Guerre en Ukraine : Peut-il exister une « communauté de l’anneau » entre les neuf dirigeants de la CEI ?

Par le passé, Vladimir Poutine s’est déjà épanché sur ses préférences littéraires. Le président russe a dévoré les œuvres d’Alexandre Dumas, Ernest Hemingway ou Léon Tolstoï. Mais, au vu de ses derniers agissements, on parierait que son cœur de lecteur n’est pas insensible à la plume de J.R.R Tolkien.

Lundi, lors d’une réunion informelle à Saint-Pétersbourg de la Communauté des Etats Indépendants (CEI), une alliance de plusieurs anciennes républiques soviétiques (Bélarus, Arménie, Azerbaïdjan, Tadjikistan, Kirghizstan, Turkménistan, Ouzbékistan, Kazakhstan), le boss du Kremlin a remis en guise de cadeau huit anneaux d’or aux dirigeants présents. La dernière alliance, portant comme tous les autres l’inscription « Bonne année 2023 » avec l’emblème de la CEI, Poutine l’a gardé pour lui.

Une communauté, neuf anneaux… La référence à Sauron du Seigneur des Anneaux paraît limpide, en dépit des dénégations de Dmitri Peskov, porte-parole du Kremlin, évoquant « simplement un souvenir pour le Nouvel An ». Un clin d’œil suffisant pour imaginer le chef d’Etat en « maître du mal », rassemblant ses troupes autour de lui à l’heure d’intensifier l’effort de guerre en Ukraine ? Pas si simple.

Quand le Tsar aimerait devenir Sauron

Car la CEI est tellement hétérogène qu’elle ne forme pas un bloc derrière Moscou. « Si les huit pays avaient formé une réelle communauté derrière Poutine, on l’aurait su depuis le début de la guerre, il y a dix mois », indique Michel Goya, ancien colonel des troupes de marine, historien et stratégiste.

Le Kazakhstan et le Tadjikistan ont largement pris leurs distances, l’Arménie reproche à la Russie de ne pas l’aider contre l’Azerbaïdjan, qui fait partie de la CEI. « Chacun de ces pays sait qu’un soutien franc à la Russie l’exposerait à des sanctions internationales. D’ailleurs, aucun pays ne s’est engagé militairement, il y a que la Biélorussie qui a accepté que son territoire soit utilisé. C’est une alliance creuse », commente Michel Goya.

Fondée à l’initiative de la Russie, de la Biélorussie… Et de l’Ukraine (qui en est sortie en 2018) à la fin de l’ère soviétique, la CEI est une organisation ancienne sans réelle « efficacité ». « Au niveau économique, les pays de cette communauté se tourne plutôt vers l’union économique eurasiatique. Et, au niveau stratégique, c’est plutôt l’organisation du traité de sécurité collective qui régit la zone », détaille Taline Ter Minassian, directrice de l’observatoire des Etats post-soviétiques à l’Inalco.

Pour la chercheuse, il faut voir dans ce cadeau du chef d’Etat russe un symbole, sans tomber dans la surinterprétation. « C’était un sommet informel, et la communication s’adapte à cette circonstance. C’est fait pour essayer de resserrer l’amitié. »

L’Azerbaïdjan et l’Arménie, membres de l’alliance, se font la guerre au Haut-Karabakh, le Kazakhstan a assuré en septembre vouloir protéger les Russes qui fuient leur pays pour échapper à la mobilisation. Des tensions latentes couvent au sein de la CEI, et les dirigeants de ces anciens satellites soviétiques semblent peu préoccupés à l’idée d’aider Moscou.

Vladimir Poutine peine à rassembler

« Poutine cherche des alliés et des soutiens matériels, et il peine à en trouver, à part l’Iran et la Corée du Nord. Certains pays de la CEI ont aussi très mal pris le fait que la Russie a proposé à tous les ressortissants étrangers de cette communauté un visa russe en échange d’un engagement dans l’armée », appuie Michel Goya.

Nul ne sait si les tomes du mythique fantasy reposent sur les étagères de Vladimir Poutine. Mais les fans du Seigneur des Anneaux se souviennent aisément que Sauron a façonné l’anneau unique, qui lui permet de contrôler tous les autres. Et, lundi, seul le président biélorusse Alexandre Loukachenko, plus proche allié de Poutine a enfilé le présent au doigt. Le reste de la communauté, elle, n’a pas tenté le diable.