Guerre en Ukraine : Missile en Pologne, tortures à Kherson… Une semaine de tensions en quatre infographies

Il n’y a pas que la libération de Kherson dans la vie… il y a le tir de missile en Pologne aussi. C’est forcément l’épisode Przewodow que l’on retient de cette énième semaine de guerre en Ukraine, qui se termine ce vendredi, 268e jour de conflit. Reste que plusieurs villes ukrainiennes, dont la capitale Kiev, ont été les cibles de nouvelles frappes russes alors que les flocons de neige ont chuté dans un pays miné par les coupures d’électricité. Entre tirs de missiles, récession et inflation, 20 Minutes fait le point sur le conflit en quatre infographies

Nébuleuse autour d’un missile en Pologne

Carte de la Pologne localisant la localité de Przewodow.
Carte de la Pologne localisant la localité de Przewodow. – STAFF / AFP

Qui a tiré ? Un missile a tué mardi deux personnes dans le village polonais de Przewodow, près de la frontière avec l’Ukraine, lourdement bombardée par l’armée russe. Après avoir immédiatement accusé Moscou et réuni son conseil national de sécurité, Varsovie s’est ravisé mercredi, estimant « hautement probable » qu’il s’agisse d’un « accident malheureux » dû à un projectile ukrainien. Entre-temps, Joe Biden avait déclaré qu’il était « improbable » que le missile ait été tiré depuis la Russie et assuré qu’il allait « déterminer ce qu’il s’est passé exactement ». Le Kremlin, qui dément toute responsabilité, a salué la « retenue » de la réaction américaine.

Kiev, pour sa part, a réclamé mercredi un « accès immédiat » au site et un « examen conjoint de l’incident », continuant d’évoquer une responsabilité russe. Toutefois, ce jeudi, le président ukrainien Volodymyr Zelensky a déclaré « ne pas savoir ce qu’il s’était passé ». Le même jour, le secrétaire d’Etat américain Antony Blinken assurait que la Russie portait la « responsabilité ultime » pour la chute meurtrière de ce missile en Pologne. Le soir même, des experts ukrainiens sont arrivés en Pologne pour participer à l’enquête visant à déterminer d’où a été tiré le missile. « Nous espérons qu’ils accéderont rapidement au site de l’incident, en coopération avec les forces de l’ordre polonaises », a fait savoir le chef de la diplomatie ukrainienne, Oleksiï Kouleba, sur Twitter.

A Kherson, chaos et espoir après le retrait russe

Carte localisant la ville de Kherson en Ukraine, alors que la Russie a ordonné mercredi le retrait de ses forces de la ville et de la rive droite du fleuve Dniepr.
Carte localisant la ville de Kherson en Ukraine, alors que la Russie a ordonné mercredi le retrait de ses forces de la ville et de la rive droite du fleuve Dniepr. – Sabrina BLANCHARD, Valentin RAKOVSKY, Anibal MAIZ CACERES / AFP

Après huit mois d’occupation, les habitants de Kherson vivent libres, mais dans le chaos. L’approvisionnement en électricité et en eau de la ville ayant été coupé après la destruction des principaux services publics par les Russes avant leur retrait, les habitants s’empressent de stocker des produits de première nécessité alors que l’hier approche. Des habitants font désormais la queue pour pouvoir récupérer des cartes SIM, obtenir le versement de pensions et des bribes d’aide humanitaire.

Dans le même temps, un haut responsable ukrainien chargé des droits de l’Homme a assuré jeudi que l’ampleur des cas de torture à Kherson pendant l’occupation russe était « horrible ». « Je n’ai pas encore vu » de tortures « à une telle échelle », « après avoir visité toutes les salles de torture dans diverses régions de l’Ukraine », a déclaré Dmytro Loubynets.

Des forces russes, qui après s’être retirées de Kherson, ont annoncé avoir quitté la ville de Nova Kakhovka (voir infographie), Moscou accusant les forces de Kiev de bombarder cette ville située à proximité d’un barrage hydroélectrique stratégique.

La Russie dans le rouge

Évolution du PIB de la Russie par trimestre depuis 2018.
Évolution du PIB de la Russie par trimestre depuis 2018. – Sophie RAMIS, Sylvie HUSSON / AFP

Comme le montre cette infographie, la Russie est techniquement entrée en récession technique cette semaine (selon la définition communément utilisée), près de neuf mois après le début de l’offensive militaire en Ukraine. Son produit intérieur brut (PIB) a reculé de 4 % au troisième trimestre, selon une première évaluation publiée mercredi. L’agence de statistiques Rosstat a annoncé ces chiffres dans le prolongement d’un deuxième trimestre déjà plombé (-4,1 %) par les lourdes sanctions occidentales prises au printemps pour punir Moscou.

Selon le cabinet de Boris Titov, représentant des entrepreneurs auprès du Kremlin, près d’un tiers de 5.800 entreprises russes récemment interrogées subissent une baisse de leurs recettes ces derniers mois. Reste que, selon une prévision de la Banque centrale russe réalisée le 8 novembre, le PIB devrait se contracter autour de -3,5 % sur l’ensemble de l’année 2022, bien loin des prévisions apocalyptiques envisagées au printemps. Le pays se trouve toujours officiellement en situation de plein-emploi, avec un taux de chômage à 3,9 % en septembre, selon l’agence de statistiques Rosstat.

Les prix de la viande flambent

Graphique montrant l'augmentation du coût de la viande principalement causée par la guerre en Ukraine qui a perturbé les marchés mondiaux et l'approvisionnement de produits.
Graphique montrant l’augmentation du coût de la viande principalement causée par la guerre en Ukraine qui a perturbé les marchés mondiaux et l’approvisionnement de produits. – Paz PIZARRO, Julia Han JANICKI, Cyril THEOPHILOS / AFP

Au Royaume-uni, entre une inflation qui dépasse les 11 % et la pénurie d’œufs, le traditionnel « English breakfast » coûte de plus en plus cher à préparer. Et la guerre en Ukraine n’y est pas étrangère, comme on peut le voir dans l’infographie ci-dessus. « La boîte de 360 œufs coûte 68 livres contre 20 il y a trois mois », déplorait ce jeudi un habitant de Londres auprès de l’AFP.

Et face à l’inflation qui pèse surtout sur les plus petites bourses, certains Français peinent, eux, à conserver une alimentation saine, entre légumes inabordables et retour de la malbouffe. Ce mercredi, au-dessus de son chariot « deux fois moins rempli qu’avant », Catherine Garnier, 39 ans, soupire : « J’ai pris moins de légumes et de viande, plus de pâtes et patates. » Exit aussi les quelques produits bio qu’elle se permettait parfois. L’inflation, en particulier celle sur les produits alimentaires (+12 % sur un an en octobre, selon l’Insee), risque de dégrader la qualité de l’alimentation des Français.

Depuis quelques mois déjà, beaucoup de Français privilégient « un plat unique familial » où la viande est remplacée par des œufs ou des féculents, observait en début de semaine Lydia Rabine, analyste pour l’institut d’études Kantar. Au premier semestre 2022, les Français ont consommé en moyenne 1,5 kg de viande rouge et environ un kilo de volaille de moins qu’à la même période l’an dernier, selon Kantar.