Guinée: Les manifestations ont fait au moins neuf morts, inquiétudes internationales

Un manifestant arrêté par la police à Conakry le 14 octobre 2019. — Youssouf Bah/AP/SIPA

Un éventuel troisième mandat du président Alpha Condé ne passe toujours pas en Guinée. Les manifestations qui agitent le pays depuis lundi ont eu des « conséquences tragiques », ont reconnu mercredi les autorités de Conakry. Selon le ministre de l’Administration du territoire, le général Bouréma Condé, on dénombre même « environ neuf morts », alors que des opposants comparaissent devant la justice et que la communauté internationale s’inquiète de « l’escalade de la tension ».

Pour le pouvoir, le calme est revenu

Ces manifestations « non-autorisées » ont « engendré des conséquences tragiques », a commenté le ministre, selon qui le « calme est revenu sur la quasi-totalité du territoire », même si les forces de maintien de l’ordre « s’évertuent à normaliser la situation dans les zones où des échauffourées persistent ». L’opposition et la société civile militent depuis des mois contre un projet de nouvelle Constitution, évoqué par le pouvoir, qui permettrait à Alpha Condé, 81 ans, de se présenter fin 2020 pour un troisième mandat. Leur nombre est actuellement limité à deux.

Le Front national pour la défense de la Constitution (FNDC), coalition de partis d’opposition, de syndicats et d’associations de la société civile, à l’origine des manifestations, a pour sa part dénombré 10 morts côté manifestants, 70 blessés par balle et de près de 200 arrestations. Huit des dirigeants du FNDC interpellés samedi ont comparu dans une ambiance tendue devant un tribunal de Conakry. Ils ont dénoncé des traitements inhumains et dégradants au cours de leur garde à vue. Ils encourent de 3 à 5 ans de prison pour avoir tenu des propos de nature à troubler l’ordre public en appelant à manifester, selon l’accusation. Leur défense a annoncé qu’elle plaiderait « non-coupable » lors de la reprise de leur procès vendredi.

L’ONU appelle au dialogue

« On continue d’assister à de nombreuses incursions des forces de l’ordre dans les domiciles des citoyens où des femmes ont été agressées physiquement et verbalement et leurs marmites de riz renversées », a dénoncé le FNDC. Le son de cloche est tout autre du côté du gouvernement. Celui-ci assure que les forces de sécurité ne font pas usage d’armes à feu et dénonce la diffusion d’« images montées de toutes pièces », en allusion à des vidéos présentées comme reflétant des exactions des services de maintien de l’ordre.

Ces tensions alarment la communauté internationale, dans ce pays pauvre malgré ses importantes ressources minières, à la stabilité incertaine, coutumier des protestations et des répressions extrêmement violentes. « L’insuffisance de dialogue (…) provoque une escalade de la tension avec des recours à la violence, susceptible de porter gravement atteinte aux acquis démocratiques », ont conjointement averti les représentants à Conakry de l’ONU, de la Cédéao, de l’UE, des Etats-Unis et de la France notamment.

« Nous appelons tous les acteurs à renouer le dialogue » et à « faire preuve de calme et de retenue en bannissant tout recours à la violence ou un usage disproportionné de la force », ont-ils dit, en suggérant qu’une « éventuelle libération rapide des personnes détenues de façon préventive serait de nature à aider à l’apaisement ».

Quelques commerces ont timidement rouvert à Matoto, grande agglomération de la capitale, mais les manifestations se poursuivaient mercredi dans d’autres quartiers comme Hamdallaye, Cosa, Koloma, Lambanyi et Kobaya.

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