Handball : Le club de Nantes a-t-il fait passer des tests de grossesse sans l’aval de ses joueuses ?

Camille Ayglon-Saurina (à gauche) et Léa Ligneres, lors de la conférence de presse tenue en urgence à Nantes le 14 février 2020. — Loic VENANCE / AFP

Situation de crise, ce vendredi, au club de Nantes Atlantique Handball (NAHB). La publication jeudi soir par l’Association des joueurs professionnels de handball (AJPH) d’un communiqué révélant la pratique de tests sanguins visant à détecter un état de grossesse sans le consentement des joueuses « dans un club de Ligue Butagaz Énergie » a ébranlé l’actuel troisième de D1 féminine, rapidement apparu comme le club en question.

Visé en premier chef, le président nantais, Arnaud Ponroy, a convoqué dans l’urgence une conférence de presse au siège du club dans l’après-midi. La mise en scène a été soignée. Le coach Allan Heine et huit joueuses étaient là, à ses côtés, plus quatre autres assises dans la salle – sur un effectif de 14. « Il est vrai de dire que des tests de grossesse ont été réalisés [à l’été 2019]. Mais il est faux de dire qu’ils étaient illégaux et effectués sans le consentement des joueuses, a défendu le dirigeant. Ce sont des tests réalisés en début de saison, dans les règles de l’art, avec un entretien individuel préalable et délivrance de certificats médicaux. »

Ambiance tendue à Nantes vendredi

Les taulières Léa Lignières et Camille Ayglon-Saurina ont ensuite pris la parole pour appuyer leur président. « Ces tests n’ont pas été faits à notre insu. Le médecin [Thibaut Berlivet] en a parlé, pour nous c’était clair, a assuré la seconde, 34 ans et 263 sélections en équipe de France. Il y a peut-être eu un problème de compréhension pour certaines. » Un argument déjà avancé le matin par Arnaud Ponroy auprès de L’Equipe et Ouest-France.

La réalité semble toutefois plus nuancée. Au moins pour certaines anciennes joueuses que nous avons pu interroger. Selon elles, la « compréhension » n’a rien à voir là-dedans. « Jamais ! Je suis sûre qu’on ne nous a jamais parlé de ça, certifie une ancienne licenciée du club requérant l’anonymat. On nous demandait de faire des prises de sang pour savoir si tout allait bien, si on avait des carences, et à ma connaissance c’étaient les seules choses qu’ils recherchaient à travers ces analyses. »

Selon nos informations, l’ambiance était tendue ce vendredi au siège du club, les joueuses ne sachant quelle attitude adopter. La nouvelle a en tout cas agité l’ensemble du handball français. Les téléphones ont chauffé entre joueuses, notamment. « Je suis choquée, comme beaucoup je pense, réagit l’ancienne Nantaise Wendy Lawson. On est toutes en train de parler de ça. Si c’est fait à leur insu, c’est illégal. Mais même, plus globalement, parler grossesse dans le cadre d’un contrat de travail est discriminatoire. Ça fait des années que je suis pro, je n’ai jamais entendu parler de ce genre de test nulle part. Pourquoi est-ce que monsieur Ponroy a décidé que ça pourrait exister dans son club ? C’est n’importe quoi ! »

La maternité, une préoccupation pour les présidents de club

Joueuse du NAHB jusqu’en 2018, Lawson, accompagnée de l’Allemande Isabell Klein, a attaqué le club aux Prud’hommes en septembre 2018. Les deux joueuses – qui avaient d’abord tenté d’obtenir une conciliation, en vain – contestaient le non-versement d’une prime de qualification en Coupe d’Europe à l’issue de la saison 2017-2018, pourtant prévue dans leur contrat. Le Conseil leur a donné raison, selon une décision rendue en novembre 2019.

Cette plainte n’avait, dans les textes, rien à voir avec le sujet de la maternité. Ces deux joueuses, les deux seules de l’effectif qui n’avaient pas touché leur prime, avaient toutefois en commun d’avoir été concernées par une grossesse au cours de la saison. « Chacun est libre de penser s’il y a un rapport ou non », ajoute Wendy Lawson, qui évolue aujourd’hui à Saint-Junien, en Nationale 1.

Plus largement, l’attitude du président Ponroy sur le sujet de la maternité interroge. De sources concordantes, il n’avait pas bien pris du tout l’annonce de l’Espagnole Alexandrina Barbosa, sur laquelle il avait beaucoup investi à l’été 2018 et qui avait fait savoir quelques semaines plus tard qu’elle attendait un enfant. « Il était furieux, ça nous avait marquées, se souvient une ancienne joueuse. On en parlait par petits groupes, il y avait celles qui étaient d’accord, qui trouvaient que c’était pas normal de tomber enceinte quand on signe dans un club, et d’autres qui n’étaient pas d’accord du tout avec lui. »

Les instances prennent note

Dans un article de L’Equipe consacré à la maternité, en mars 2019, Arnaud Ponroy avait lâché : « Entre recruter une fille homosexuelle de 25 ans et une femme mariée de 30 ans… Je caricature mais malheureusement, ça entre dans nos critères de décision. » Questionné sur le fait de savoir s’il était à l’aise avec ces questions, ce vendredi, il a répondu du tac au tac : « La maternité dans le sport de haut niveau, ce n’est pas une nouveauté. Si on n’est pas à l’aise avec ça il faut s’occuper d’un club de garçons. »

Quelques heures après cette conférence de presse, l’AJPH a apporté quelques précisions quant à sa démarche. L’association ne souhaite pas incriminer un club en particulier, mais porter la voix de joueuses qui souhaitent dénoncer certaines pratiques. « Pendant plusieurs semaines, accompagnée par un avocat, elle a recueilli des témoignages et des pièces auprès des joueuses concernées, des écrits que l’AJPH garde en sa possession, toujours dans l’idée de ne pas exposer médiatiquement les différentes parties », écrit-elle. 

La Fédération et la Ligue de handball ont quant à elles fait savoir via un communiqué commun qu’elles « prenaient note des explications fournies par le président et les joueurs du club de Nantes ». Aucune suite ne sera donnée dans l’immédiat, donc, si ce n’est « un rappel des procédures à l’attention de tous les clubs, dont l’obligation légale de recueillir un accord exprès, formel et préalable des athlètes pour prescrire un dosage hormonal Béta HCG ». Un rappel qui devrait pourtant couler de source, mais ça va mieux en le (re) disant.

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Un club de hand teste ses joueuses pour savoir si elles sont enceintes sans leur consentement

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