Guerre en Ukraine : Non, la chargée des droits humains n’a pas avoué avoir menti sur les viols d’enfants par des Russes

« Lyudmila Denisova, médiatrice pour les droits de l’homme en Ukraine, avoue avoir menti sur les viols d’enfants par les Russes », affirment plusieurs personnes sur les réseaux sociaux. Cette affirmation, qui circule depuis la fin d’année, était déjà partagée en juin 2022. Notamment par Jean-Michel Cadenas, Délégué Départemental de la Fédération RN de la Mayenne.

Pour appuyer leurs propos, la plupart des internautes citent un article du blog Le média en 4-4-2, connu pour adhérer à de nombreuses théories du complot et relayer de fausses informations. Qu’en est-il vraiment ? 20 Minutes fait le point.

FAKE OFF

L’article de blog cité par les internautes cite une phrase prononcée par Lyudmila Denisova : « Lorsque j’ai pris la parole au parlement italien, à la commission des affaires internationales, j’ai entendu et vu une telle lassitude de l’Ukraine, vous comprenez ? J’ai parlé de choses terribles afin de les pousser d’une manière ou d’une autre, afin qu’ils prennent des décisions dont l’Ukraine et le peuple ukrainien ont besoin. Peut-être que j’y suis allée trop fort. Mais j’essayais d’atteindre l’objectif de convaincre le monde de fournir des armes et de faire pression sur la Russie. »

Qu’est-ce qui, dans ce discours, ressemble à un aveu pour un mensonge sur les viols commis par les Russes ? Rien du tout. L’auteur de l’article de blog a uniquement dû faire un très gros raccourci en considérant que par « j’y suis allée trop fort », la médiatrice des droits humains en Ukraine avouait avoir menti.

Mais en réalité, le discours partagé a été tronqué. Voici ce qu’à vraiment dit Lioudmyla Denissova : « J’ai dit mot pour mot aux médias ce que m’ont dit les psychologues qui travaillaient sur la ligne de soutien psychologique de l’UNICEF, qui avait déjà terminé son travail – le 15 mai était le dernier jour. J’ai transmis tout ce que les plaignants voulaient dire à la société et au monde ; à savoir que les ennemis, la Fédération de Russie, devaient être punis. Oui, à cette époque ce vocabulaire était très cruel, on en a discuté [avec les médias], j’ai dit qu’en effet, j’ai peut-être exagéré. Mais j’essayais d’atteindre l’objectif de persuader le monde de fournir des armes et de faire pression. J’ai rencontré Pramila Patten, qui est la représentante spéciale du Secrétaire général de l’ONU sur la violence sexuelle dans les conflits. Nous travaillons selon les protocoles de l’ONU et clairement selon les résolutions de l’APCE – l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe, le Conseil des droits de l’homme de l’ONU, qui énoncent clairement ce qu’est la violence sexuelle. »

Lioudmyla Denissova a donc seulement admis que les termes qu’elle a pu employer pour décrire les crimes commis par les Russes étaient « crus » et « durs », ce qui avait pu lui être reproché lors de la révélation des faits.

Pour rappel, après la découverte samedi 2 avril du massacre de Boutcha, de nombreux témoignages de viols commis par des soldats russes ont été relayés dans les médias. A l’époque, Lioudmyla Denissova avait documenté sur ses réseaux sociaux les cas de 25 femmes, âgées de 14 à 24 ans, maintenues dans une cave et violées à Boutcha. A la mi-avril, le président Volodymyr Zelensky dénonçait lui aussi « des centaines de cas de viols » dans les zones tout juste libérées.