Guerre en Ukraine : « Crimes de guerre » et impossible paix… La semaine en quatre infographies

Bientôt dix mois après le début de la guerre en Ukraine, l’heure est à la recherche de la paix. Mais les discussions semblent dans l’impasse, l’Ukraine et la communauté internationale appelant au retrait des troupes russes, tandis que Vladimir Poutine reste inflexible sur les annexions de quatre territoires. Pendant ce temps, la population ukrainienne tente de résister à l’hiver comme elle peut, la majorité de la population n’ayant de l’électricité que quelques heures par jour, conséquence du bombardement massif sur les infrastructures énergétiques du 23 novembre. Des frappes totalement revendiquées par la Russie, mais condamnées par la communauté internationale, qui appelle à juger les « crimes de guerre » de Moscou.

L’impossible recherche de la paix

Carte de la situation en Ukraine au 2 décembre à 8h.
Carte de la situation en Ukraine au 2 décembre à 8h. – SIMON MALFATTO, PAZ PIZARRO, KENAN AUGEARD / AFP

Alors que la guerre a démarré il y a plus de neuf mois, la communauté internationale appelle toujours au retrait des troupes russes d’Ukraine. Le chancelier allemand Olaf Scholz s’est entretenu ce vendredi avec le président Poutine, en insistant « pour qu’une solution diplomatique soit trouvée le plus rapidement possible ». La veille, le président américain Joe Biden s’est dit « prêt » à parler avec son homologue russe, si ce dernier « cherche un moyen de mettre fin à la guerre » en Ukraine. Des conditions rejetées dans la foulée par le Kremlin. Les Etats-Unis ne reconnaissent pas l’annexion des quatre territoires ukrainiens revendiquée par Moscou en septembre, ce qui « complique de manière significative la recherche d’un terrain [d’entente] pour une possible discussion », a expliqué le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov. De son côté, Emmanuel Macron a affirmé qu’il s’entretiendrait avec Vladimir Poutine dans les prochains jours, soulignant qu’une « paix juste n’est pas une paix qui sera imposée aux Ukrainiens ». Les présidents français et russe ne se sont pas parlé de puis le 11 septembre.

Dans le même temps, sur le terrain, les forces russes maintiennent la pression en vue de s’emparer de Bakhmout, une ville de l’est du territoire ukrainien dans les environs de laquelle des combats font rage depuis l’été. Cette bataille a pris une importance d’autant plus symbolique pour Moscou que la conquête de Bakhmout, avec l’appui du groupe paramilitaire Wagner, arriverait après une série d’humiliantes défaites, avec les retraites de Kharkiv en septembre et de Kherson en novembre.

Une condamnation unanime des « crimes de guerre » de la Russie

Carte de l'Ukraine montrant les victimes civiles enregistrées par l'ONG Acled depuis le début du conflit le 24 février
Carte de l’Ukraine montrant les victimes civiles enregistrées par l’ONG Acled depuis le début du conflit le 24 février – OMAR KAMAL, JEAN-MICHEL CORNU, SYLVIE HUSSON, SOPHIE STUBER / AFP

Les frappes de l’armée russe contre les infrastructures énergétiques ukrainiennes sont désormais unanimement considérées comme des « crimes de guerre » par la communauté internationale. La Commission européenne a annoncé mercredi travailler à la création d’un tribunal spécial pour les juger.  « Tout en continuant à soutenir la Cour pénale internationale [CPI, dont le siège est à La Haye], nous proposons de mettre en place un tribunal spécial soutenu par les Nations unies pour enquêter et poursuivre en justice les crimes d’agression de la Russie » contre l’Ukraine, a déclaré la présidente de l’exécutif européen Ursula von der Leyen, dans une vidéo diffusée mercredi sur Twitter. Une proposition doit être présentée aux Etats membres pour être discutée. La création d’un tel tribunal a été réclamée à plusieurs reprises par le président ukrainien Volodymyr Zelensky, ainsi que par les pays baltes.

Le Kremlin a de son côté affirmé que la création d’un tel tribunal n’aurait « aucune légitimité » et rejette la faute sur l’armée ukrainienne. Dmitri Peskov, le porte-parole du Kremlin, a souligné que des enquêteurs russes menaient un travail « minutieux » pour documenter en Ukraine « tous les crimes du régime de Kiev ».

La Russie justifie ses frappes sur les centrales ukrainiennes

Carte localisant les centrales nucléaires d'Ukraine, dont les trois centrales déconnectées du réseau après des frappes russes, le 23 novembre.
Carte localisant les centrales nucléaires d’Ukraine, dont les trois centrales déconnectées du réseau après des frappes russes, le 23 novembre. – Jean-Michel CORNU, Sophie STUBER / AFP

Vladimir Poutine a affirmé ce vendredi au chancelier allemand Olaf Scholz que les frappes massives contre les infrastructures énergétiques de l’Ukraine étaient « nécessaires et inévitables ». Selon le président russe, Kiev est responsable des explosions qui ont détruit en partie le pont russe de Crimée et des installations énergétiques russes, donc Moscou est dans son bon droit. La grande vague de frappes de missiles et de drones russes du 23 novembre a « détruit 40 % du système énergétique ukrainien », a estimé jeudi l’opérateur privé ukrainien DTEK, laissant dans le froid et le noir des millions de civils. Une semaine après, la majorité des foyers ukrainiens n’ont de l’électricité que quelques heures par jour.

Alors que le secrétaire général de l’Otan, Jens Stoltenberg, a accusé la Russie de se servir de l’hiver comme d’une « arme de guerre », Volodymyr Zelensky a appelé les pays de l’Alliance Atlantique à accélérer leurs livraisons d’équipements électriques (et d’armes). Les Ukrainiens sont contraints d’avoir recours à des générateurs de secours, à se servir de bonbonnes de gaz ou à s’éclairer à la bougie sur les tranches horaires où ils sont sans électricité. Mardi, ces équipements de fortune ont coûté mardi à la vie à neuf personnes, qui ont péri dans des incendies.

Enquête pour « terrorisme » en Espagne

Carte de localisation de Madrid (Espagne) où une personne a été blessée dans l'explosion d'une lettre piégée envoyée à l'ambassade d'Ukraine
Carte de localisation de Madrid (Espagne) où une personne a été blessée dans l’explosion d’une lettre piégée envoyée à l’ambassade d’Ukraine – STAFF / AFP

Une enquête pour terrorisme a été ouverte en Espagne après l’envoi de lettres piégées. Mercredi, le chargé de sécurité de l’ambassade d’Ukraine à Madrid a été légèrement blessé à la main droite par une « déflagration » provoquée par l’ouverture d’une lettre destinée à l’ambassadeur. D’autres missives « aux caractéristiques similaires » ont été interceptées. Elles étaient destinées au Premier ministre espagnol, Pedro Sanchez, et à sa ministre de la Défense. D’autres encore ont été neutralisées dans une entreprise d’armement fabriquant des lance-grenades donnés par Madrid à Kiev, dans une importante base militaire proche de Madrid et à l’ambassade des Etats-Unis.

Le Secrétaire d’Etat espagnol à la Sécurité, Rafael Pérez, a indiqué que de « premiers indices » laissent penser que ces courriers ont été envoyés depuis l’Espagne. Mercredi, l’ambassadeur d’Ukraine en Espagne, Serhii Pohoreltsev avait implicitement accusé la Russie d’être à l’origine du courrier piégé qui lui avait été adressé. « Nous connaissons bien les méthodes terroristes du pays agresseur », avait-il affirmé sur la télévision publique espagnole. Dans un tweet publié jeudi, l’ambassade de Russie en Espagne a condamné l’envoi de ces lettres piégées.