Guerre en Ukraine : Pourquoi la question des chars réclamés par Kiev est-elle aussi centrale (et complexe) ?

Sur le sujet, l’Ukraine maintient la pression. Depuis plusieurs mois, Volodymyr Zelensky a réclamé à ses alliés occidentaux l’envoi de chars lourds. Les appels du pied de Kiev semblent avoir porté leurs fruits, en partie du moins. Le Royaume-Uni a notamment promis la livraison de 14 Challenger 2, devenant le premier pays occidental à envoyer ce type de blindés.

Jeudi, en visite dans la capitale ukrainienne, le président du Conseil européen Charles Michel a annoncé que « des chars doivent être livrés. »

Au lendemain de cette annonce, lors d’une réunion des soutiens de l’Ukraine sur la base aérienne américaine de Ramstein (Allemagne), le président ukrainien a une nouvelle fois exhorté les alliés à « lancer un approvisionnement majeur qui arrêtera le mal ».

« Je peux vous remercier des centaines de fois (pour le soutien déjà apporté, ndlr) mais les centaines de merci ne sont pas des centaines de chars », a insisté le chef d’Etat, alors que la France et les Etats-Unis rechignent à l’idée d’envoyer des chars imposants à Kiev, qui en réclame plusieurs centaines.

Pour 20 Minutes, Michel Goya, ancien colonel des troupes de marine, historien et stratégiste, l’envoi de chars occidentaux par les alliés, s’ils le décident, ne pourra pas avoir d’impact significatif sur le front avant plusieurs longues semaines.

La décision de l’Allemagne de livrer des chars lourds (ou pas) peut-elle changer l’issue de cette guerre ?

L’Allemagne a reçu la réunion des alliés, et sa prise de position était scrutée. Comme Paris et Washington, le chancelier Olaf Scholz s’est montré frileux à l’idée d’envoyer ses armes lourdes à Kiev. Or, selon notre expert, l’Allemagne fait partie avec les Etats-Unis des deux nations occidentales possédant le plus gros stock de blindés lourds.

« Il y a environ 1.500 Leopard 2 disponible dans plusieurs pays européens. C’est beaucoup plus que les Leclerc et les chars britanniques. Un char de ce type, ça ne passe pas forcément partout, mais c’est puissant, résistant. En rase campagne, ça reste le roi du champ de bataille. D’un point de vue tactique, ils sont très supérieurs à ce qu’il y a en face », décrit l’analyste.

« Normalement, les chars occidentaux (Allemagne, Etats-Unis, France, Royaume-Uni) sont supérieurs aux chars russes », a abondé le général Jean-Paul Paloméros au journal Le Parisien.

Enfin, l’armée ukrainienne va devoir se former au maniement de ces engins. « Avec des tankistes assez expérimentés, l’apprentissage peut aller vite, rassure Michel Goya, mais il faut quand même compter quelques semaines minimum ». Et peut-être, comme pour les missiles Patriot, des formations de soldats ukrainiens à l’étranger.de son homologue français Sébastien Lecornu à Kiev, le 28 décembre 2022. Avec ces nouveaux engins, l’Ukraine va être confrontée à de nouvelles épreuves logistiques. Sera-t-elle en mesure de les surmonter ?

Autre problème : tout envoi de matériel de guerre allemand doit être validé par Berlin. La Pologne, qui estime pouvoir livrer 14 chars Leopard 2 à son voisin ukrainien, ne peut donc pas bouger.

Vendredi, à la mi-journée, la position de Berlin n’a pas évolué. « Aucune décision n’a été prise » quant à la livraison de chars Leopard 2 a déclaré le ministre allemand Boris Pistorius, tout en rappelant que l’idée que l’Allemagne s’oppose à la livraison de chars à Kiev « est fausse ».

Quelles conditions et délais de livraison pour les chars lourds en Ukraine ?

Pour acheminer ces puissants engins sur le front, les alliés et l’Ukraine vont devoir mettre en œuvre des « moyens logistiques extrêmement importants », comme le rappelait sur France Info Peer de Jong, spécialiste géopolitique et ancien colonel des troupes marines.

Les chars pèsent 60 tonnes et les déplacements prennent un certain temps. « Sur des grandes distances, ils peuvent être déplacés par voie ferrée ou sur des porte-chars pour ne pas les abîmer, ni affaisser le terrain. Il faudra aussi qu’ils puissent passer sur des ponts qui résistent aux lourdes charges », prévient l’ex-colonel.

Selon lui, il faut au minimum prévoir quelques semaines d’acheminement. « Si les Polonais envoient leur char, ou que les Français décident d’emmener les Leclerc postés en Roumanie, ça peut rentrer assez vite en Ukraine. Mais il est difficile d’imaginer que les chars puissent avoir un impact sur les combats avant plusieurs mois », poursuit l’expert.

L’armée ukrainienne est-elle qualifiée pour maitriser ce type de matériel et en gérer la maintenance ?

La maintenance et la formation, deux points cruciaux qui dissuadent les Etats-Unis à fournir des chars Abrams à Kiev. « Le problème se pose déjà avec l’artillerie. Le matériel militaire utilisé est hétérogène. Ça demande une structure de maintenance assez lourde et spécifique à chaque engin », observe Michel Goya.

« Nous avons trois niveaux de maintenance. Les réparations de base sur le champ de bataille, celles qui peuvent être assurées par les entreprises ukrainiennes, de complexité moyenne, et celles qui nécessitent un transfert du matériel à l’étranger », détaillait Oleksii Reznikov, ministre ukrainien de la Défense, lors de la venue de son homologue français Sébastien Lecornu à Kiev, le 28 décembre 2022. Avec ces nouveaux engins, l’Ukraine va être confrontée à de nouvelles épreuves logistiques. Sera-t-elle en mesure de les surmonter ?

Enfin, l’armée ukrainienne va devoir se former au maniement de ces engins. « Avec des tankistes assez expérimentés, l’apprentissage peut aller vite, rassure Michel Goya, mais il faut quand même compter quelques semaines minimum ». Et peut-être, comme pour le système antiaérien Patriot, des formations de soldats ukrainiens à l’étranger.