Guerre en Ukraine : Comment trois enfants réfugiés à Toulouse renouent en musique avec leur vie d’avant

Même à Kiev, quand éclataient les bombes, ils continuaient à jouer leurs sonates. Alors l’exil près de Toulouse ne risquait de leur faire lâcher le piano. Radomir, 6 ans, avec sa « très bonne oreille », et ses deux sœurs Lada et Yaroslava, toutes timides, à 11 et 9 ans, renouent en musique avec leur vie d’avant. Longtemps, avec leur mère, ils sont restés chez eux. « Mais une cousine de mon mari a fini par me convaincre de partir et de venir chez ses parents en France », raconte Valentyna. Le 14 avril, ses enfants ont tout laissé derrière eux. Sauf leurs partitions. Quinze jours après à peine, grâce à une chaîne de solidarité, à la mobilisation du directeur et de trois professeurs, la fratrie faisait son entrée au Conservatoire de Toulouse.

Ce jeudi, les petits musiciens donnaient même en toute humilité un petit concerto devant le maire de Toulouse, Jean-Luc Moudenc. Avec décontraction concernant Radomir, sans partition pour les filles, alors qu’elles n’avaient découvert le morceau qu’au cours précédent.

« Parce que c’est leur vie »

Ces cours particuliers dans un établissement élitiste n’ont rien d’humanitaire. Les jeunes pianistes ont bluffé leurs professeurs. « Ils ont vraiment un excellent niveau pour leur âge », assure Anna, la « répétitrice » toulousaine des filles qui a l’immense avantage de parler russe et ukrainien. Admirative des enseignements culturels dans le système ukrainien, elle poursuit le programme du professeur des enfants resté dans la capitale en guerre et auquel la famille continue d’envoyer des vidéos. Quand ils ne font pas le trajet pour leurs cours au conservatoire, Radomir, Lada et Yaroslava se perfectionnent sur un clavier électronique de location dans leur famille d’accueil de Montgaillard.

Pourquoi cette insistance à continuer le piano ? « Tout simplement parce que c’est leur vie », dit leur mère. Ces réfugiés mélomanes ne passeront pas le concours du conservatoire de Toulouse. Mais peut-être joueront-ils dans celui de Paris, où se trouve leur père et où la famille compte bien déménager.