Guerre en Ukraine : Remarques déplacées, vandalisme… La galère d’un restaurant russe de Toulouse

Depuis le début de la guerre en Ukraine, lutter contre les amalgames est devenu un combat presque quotidien pour le restaurant  Troïka Royale à  Toulouse. Le petit établissement de la rue des Filatiers sert de la cuisine arménienne, comme sa propriétaire, Susi Calhava, mais aussi russe.

« Nous avons fait ce choix des plats russes parce que cela n’existait pas en ville », explique la restauratrice qui jusqu’à il y a cinq semaines se contentait de gérer avec humour le conflit russo-ukrainien sur la paternité du bortsch, la fameuse soupe rouge à la betterave et au chou. Mais avec l’invasion russe, la musique a changé. « D’un coup, dès le 25 mars, nous avons enregistré une série d’annulations de réservations », raconte la restauratrice. Puis sont arrivés les petits mots sur la vitrine, les remarques déplacées des passants. Comme cette femme d’une quarantaine d’années venue crier bien fort dans la rue sa satisfaction de constater que les clients se font rares.

La vitrine badigeonnée d’excréments

L’hostilité se manifeste aussi de façon anonyme, dans les avis en ligne : « Produits pas frais, vive l’Ukraine », a cru bon de laisser un faux client. D’autres sont passés carrément à l’action. Il y a une dizaine de jours, le pas-de-porte et la vitrine du restaurant ont été badigeonnés d’excréments. « On essaie de résister, mais il y a des comportements choquants », témoigne Armine Davtyan, une employée décontenancée par cette animosité alors qu’elle a des « amis russes et ukrainiens qui s’entendent très bien entre eux ». Elle sent bien toutefois que depuis l’épisode de vandalisme, les clients et les voisins multiplient les attentions, comme pour « inverser » ce déferlement de haine.

Le restaurant Troïka Royale, à Toulouse, est spécialisé dans les plats russes et arméniens.
Le restaurant Troïka Royale, à Toulouse, est spécialisé dans les plats russes et arméniens. – H. Menal – 20 Minutes

Les patrons et voisins du bar l’Heure du Singe et du restaurant Tempête en chantier, aux Carmes, ont proposé leur salle pour une soirée à la fois fraternelle et caritative. Ce sera le jeudi 5 mai. Les médovics et pavlovas, les beaux gâteaux typiquement russes de l’équipe de la Troïka Royale y côtoieront les plats ukrainiens concoctés par deux cuisinières réfugiées à Toulouse. Et les bénéfices seront reversés à la Croix Rouge.