Guerre en Ukraine : « L’Europe ne pourrait pas fournir largement des armements »
L’Ukraine va pouvoir dépenser 60 milliards d’euros, sur les 90 milliards prêtés par l’Union européenne, pour renforcer ses capacités militaires en 2026 et 2027. La France avait insisté pour que ces financements aillent en priorité à l’industrie européenne de défense, une contrainte contestée par Kiev et d’autres pays européens, notamment l’Allemagne et les Pays-Bas.
L’Ukraine bénéficiera de 60 milliards d’euros, sur les 90 milliards prêtés par l’Union européenne, pour renforcer ses capacités militaires en 2026 et 2027, a annoncé mercredi la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen.
Les pays européens seront prioritaires pour fournir les armements nécessaires à l’Ukraine durant cette période, dans le cadre de ce financement décidé en décembre dernier. Toutefois, il sera possible, « à l’occasion », d’acquérir ces armements en dehors de l’Europe, notamment auprès des États-Unis, a-t-elle précisé.
### Les États-Unis fournissent une grande partie des besoins militaires à l’Ukraine
« Avec 60 milliards d’euros d’aide militaire, l’Ukraine peut tenir bon face à la Russie et, dans le même temps, s’intégrer plus étroitement à la base industrielle de défense européenne », a déclaré la responsable allemande. Elle a souligné que ces fonds devaient avoir « un retour sur investissement en créant des emplois, en développant la recherche et le développement dont nous avons besoin ».
La France avait insisté pour que ces financements soient attribués en priorité à l’industrie européenne de défense, une contrainte contestée par Kiev ainsi que par d’autres pays européens, dont l’Allemagne et les Pays-Bas, qui privilégient l’efficacité à un moment où les États-Unis fournissent une grande partie des besoins militaires à l’Ukraine.
Cette préférence européenne est, en fin de compte, suffisamment flexible pour ne pas exclure, dans certains cas, un financement d’achats d’équipements américains, seuls capables pour l’instant de répondre à certaines demandes de l’armée ukrainienne, notamment en matière de défense anti-aérienne, a affirmé un responsable européen sous couvert d’anonymat.
### « Aucun plan de sortie pour s’émanciper des États-Unis »
L’Europe parviendra-t-elle réellement à fournir des armements à l’Ukraine sans les États-Unis, et en a-t-elle l’intention ? Ces derniers jours, plusieurs pays, comme l’Allemagne et les Pays-Bas, se sont opposés à cette « préférence européenne », en soutenant que seuls les États-Unis sont capables de fournir certains segments d’armement.
Stéphane Audrand, consultant en risques internationaux, déclare à 20 Minutes qu’« il y a des limites industrielles européennes, notamment sur la question des missiles antiaériens sol-air, car MBDA ne produit pas suffisamment de missiles Aster pour remplacer les Patriot américains. » Il regrette néanmoins que certains pays, « plutôt que de se mobiliser pour adopter un plan européen visant à augmenter nos capacités de production, préfèrent continuer à financer l’industrie américaine, en affirmant que c’est plus efficace. »
Cependant, « l’Europe dispose de la capacité de fournir largement l’Ukraine, à condition de le vouloir, même si cela implique d’adopter un plan de « sevrage » de deux à trois ans, pendant lequel nous continuerions d’acheter des armes américaines sur certains segments. » Or, « il n’existe aucun plan de sortie pour s’émanciper des États-Unis, car le sujet est avant tout politique. Certains pays souhaitent rester dépendants des États-Unis, indépendamment des prises de position de Trump. »
### « On n’investit pas suffisamment dans notre industrie de défense »
Stéphane Audrand reconnaît toutefois que la position pro-européenne de la France sur ce dossier « est fragilisée par le fait qu’elle livre relativement peu de matériel à l’Ukraine, car nos placards sont vides, et que nous n’investissons pas suffisamment dans notre industrie de défense. Il y a un problème d’industrie partout en Europe, mais encore plus spécifiquement en France. »
Ainsi, « après trois ans de prétendue économie de guerre, il n’y a pas eu, par exemple, d’accélération majeure de la production de véhicules blindés en France », souligne-t-il. « Dassault vient tout juste de retrouver sa capacité de production de 2019, car toute l’industrie aéronautique a été mise à mal par le Covid, et a du mal à se relever », ajoute-t-il.
Cependant, « ceux qui disposent d’une industrie plus développée, comme l’Allemagne, ne se dirigent pas vers l’émancipation et continuent de s’associer aux Américains pour maintenir une sorte de Base industrielle et technologique de Défense transatlantique, fondamentalement soumise à Washington, ce qui est très dangereux… »

