Guerre en Ukraine : Emmanuel Macron sur tous les fronts au risque d’agacer ses alliés

Ne pas briser le lien avec Poutine, espérer faire bouger Pékin, rallier le Sud… Sur l’Ukraine, comme sur de multiples conflits, le président français Emmanuel Macron se veut omniprésent, une attitude qui pourrait être contre-productive et froisser certains alliés, relèvent des experts.

« Aidez-nous à faire passer ce message à la Russie : « arrêtez la guerre (…) revenez à la table » » des négociations, a-t-il lancé ce vendredi devant les dirigeants économiques de l’Apec (Asie Pacifique), réunis à Bangkok. « Cette guerre est aussi votre problème », avec ses répercussions énergétiques, agroalimentaires, financières, a-t-il martelé en direction des pays du Sud.

Incompréhension et colère

Et d’appeler, mercredi au sommet du G20 à Bali, son homologue chinois Xi Jinping à « jouer à nos côtés un rôle de médiation plus important ». Emmanuel Macron assume vouloir continuer à parler au maître du Kremlin, grand absent du G20, qui enchaîne les revers en Ukraine et apparaît de plus en plus isolé.

Mais l’attitude du président français passe mal chez certains alliés, en particulier d’Europe de l’Est, qui refusent toute négociation avec Moscou et misent sur une défaite totale de la Russie. Son appel en mai à ne pas humilier le Kremlin afin de préserver les chances d’une paix future avait suscité incompréhension et colère.

« Un pays complaisant à l’égard de la Russie »

« Emmanuel Macron a tenu depuis un discours beaucoup plus clair et beaucoup plus ferme à la fois sur l’attitude russe et sur les conditions qui rendraient possibles une négociation », relève la chercheuse Marie Dumoulin de l’European Coucil on Foreign relations (ECFR). « Mais la France reste vue par un certain nombre de ses partenaires comme un pays complaisant à l’égard de la Russie, ou du moins susceptible d’accepter certaines concessions à son égard », ajoute-t-elle.

Les leviers de la France, dont le soutien militaire et financier à l’Ukraine est très faible par rapport à celui des Etats-Unis, apparaissent en outre limités. Joe Biden n’a pas besoin de la France, « il a la capacité de parler d’égal à égal avec Xi », souligne François Heisbourg de l’International Institute for Strategic Studies (IISS). « La Chine ne nous attend pas » non plus.

Le risque du « chaos » dans la communication

En se posant en médiateur, « dans une affaire où elle n’aura pas les moyens de cette médiation », Paris risque de se « détacher un peu plus de ses partenaires européens », met-il en outre en garde. « Les initiatives indépendantes du président Macron pourraient introduire un chaos supplémentaire en matière de communication », renchérit Lukasz Maslanka, chercheur à l’Institut polonais d’Affaires internationales (PISM).

A Moscou, le ton n’est guère plus amène. « Ici, Macron nous a tous fatigués », assène la porte-parole de la diplomatie russe Maria Zakharova dans une interview cette semaine à l’hebdomadaire Le Point. Le Kremlin n’a guère apprécié qu’un échange téléphonique entre Vladimir Poutine et Emmanuel Macron ait été filmé à l’Elysée, la résidence du président français, et diffusé dans un documentaire, rappelle-t-elle.

Le « début de la fin de la guerre »

Mais le président français veut garder le cap coûte que coûte : le temps des négociations finira bien par arriver et il importe de préserver, d’ici là, tous les canaux de discussion, estime-t-il. « A un moment donné, Poutine aura ce choix stratégique de savoir s’il veut revenir à la table des négociations ou achever l’affaiblissement et l’isolement de la Russie », pointe la présidence française.

Avec la reconquête de Kherson, principale prise russe depuis le début de la guerre, par les Ukrainiens et le consensus contre la guerre affiché au G20 de Bali, la Russie apparaît de plus en plus dos au mur. Le président ukrainien Volodymyr Zelensky esquisse désormais un possible « début de la fin de la guerre ». Et, lors de ses échanges à distance avec les dirigeants du G20, il a même commencé à parler de « paix », assure un participant.