Guerre en Ukraine : A quoi joue Poutine quand il assure vouloir baisser son budget militaire de 50 % ?
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C’est bien Donald Trump qui semble avoir toutes les cartes en main pour mettre un terme à la guerre en Ukraine. C’est du moins ce qui transparaît des attitudes des dirigeants ukrainien et russe engagés dans le conflit. Quand Kiev annonce avoir trouvé un accord sur ses minerais rares avec Washington, Moscou approuve l’idée de réduire de 50 % ses dépenses militaires.
Lors d’une interview diffusée lundi soir, au moment où Emmanuel Macron était en mission à la Maison Blanche pour tenter de raisonner les ambitions trumpiennes dans la région, Vladimir Poutine a, de manière surprenante, qualifié de « bonne idée » la proposition de son homologue américain.
Des budgets incomparables
« Nous pourrions conclure un accord avec les États-Unis : les Etats-Unis réduiraient de 50 % et nous réduirions de 50 %. […] Nous pensons que cette proposition est bonne et nous sommes ouverts aux discussions à ce sujet », a déclaré le chef du Kremlin. Pourtant, « le budget russe prévoit justement l’inverse avec une augmentation des dépenses de défense », relève Tatiana Kastouéva-Jean, directrice du Centre Russie/Nouveaux états Indépendants (NEI) de l’Institut français des relations internationales (Ifri).
Alors comment interpréter cette, en apparence, concession du président russe ? A noter qu’il s’agit d’une réduction bilatérale russo-américaine. Moscou pourrait ainsi profiter de la baisse du budget américain car aujourd’hui, les niveaux ne sont pas du tout alignés. « Le budget américain consacré à la défense dépasse de plusieurs fois la puissance russe », souligne ainsi Tatiana Kastouéva-Jean.
En 2024, le budget militaire des États-Unis a atteint 968 milliards de dollars (environ 921,79 milliards d’euros), soit 3,32 % de son PIB, selon le rapport 2025 sur l’équilibre militaire mondial des dépenses militaires de l’Institut international des études stratégiques (IISS). Ce budget américain représente 39,4 % des dépenses de défense du monde entier. En comparaison, la Russie, qui a augmenté de 41,9 % son budget entre 2023 et 2024, atteint 145,9 milliards de dollars (138,94 milliards d’euros), soit 4,7 % de son PIB, selon la même source. Si Vladimir Poutine affirme que le budget militaire représente jusqu’à 8,7 % du PIB, les écarts entre les deux pays restent abyssaux.
Mettre un frein à la course à l’armement
Même si les Américains acceptaient de baisser de 50 % leur budget, les niveaux resteraient très éloignés. Mettre un frein à la course à l’armement permettrait néanmoins à Vladimir Poutine « de rattraper les Etats-Unis par la manche et éviter d’entraîner l’économie russe dans cette frénésie qui pourrait lui être fatale », analyse Tatiana Kastouéva-Jean. Cette dernière rappelle que le président russe n’a jamais digéré la chute de l’URSS, gardant le traumatisme de cette déchéance soviétique accélérée par une compétition sans limite avec les Etats-Unis. Cette concession traduirait-elle alors une crainte de ne pas tenir sur la durée ?
Difficile toutefois de savoir si le chef du Kremlin est sincère ou s’il s’agit d’un coup de bluff à l’heure où « une baisse du budget russe consacré à la défense contredit totalement la réalité », souligne encore la spécialiste. Vladimir Poutine joue-t-il alors une carte stratégique afin de ramener les Etats-Unis à la table des négociations à propos des traités sur l’armement vieux des années 1990 ? Une manière de s’imposer géopolitiquement et de montrer que la Russie est un égal des Etats-Unis.
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D’ailleurs, Moscou estime « qu’il y a trois puissances qui comptent dans le monde : les Etats-Unis, la Russie et la Chine, les autres ne sont que des pays vassalisés qui doivent se mettre dans la sphère d’influence de l’un ou de l’autre », rapporte Tatiana Kastouéva-Jean. Estimant être déjà sur un pied d’égalité avec la Chine dans les discussions diplomatiques, le Kremlin « trouve avec Donald Trump un interlocuteur intéressant pour discuter de sujets bien plus larges que l’Ukraine seule, comme l’architecture de sécurité de l’Europe, dont le contrôle d’armement fait partie », développe la directrice du NEI. Ces promesses, quand bien même sincères, ne sont de toute façon pas envisageables tant que la Russie sera engagée sur le front, tant qu’aucun plan de paix viable et acceptable par Kiev ne sera pas trouvé.