Haïti : Des milliers de manifestants anti-Jovenel à Port-au-Prince

Dans les rues de Port-au-Prince, le 20 octobre 2019. — Rebecca Blackwell/AP/SIPA

« Jovenel est incapable et incompétent, il faut qu’il plie bagage parce qu’Haïti doit vivre », déclare un manifestant, Jean Ronald. Comme lui, des milliers de personnes ont répondu à l’appel de dirigeants religieux et d’artistes en investissant les rues de Port-au-Prince, la capitale haïtienne. Pendant des heures, ils ont scandé des prières et des slogans hostiles au président Jovenel Moïse, dont ils réclament la démission.

« Il n’est pas normal de vivre dans un pays aussi inégalitaire », ajoute ce manifestant, devant le char de « Prophète Mackenson », un dirigeant religieux haïtien aussi populaire que controversé. Mackenson Dorilas, autoproclamé « prophète », a été sanctionné par le ministère haïtien des Cultes fin 2018 après avoir annoncé pouvoir guérir le sida avec un remède à base de punaises de lit. La foule de ses fidèles a sillonné les rues de la capitale, suivie par de larges groupes de manifestants répondant eux à l’appel de chanteurs populaires.

Des écoles closes depuis plus d’un mois

« J’ai mis mon uniforme aujourd’hui, il est tout neuf, et la première occasion que j’ai de le mettre, c’est dans une manifestation » déplore Nelly Delamet, 19 ans. En raison des manifestations répétées et des barricades régulièrement installées sur les principaux axes routiers, la majorité des établissements scolaires gardent leurs portes closes depuis plus d’un mois.

Me Johnny Trov Salomon manifeste, lui, avec sa robe d’avocat et un exemplaire de la constitution en main. « Toutes les couches sociales sont présentes : on veut que le monde entier voit qu’on n’est pas favorable à Jovenel ».

La colère populaire contre Jovenel Moïse, décrié par les opposants les plus radicaux depuis son arrivée au pouvoir en février 2017, s’est accentuée fin août à la suite d’une pénurie de carburants généralisée à travers le pays.

Majoritairement issus des quartiers les plus pauvres, les manifestants exigent d’autant plus la démission du chef de l’État que des entreprises qu’il dirigeait avant son entrée en politique ont été épinglées par la Cour supérieure des comptes comme étant « au cœur d’un stratagème de détournement de fonds ».

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