Zemmour s’en était déjà pris, en 2016, à l’ancienne Garde des Sceaux Rachida Dati pour avoir appelé sa fille Zohra. Étonnamment, on l’a beaucoup moins entendu commenter le choix du couple Bruni-Sarkozy qui a prénommé sa fille Giulia.

Enfin, la « loi de Bonaparte », à laquelle le polémiste fait régulièrement référence pour justifier son idée d’une certaine France qui semblait mieux avant à ses yeux, ne fait aucunement mention de l’obligation de donner « un prénom chrétien » à son enfant. La loi de 1803 (loi du 11 germinal de l’an XI) imposait de donner « des noms en usage dans les différents calendriers et ceux des personnages connus de l’histoire ancienne ». Il existait en effet plusieurs calendriers, notamment le républicain qui a supplanté le grégorien de 1793 à 1806.

Et alors qu’Eric Zemmour déplore que « les socialistes » aient « aboli » cette loi en 1993, là aussi, c’est inexact. La loi a déjà été largement modifiée par Charles de Gaulle en 1966, qui précise qu’« outre les prénoms normalement recevables dans les strictes limites de la loi de germinal », sont acceptés « certains prénoms tirés de la mythologie, certains prénoms propres à des idiomes locaux du territoire national, certains prénoms étrangers (tels : Ivan, Nadine, Manfred, James, etc.), (…) d’anciens noms de famille (tels : Gonzague, Régis, Xavier, Chantal, etc.) ». Par ailleurs, il est indiqué que « le choix des prénoms appartient aux parents et que, dans toute la mesure du possible, il convient de tenir compte des désirs qu’ils ont pu exprimer ».

Le gouvernement de Pierre Bérégovoy, sous la présidence de François Mitterrand, a assoupli une nouvelle fois cette circulaire en 1993, indiquant simplement que « l’intérêt de l’enfant » doit être pris en compte et abrogeant officiellement la loi du 11 germinal de l’an XI, qui n’était déjà plus en vigueur depuis longtemps.