Guerre en Ukraine : L’armée russe ne utilise pas le jeu vidéo pour recruter et propager.
Depuis l’invasion de l’Ukraine en février 2022, la Russie utilise des plateformes de jeux vidéo comme Discord pour enrôler de jeunes Sud-Africains et les envoyer combattre en Ukraine, selon une enquête publiée le 7 janvier par Business Insider Africa et Bloomberg. En 2023, GrishaPutin a streamé en direct une partie multijoueur du jeu Hearts of Iron IV depuis le Centre Wagner, où le scénario avait été modifié pour présenter une guerre entre la Russie et l’OTAN.
La guerre et le jeu vidéo ne se résument pas à une simple partie de Call of Duty dans un salon. Depuis l’invasion de l’Ukraine en février 2022, la Russie intensifie ses stratégies de recrutement pour compenser ses pertes humaines considérables. Parmi ces stratégies, l’infiltration de l’univers du jeu vidéo pour dénicher des mercenaires et des pilotes de drones est notoire.
Une enquête publiée le 7 janvier par Business Insider Africa et Bloomberg révèle que la Russie recourt à des plateformes de jeux vidéo comme Discord pour recruter de jeunes Sud-Africains afin de les envoyer combattre en Ukraine. Deux jeunes joueurs d’Arma 3, un jeu de simulation militaire réaliste, ont ainsi été contactés par un recruteur se faisant appeler @Dash sur Discord. « Le caractère social du jeu vidéo permet des relations différentes de celles des réseaux classiques. On y partage une activité, on forme un groupe. On développe des biais partisans, un but commun et on devient plus influençable dans ce contexte », explique Carole Grimaud, doctorante en sciences de l’information et spécialiste de la Russie.
Après plusieurs échanges, les trois hommes se sont rencontrés au Cap avant de se rendre au consulat russe. Les deux Sud-Africains ont quitté leur pays le 29 juillet 2024, via les Émirats arabes unis. Ils avaient reçu des promesses d’une somme généreuse, de la citoyenneté russe et de possibilités d’études. Quelques semaines après avoir signé leur contrat militaire près de Saint-Pétersbourg, l’un d’eux a été tué dans la région de Lougansk. On ignore le sort réservé au second.
Des Bacheliers russes identifiés via les jeux vidéo
Cet exemple met en lumière une tendance : la guerre informationnelle s’articule sur de nombreux fronts. « C’est finalement la même configuration que celle du recrutement sur les réseaux sociaux. Cela représente un moyen efficace pour recruter des jeunes hommes », résume Carole Grimaud.
Le recrutement par le biais des jeux vidéo ne concerne pas seulement les soldats étrangers. Dans Berloga, un jeu lancé en 2022, les joueurs incarnent un ours combattant des essaims d’abeilles… grâce à des drones. Les meilleurs joueurs peuvent accumuler des points bonus pour leur baccalauréat russe. Une fois repérés, les talents prometteurs sont dirigés vers des compétitions scientifiques et technologiques, puis vers des stages au sein d’entreprises liées à l’industrie de la défense. Selon les auteurs d’un rapport révélé par le média d’opposition en exil The Insider, ce programme constituerait une violation du droit international, car des mineurs participent à la conception et à l’assemblage de drones kamikazes.
Sur le champ de bataille ukrainien, les drones sont devenus l’arme principale du conflit. Les compétences acquises grâce aux années de jeu vidéo apportent un réel atout pour piloter ces appareils. « Les gamers représentent une cible parmi d’autres, mais une cible très large », affirme Frédéric Herbin, chef du bureau marketing de la Marine en France. « Ils développent des aptitudes intéressantes : adaptabilité, stratégie, dextérité… en particulier dans l’utilisation de la manette, qui est particulièrement recherchée chez les pilotes de drones. » La France elle-même considère l’idée de lancer des campagnes de recrutement sur des plateformes telles que Roblox ou Fortnite.
Un nouvel outil de propagande
L’utilisation des jeux vidéo à des fins militaires revêt également la forme d’une guerre des récits visant les jeunes générations connectées. Le 4 février 2023, à Saint-Pétersbourg, un adolescent de 16 ans, connu sous le pseudonyme GrishaPutin, a diffusé en direct une partie multijoueur du jeu Hearts of Iron IV. L’élément troublant, c’est qu’il l’a fait depuis le Centre Wagner, vêtu d’un uniforme militaire russe complet, orné du ruban de Saint-Georges. Le scénario du jeu avait été modifié pour illustrer une guerre entre la Russie et l’OTAN, dans laquelle l’Ukraine est dépeinte comme l’agresseur initial. « Depuis le début de la guerre, Wagner a établi un environnement médiatique pour rendre le conflit attrayant pour les jeunes. Cela comprend aussi la création de contenus vidéoludiques pour « patriotiser », séduire et diffuser une vision de l’histoire de la Russie », souligne Carole Grimaud.

GrishaPutin affiche sa participation à la jeunesse du parti au pouvoir en Russie. Il a depuis élargi son action en pilotant un groupe de gamers pro-russes intitulé Z Shaker Central, et en collaborant avec le service d’information Russian African Initiative pour promouvoir cette version modifiée de Hearts of Iron IV auprès des joueurs africains. La Russie est présentée comme une alliée des mouvements panafricains contre les puissances néocoloniales occidentales. Cela pourrait-il être un projet caché de Poutine ?

