Guerre en Ukraine : Comment la France peut-elle réduire de 15% sa consommation de gaz en seulement huit mois ?

Cap ou pas cap ? Alors que la menace d’une coupure complète de gaz russe plane sur l’Union européenne à l’approche de l’hiver, les 27 organisent la riposte. Les Etats membres viennent de voter à la majorité un plan prévoyant la réduction coordonnée de leur consommation de gaz de 15% d’ici à mars 2023. Un bien bel objectif, qui ne demande pas les mêmes efforts à tout le monde. La France est-elle est mesure de relever ce défi énergétique ? 20 Minutes s’est penché sur cette délicate équation.

Comment est répartie la consommation de gaz en France ?

En 2020, selon les chiffres du gouvernement, la France a consommé près de 495 TWh PCS (1 TWh PCS = 1 milliard de kWh). La courbe étant plutôt stable depuis 2016, si c’est sur ce montant que la réduction de 15 % est effectuée, cela nécessiterait de descendre aux alentours de 421 TWh PCS.

Répartition de la consommation de gaz en France par secteurs entre 1990 et 2020.
Répartition de la consommation de gaz en France par secteurs entre 1990 et 2020. – Ministère de la Transition écologique

Ce graphique publié par le ministère de la Transition écologique illustre la répartition de cette consommation de gaz. On observe qu’environ 20 % de la consommation est imputée à la production d’électricité et de chaleur, près de 20 % sont consommés par le secteur tertiaire (les commerces, par exemple, ou les bâtiments non résidentiels), quelque 30 % par les bâtiments résidentiels (immeubles et maisons confondus) et presque le même pourcentage par l’industrie. La part consommée par l’agriculture, les transports ou encore les usages internes de la branche énergie sont minimes en comparaison.

Une réduction de 15 % en 8 mois, en plein hiver, c’est faisable ?

Pour Ines Bouacida, chercheuse Climat-Energie à l’Institut du développement durable et des relations internationales, la réponse est oui, à condition que tout le monde y mette du sien. « Il n’est pas question de revenir à la bougie, mais de modifier ses habitudes. Chaque petit geste compte, car si tout le monde les fait, c’est déterminant. » L’experte prend ainsi l’exemple du Japon qui, après la catastrophe de Fukushima en 2011, était parvenu à réduire sa consommation d’électricité de 15 % par une série de petites mesures de rationnement.

Autre point, cette réduction de 15 % est faisable, mais pas obligatoire, a rappelé le ministère de l’Ecologie lors d’un point presse ce mercredi. D’abord parce que « le texte voté par les Etats membres ne prévoit pas de sanctions », nous indique-t-on, et ensuite parce qu’une réduction obligatoire de 15 % « ne s’applique qu’en cas de crise, ce qui n’est pas le cas pour l’instant ». Le ministère explique également que le texte prévoit des dérogations auxquelles la France peut souscrire. « Si nous démontrons que nous sommes capables d’exporter du gaz au maximum de nos capacités vers nos voisins, l’objectif n’est plus de 15 %, mais de 7 % ». Quoi qu’il en soit, il va falloir réduire.

Comment réduire la consommation de gaz de chauffage ?

Que cela soit pour les entreprises, l’Etat ou les particuliers, eh bien, la réponse est simple, il faut baisser la température. Même un tout petit peu. Ines Bouacida rappelle que pour les bâtiments chauffés au gaz, « baisser de 1 degré le chauffage permet de réduire de 7 % sa consommation ». On imagine les économies en faisant chuter encore un peu plus le thermostat. D’autant qu’aujourd’hui « en Europe, on se chauffe en moyenne à 22°C l’hiver », indique l’experte, rappelant que l’Ademe (Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie) recommande de se chauffer à 19°C seulement.

Une préconisation que le ministère de l’Ecologie entend inscrire dans son plan de sobriété énergétique, sans pour autant l’imposer aux particuliers. L’accent sera d’abord mis sur l’administration, par souci « d’exemplarité de la part de l’Etat », puis sur les industries et le secteur privé, a indiqué le ministère.

Comment réduire la consommation d’électricité ?

A part « débrancher un maximum de prises électriques », couper le wifi ou « baisser un peu la clim », comme l’a suggéré Olivier Véran la semaine dernière, les Français peuvent également éviter de consommer de l’électricité lors des périodes de tension, en « privilégiant plutôt une machine à laver à 22 ou 23 h plutôt qu’à 11 h », suggère Ines Bouacida. Pour l’experte, il y a donc tout un enjeu de communication que doit mettre en place l’Etat auprès des citoyens pour les guider dans leurs changements d’habitudes.

Pour ce qui est des entreprises, le 18 juillet dernier, la fédération Perifem, qui rassemble l’ensemble des acteurs de la distribution, a déjà annoncé une série de mesures énergétiques déployées à compter du 15 octobre. Les grands supermarchés comme E.Leclerc, Carrefour, Système U, Franprix, Monoprix, Lidl ou encore Picard se sont ainsi engagés à éteindre les enseignes lumineuses « dès la fermeture du magasin » et à « systématiser la baisse d’intensité lumineuse ». Des mesures d’urgence prévoient même de baisser la température des points de vente à 17°C cet automne et cet hiver, en cas de demande d’une autorité régulatrice. Ils ont été suivis dans la foulée par des centaines de milliers de commerces, allant de l’hypermarché au petit détaillant en prêt-à-porter, qui se sont eux aussi engagés à réduire leur consommation d’énergie.

Pour le secteur de l’industrie en revanche, les marges de manœuvre sont un peu moins larges, reconnaît Ines Bouacida. « La consommation d’énergie est beaucoup plus contrainte que pour celles des bâtiments, par exemple. Avec à la clé des diminutions de production industrielle. » Sur ce volet, les Etats membres de l’Union discutent de mesures pour réduire la production en échange de rétributions.