France

Guerre en Ukraine : inflation étouffante, « J’ai arrêté d’acheter du jus d’orange » en Russie

Quatre ans après le début de la guerre en Ukraine, les prix ont augmenté de 45 %, selon les statistiques officielles. Le salaire minimum russe ne s’élève qu’à 27.093 roubles, soit environ 294 euros mensuels en 2026.


En Russie, les clients de Lenta, un grand distributeur, prennent le temps de vérifier les étiquettes des produits alimentaires avant de les mettre dans leur caddie. Quatre ans après le début de la guerre en Ukraine, les prix ont fortement augmenté, rendant la vie difficile pour des dizaines de millions de Russes. Début février, le président Vladimir Poutine s’est félicité que l’inflation ait été « ramenée à 5,6 % » en 2025, contre 9,5 % en 2024. En d’autres termes, les prix augmentent, mais à un rythme moins rapide qu’auparavant. Son optimisme peine cependant à être partagé par ceux qui doivent compter chaque rouble.

« J’ai plutôt l’impression inverse, je vois des augmentations de prix plus fréquentes qu’à mon arrivée », réagit Maya*. Cette jeune Sud-Asiatique, résidente de Moscou depuis 2023 pour poursuivre ses études, indique : « Au début, c’était annuel, puis deux fois par an, et maintenant, j’ai l’impression que c’est tous les deux ou trois mois. » Pour certains Russes, cette série d’augmentations devient insupportable. « Je dépense tout l’argent que je gagne, je n’arrive plus à épargner. Je suis sûr que le rouble va s’effondrer, comme il y a trente ans », déclare Serguey*, un homme dans la cinquantaine, né à l’époque de l’URSS.

Moins de 300 euros de smic

David*, un Britannique qui se rend souvent en Russie pour voir la famille de sa femme russe, affirme : « Tout est bien plus cher qu’avant la guerre. Pour moi, la Russie était autrefois très bon marché avec mon salaire britannique, mais la plupart des prix sont désormais comparables à ceux de l’Europe occidentale. » Pourtant, le salaire minimum en Russie n’est que de 27.093 roubles, soit environ 294 euros par mois en 2026.

« J’ai la chance d’avoir des parents qui prennent en charge mes dépenses, mais je remarque que certains étudiants commencent à faire des économies drastiques pour joindre les deux bouts », confie Maya. Le salaire moyen se situe autour de 100.000 roubles, soit environ 1.086 euros, avec de fortes disparités régionales. En Ingouchie, une région située juste au nord de la Géorgie, le salaire moyen n’est que de 41.000 roubles, soit 445 euros. De nombreux Russes sont déjà « en mode survie », selon Maya, et le moindre changement de prix impacte leur budget.

D’écrasantes factures d’énergie

« J’ai arrêté d’acheter du jus d’orange. Il coûtait 30 roubles (30 centimes) il y a quinze ans, 100 roubles (un euro) il y a trois ans, et 200 roubles (deux euros) maintenant. Désormais, il disparaît même des rayons », raconte Serguey, résident d’Ekaterinbourg dans le district de l’Oural. Il mentionne également que le prix du maquereau en conserve a presque doublé. « Le prix de l’alcool m’a vraiment frappé : il a plus que triplé ces dernières années », ajoute David. Maya déplore que les tomates soient désormais deux fois plus chères que les autres légumes, citant un shampooing dont le prix a grimpé de 1.200 roubles [13 euros] à près de 4.000 roubles [43 euros].

Le secteur de l’énergie a également subi cette hausse. D’après des factures du fournisseur Gazeks examinées par *20 Minutes*, le coût du gaz est passé de 4.925 roubles à 7.084 roubles pour 1.000 m³ entre 2020 et 2025, ce qui représente une augmentation d’environ 44 %. À la fin décembre 2025, Serguey a payé 22 % de plus qu’il y a cinq ans, malgré une diminution de sa consommation.

Un braquage pour du beurre

Depuis le début de l’invasion en Ukraine, les prix ont augmenté de 45 %, selon les statistiques officielles. Ils avaient déjà explosé lors de la pandémie de Covid-19, comme dans de nombreux pays. Lorsque les augmentations touchent des produits essentiels du quotidien, la colère grandit. Ainsi, le prix du beurre a provoqué une grande indignation à l’automne 2024, au point qu’un homme a braqué un supermarché à Ekaterinbourg en novembre pour voler 20 kg de beurre.

Serguey confie être épuisé par la situation. En psychothérapie et sous antidépresseurs, il se dit « profondément frustré par la guerre et habité par un sentiment de culpabilité ». Son beau-fils a émigré en Espagne, « où il est bien plus heureux », et Serguey envisage de le rejoindre un jour avec sa femme. Cependant, pour entreprendre cette démarche, il estime avoir besoin de « plus de force » et d’économies, ce que l’inflation l’empêche de constituer actuellement.

*Les prénoms ont été modifiés