Guerre en Ukraine : Pots-de-vin contre gros contrats, tout comprendre au scandale de corruption qui secoue Kiev

Mardi, onze mois jour pour jour après le début de la guerre en l’Ukraine, plusieurs hauts responsables ukrainiens ont démissionné après qu’un scandale de corruption a été dévoilé par la presse. Ces hauts fonctionnaires sont accusés d’avoir, en fonction de leurs places occupées dans les institutions, touché des pots-de-vin, financiers ou matériels, lors de la signature de différents contrats en lien avec l’invasion. Une dizaine de personnalités publiques ont été limogées. 20 Minutes fait le point sur ces révélations alors qu’en Ukraine, les institutions flirtent largement avec la corruption.

Que s’est-il passé ce mardi en Ukraine ?

Cinq gouverneurs régionaux et quatre vice-ministres ont été démis de leurs fonctions, a annoncé le gouvernement mardi après une scandale de corruption présumé dans l’armée, en pleine invasion russe du pays. Selon Taras Melnytchouk, représentant du gouvernement auprès du Parlement, le vice-ministre de la Défense Viatcheslav Chapovalov, en charge de l’appui logistique des forces armées, le chef adjoint de l’administration présidentielle Kyrylo Tymochenko, le procureur général adjoint Oleksiï Simonenko, les gouverneurs des régions de Dnipropetrovsk, de Zaporojie, de Soumy, de Kherson, de la capitale Kiev, un vice-ministre de la Politique sociale et deux vice-ministres du Développement territorial ont été limogés. 

A noter que la corruption est endémique en Ukraine : le pays était classé à la 122e place sur 180 sur l’indice de perception de la corruption de l’ONG Transparency International en 2021. L’UE a fait des mesures anticorruption l’une des réformes clés devant être mise en œuvre par l’Ukraine si celle-ci souhaitait accéder au statut de candidat à l’adhésion au bloc européen. Et si l’Ukraine était régulièrement secouée avant l’invasion russe par des scandales de corruption – un mal endémique dans le pays –, il s’agit de la première affaire à éclater depuis l’offensive russe lancée le 24 février 2022.

Qu’est-il reproché à ces hauts fonctionnaires ?

Tous auraient perçu des pots-de-vin en lien avec les contrats des approvisionnements de l’armée. Viatcheslav Chapovalov, un proche du ministre de la Défense Oleksiï Reznikov, est ainsi accusé d’avoir participé à la signature d’un contrat à un prix surévalué sur les produits alimentaires destinés à ses soldats, comme le révèle le média ukrainien ZN.UA. Ce contrat serait d’environ 324 millions d’euros avec des prix établis « deux à trois plus élevés » que les tarifs actuels en vigueur pour les produits alimentaires de base.

Le gouverneur de la région de Dnipropetrovsk, Valentin Reznitchenko a été accusé par plusieurs médias en novembre d’avoir attribué des contrats sur la réparation de routes portant sur des dizaines de millions d’euros à un groupe co-fondé par sa petite amie travaillant comme coach fitness. Selon des informations de presse, son nom et celui de ses collègues des régions de Soumy, Kherson et Zaporojie figurent dans des enquêtes judiciaires.

Si ce jour, une dizaine de fonctionnaires ont dû quitter leurs postes, deux autres ont été démis de leurs fonctions ces derniers jours. Dimanche, le ministre adjoint des Infrastructures Vassyl Lozinsky a, lui, été arrêté, accusé d’avoir reçu un pot-de-vin de 400.000 dollars pour « faciliter » l’achat de générateurs à des prix gonflés, alors que le pays est confronté à de vastes coupures d’électricité suite aux frappes russes contre ses infrastructures énergétiques. Pavlo Galimon, le chef adjoint du parti présidentiel « Serviteur du peuple », a lui été limogé lundi, sur fond d’accusations de corruption liée à l’achat d’une propriété à Kiev pour un montant supérieur à ses revenus déclarés.

D’autres magouilles ont-elles été révélées ?

Eh oui… Le chef de l’administration présidentielle Kyrylo Tymochenko, l’un des plus anciens collaborateurs du président ukrainien Volodymyr Zelensky, figure dans plusieurs scandales. Celui qui supervisait notamment des projets de reconstruction des installations endommagés par des frappes russes a été limogé. En octobre, ce responsable avait été accusé d’avoir utilisé un véhicule tout-terrain donné à l’Ukraine par le groupe américain General Motors à des fins humanitaires. Après ces révélations, il avait assuré avoir transmis le véhicule aux besoins du front. 

Quant au procureur général adjoint Oleksiï Simonenko, il a été accusé d’être récemment parti en vacances en Espagne alors que les déplacements à l’étranger, sauf à des fins professionnelles, sont normalement interdits pour les hommes ukrainiens en âge de combattre. 

Comment Volodymyr Zelensky a-t-il réagi ?

« Je veux que ce soit clair : il n’y aura pas de retour à ce qui existait dans le passé, à la façon dont vivaient diverses personnes proches des institutions de l’Etat ou celles qui ont passé toute leur vie à courir après un fauteuil [un poste d’Etat] », a déclaré dimanche Volodymyr Zelensky dans son traditionnel discours du soir et ce, sans mentionner spécifiquement cette vaste affaire de corruption.

Ces départs pouvant être suivis d’autres, le président ukrainien a annoncé lundi soir « des décisions relatives au personnel » concernant « des cadres de différents niveaux dans les ministères et autres structures du gouvernement central, dans les régions et dans le système d’application de la loi ». Plus tôt, lundi, le président avait annoncé une interdiction pour les responsables gouvernementaux de se rendre à l’étranger sauf mission professionnelle : « s’ils veulent se reposer maintenant, ils le feront en dehors de la fonction publique. Les fonctionnaires ne pourront plus se rendre à l’étranger pour des vacances ou pour tout autre motif non gouvernemental. »

De son côté, le ministère la Défense a assuré que les accusations imputées à Viatcheslav Chapovalov étaient « infondées ». Et a ajouté que le départ du vice-ministre « permettra de préserver la confiance de la société et des partenaires internationaux ainsi que d’assurer l’objectivité » des efforts pour faire la lumière sur cette affaire. Lundi, le ministre de la Défense Oleksiï Reznikov avait, lui, assuré que ce scandale relevait d’une « attaque informationnelle artificielle » fondée sur un « prétexte ».