Guerre en Ukraine : De l’île aux Serpents à l’Otan… Affrontements à tous les étages en infographies

Symboliquement au moins, la victoire est majeure : cette semaine les forces russes ont annoncé leur retrait de l’île aux Serpents, une position stratégique en mer Noire conquise par Moscou et sujette depuis des semaines à des bombardements ukrainiens. Reste que depuis lundi Kiev aligne les bons points. Au sommet de l’Otan d’abord, puisqu’elle a reçu le soutien sans faille des alliés, sur le front de la gastronomie ensuite en remportant la bataille du borchtch, puis sur le terrain du Donbass encore, où les forces russes n’ont avancé que de deux kilomètres en plusieurs jours. Pourtant, de son côté Moscou ne lâche rien à Lyssytchansk, Odessa ou Krementchouk. Dans ces grandes villes de l’Est et du Sud, l’armée de Vladimir Poutine avance à coups de missiles, rasant centre-ville ou centre commercial fréquenté par des civils… Voici un point en infographies sur cette nouvelle semaine de guerre en Ukraine, se terminant ce vendredi, 128e jour de conflit.

La bataille de Lyssytchansk

Carte localisant les avancées des forces militaires russes autour de Lyssytchansk et de sa raffinerie de pétrole, au 30 juin.
Carte localisant les avancées des forces militaires russes autour de Lyssytchansk et de sa raffinerie de pétrole, au 30 juin. – SOPHIE RAMIS, KENAN AUGEARD / AFP

La situation à Lyssytchansk, une ville du bassin industriel du Donbass, une région de l’est de l’Ukraine où se concentrent la majeure partie des combats, « demeure extrêmement difficile », a reconnu jeudi le président ukrainien Volodymyr Zelensky. « On n’a plus d’électricité ni de gaz, et ça fait déjà trois mois », a témoigné une habitante de Seversk, à une vingtaine de kilomètres de là. « Ça bombarde de jour comme de nuit », a lâché une autre.

Ces bombardements « très puissants » rendent impossibles les évacuations, a déploré le gouverneur régional Serguiï Gaïdaï, estimant qu’il y reste 15.000 civils. Serguiï Gaïdaï a dans la foulée démenti des allégations des séparatistes prorusses qui ont déclaré jeudi contrôler la moitié de cette cité située face à Severodonetsk, conquise la semaine dernière par l’armée russe. Le numéro 2 de l’état-major, Oleksiï Gromov, a même déclaré que les forces ukrainiennes n’avaient « pas l’intention de battre en retraite ».

Lyssytchansk est la dernière grande cité à ne pas être encore aux mains des Russes dans la région de Lougansk, l’une des deux provinces du Donbass, que Moscou entend entièrement contrôler.

La victoire symbolique de l’île aux Serpents

Principaux ports dans la région de la mer Noire, dont ceux ukrainiens bloqués par les forces russes.
Principaux ports dans la région de la mer Noire, dont ceux ukrainiens bloqués par les forces russes. – LAURENCE SAUBADU, PAZ PIZARRO, SYLVIE HUSSON, EMMANUELLE MICHEL / AFP

La victoire est d’une grande portée symbolique. L’armée russe a affirmé jeudi se retirer « en signe de bonne volonté » de l’île aux Serpents, ses objectifs ayant été « atteints ». Moscou a ajouté que ce retrait permettrait de faciliter les exportations de céréales ukrainiennes d’Ukraine par la mer Noire. Cet îlot militarisé est en effet situé au sud-ouest d’Odessa, le plus grand port ukrainien où ont été amassées des millions de tonnes de grains, et face à l’embouchure du Danube.

La version des militaires ukrainiens est radicalement différente : les Russes ont abandonné l’île aux Serpents parce qu’ils se sont retrouvés « dans l’incapacité de résister au feu de notre artillerie, de nos missiles et de nos frappes aériennes ». « L’ennemi s’est enfui dans deux vedettes », laissant « en feu » cet îlot où « des explosions se font toujours entendre », ont-ils encore ajouté, précisant qu’ils allaient maintenant y rétablir un « contrôle physique direct ».

L’Otan accusé d’impérialisme

Les adhésions successives à l'Otan, depuis sa création en 1949.
Les adhésions successives à l’Otan, depuis sa création en 1949. – Paz PIZARRO, Jonathan WALTER / AFP

Le sommet de l’Otan s’est ouvert ce mercredi à Madrid. Si l’objet du jour portait sur l’invasion russe, avec notamment la mise en place « d’un programme d’assistance complet à l’Ukraine pour l’aider à faire respecter son droit à la légitime défense », il y avait une autre grande actualité au menu. Tôt dans la matinée, la Turquie a levé son veto sur la candidature de la Finlande et de la Suède à rejoindre l’alliance occidentale. L’organisation a donc officiellement lancé l’adhésion de deux pays en signant les protocoles d’adhésion. Une décision jugée « profondément déstabilisatrice » par Moscou.

L’Otan ne s’est pas arrêté là, puisque jeudi l’Alliance atlantique a réaffirmé son soutien massif à l’Ukraine. Sa nouvelle feuille de route désigne désormais la Russie comme « la menace la plus significative et directe pour la sécurité des alliés ». « Le rideau de fer est en train de s’abattre », a d’emblée réagi Sergueï Lavrov, ministre russe des Affaires étrangères. Quant à Vladimir Poutine, il a affirmé – reprenant un leitmotiv du narratif russe – que l’Otan avait des « ambitions impérialistes » à l’égard de la Russie. « C’est plutôt Poutine qui a fait de l’impérialisme le but de sa politique » en disant que les pays voisins faisaient « partie de son pays », a martelé le chancelier allemand Olaf Scholz, jugeant « ridicule » l’accusation du président et soulignant que Berlin souhaitait désormais faire de son armée la première armée conventionnelle en Europe.

Des rallonges de plusieurs millions

Les dépenses militaires et effectifs engagés par les pays membres dans l'Otan.
Les dépenses militaires et effectifs engagés par les pays membres dans l’Otan. – Sophie RAMIS, Gal ROMA / AFP

Plusieurs Etats membres de l’Otan ont annoncé de nouvelles aides militaires à l’Ukraine : le Premier ministre britannique Boris Johnson s’est engagé sur une rallonge d’un milliard de livres (1,16 milliard d’euros), Joe Biden sur 800 millions de dollars supplémentaires. Parallèlement, le Trésor américain a rendu public le gel d’avoirs supérieurs à un milliard de dollars d’une société ayant son siège aux Etats-Unis et contrôlée par l’oligarque et homme politique russe Souleiman Kerimov, déjà sanctionné par Washington.

Quant au président français Emmanuel Macron, il a prévu la révision de la programmation militaire de son pays, soulignant que « nous devons maintenant, entrant dans une période de guerre, savoir produire plus vite, plus fort certains types d’équipements ».