Guerre en Ukraine : Après le missile en Pologne, une escalade du conflit qui a fait craindre le pire

S’il était possible d’assigner une couleur au conflit en Ukraine ces dernières heures, on dirait que le rouge écarlate s’est éclairci pour épouser une teinte plus orangée dans la journée. Mardi, un missile a tué deux personnes dans un village polonais situé à six kilomètres de la frontière ukrainienne, faisant craindre une escalade du conflit. Dans un premier temps, les doutes sur l’origine du tir ont mis les dirigeants du monde en émoi.

« Si un missile russe était tombé et que le caractère intentionnel du tir avait été prouvé, l’activation de l’article 5 du traité de l’Otan aurait obligé les pays signataires à porter secours au pays agressé, la Pologne. On aurait pu se retrouver en guerre en quelques heures, indique Dominique Vidal, journaliste et historien, coauteur du livre d’analyse géopolitique Le Monde ne sera plus comme avant*. Mais personne ne le souhaite, ni Poutine, ni les Occidentaux. »

Malgré les accusations de Kiev, regard tourné vers Moscou, le président polonais Andrzej Duda a finalement balayé la piste de l’attaque, au profit d’un « accident malheureux » probablement provoqué par un projectile ukrainien.

« Il ne faut pas s’emballer sur l’escalade, ça va retomber assez vite. Les Polonais sont au taquet, ils sont très inquiets, comme les pays baltes, car la guerre est à leur frontière. C’est quand même une atteinte à leur territoire. Mais l’activation de l’article 5 n’est pas du tout automatique, rassure Isabelle Dufour, directrice des études stratégiques à Eurocrise. Personne n’a intérêt à une escalade sur le territoire de l’Otan. Le système de défense polonais pourrait être renforcé. »

L’Allemagne propose une aide militaire à la Pologne

De fait, la solidarité militaire envers la Pologne, qui a rejoint l’Otan en 1999, s’est vite organisée. Berlin a proposé de venir en aide à Varsovie en faisant voler des patrouilles aériennes. « Cela peut intervenir dès demain, si la Pologne le souhaite », a souligné le porte-parole du ministère allemand de la Défense.

Au 266e jour de guerre, l’escalade du conflit permet aux alliés européens des Etats-Unis de « resserrer les rangs ». Qu’il semble loin le temps où Emmanuel Macron déclarait l’Otan en état de mort cérébrale, il y a trois ans. « Depuis, le mort s’est réveillé. Tous les pays ont réaffirmé leur participation. L’Allemagne a investi 100 milliards d’euros dans sa propre armée, des pays neutres comme la Suède et la Finlande veulent adhérer », détaille Dominique Vidal.

L’Ukraine maintient ses accusations à l’égard de Moscou

L’Ukraine, elle, maintient ses accusations à l’égard de la Russie, se disant prête à « remettre la trace de la preuve russe ». « Le missile était russe », martèle Volodymyr Zelensky. Si cette version n’est pas partagée par l’Otan, l’organisation a profité de cette montée en tension pour réitérer son soutien à Kiev dans son « droit à l’autodéfense », alors que la Russie a tiré une centaine de missiles durant la journée de mardi sur la capitale et dans plusieurs autres villes. Et pour la Maison-Blanche, la Russie est « au bout du compte, responsable » de ce tir de missile.

Et, si la tension est retombée, la situation est suivie de près par les dirigeants du G7, en attendant le résultat de l’enquête menée sur ce tir de missile. Avant l’apaisement ou l’embrasement ?

* Ouvrage coécrit avec Bertand Badie, aux éditions Les liens qui libèrent, paru ce mercredi 16 novembre