France

Guerre en Iran : Trump peut-il vraiment déployer des troupes au sol ?

Donald Trump a exprimé son espoir qu’un accord soit trouvé en pleine guerre en Iran et a multiplié les menaces concernant l’île de Kharg, un site pétrolier qui transite 90 % des exportations de pétrole brut de l’Iran. Selon le New York Times, 50.000 soldats américains sont déployés au Moyen-Orient, soit 10.000 de plus qu’habituellement.

« UN RÉGIME NOUVEAU, ET PLUS RAISONNABLE ! » C’est par ces propos mesurés que Donald Trump a renouvelé son espoir de trouver un accord en pleine guerre en Iran. Ou pas. Après un mois de conflit, le président des États-Unis, dont la communication est parfois difficile à interpréter, exprime son impatience et accentue les menaces, notamment celle de raser l’île de Kharg, un lieu pétrolier crucial pour l’Iran, qui représente 90 % de ses exportations de pétrole brut. Téhéran s’inquiète d’une montée des tensions, surtout d’une éventuelle invasion terrestre sur son territoire.

Le président américain maintient en outre une certaine ambiguïté. Dimanche, le Washington Post a rapporté que le Pentagone se préparait à plusieurs semaines d’opérations militaires au sol en Iran. La porte-parole de la Maison-Blanche, Karoline Leavitt, a tempéré ces informations en affirmant que cela ne signifiait pas que le président avait pris une décision.

Des soldats « sur place et prêts »

« La question des troupes au sol est souvent biaisée dans sa formulation, car on pense immédiatement à l’Irak de 2003, mais envahir l’Iran n’est tout simplement pas envisageable. Ni les Américains ni les Israéliens n’ont l’intention d’envahir l’Iran, ce qui serait de toute manière impossible à réaliser », analyse David Rigoulet-Roze, chercheur à l’Institut français d’analyse stratégique et rédacteur en chef de la revue Orients stratégique. Avec un territoire trois fois plus vaste que celui de la France, des chaînes de montagnes et des zones désertiques, une invasion de l’Iran pourrait rappeler l’impasse vécue par les États-Unis en Afghanistan.

Cependant, les forces américaines sont déjà positionnées sur le terrain. Selon le New York Times, pas moins de 50 000 soldats américains sont désormais déployés au Moyen-Orient, soit 10 000 de plus que d’habitude. « Le dispositif est sur place et prêt. C’est donc envisageable et possible », souligne Jeff Hawkins, chercheur associé à l’IRIS et ancien ambassadeur des États-Unis. Une invasion terrestre à grande échelle paraît néanmoins très improbable. « L’enjeu pourrait plutôt se situer dans la mobilisation de forces spéciales et de commandos à l’intérieur du territoire iranien, mais uniquement pour des opérations ciblées », explique David Rigoulet-Roze.

Des objectifs de guerre incertains

Cependant, pour déterminer la nécessité d’envoyer des soldats, il est essentiel de comprendre ce que Washington vise réellement. Or, « Donald Trump a été particulièrement flou concernant ses objectifs », rappelle Jeff Hawkins. Un changement de régime ? Le républicain affirme l’avoir déjà réalisé, suite à la mort du Guide suprême Ali Khamenei, remplacé par son fils. Une ouverture du détroit d’Ormuz ? « Cela serait difficile et risqué sur le plan militaire, même si politiquement, c’est crucial pour lui », indique l’ancien ambassadeur américain, alors que les élections de mi-mandat approchent aux États-Unis et que les prix du carburant grimpent dans un pays aux besoins automobiles élevés.

Téhéran pourrait facilement attaquer des navires américains (ou commerciaux), car il contrôle la rive nord du détroit sur toute sa longueur. Le pays s’est préparé depuis environ vingt ans et a placé une grande partie de ses forces militaires, y compris des drones maritimes, dans cette zone. Ce rapport de force complique également l’idée d’une invasion durable de l’île de Kharg, qui est dotée de réservoirs de pétrole, d’oléoducs, et est particulièrement défendue par le régime des Mollahs, à quelques encâblures de la côte.

Reste alors la problématique du programme nucléaire iranien, où l’utilisation de commandos serait pertinente. « Mobiliser des commandos permettrait d’atteindre des sites nucléaires iraniens dans le but de tenter de récupérer les 440 kilos d’uranium enrichi à 60 % », explique David Rigoulet-Roze, tout en soulignant les difficultés d’une telle opération, notamment l’incertitude quant à leur localisation et leur éventuelle dispersion. Même avec de petits groupes entraînés, l’envoi de troupes américaines présente donc des risques importants pour des avantages peu clairs.

Le souvenir de la crise des otages

D’autant plus que les États-Unis ont une histoire douloureuse en lien avec ce sujet sur le sol iranien. En 1980, le pays avait mené une opération des forces spéciales pour libérer une cinquantaine d’otages américains retenus dans l’ambassade des États-Unis à Téhéran. L’opération « Eagle Claw » fut un échec retentissant, lors duquel huit militaires américains perdirent la vie et des documents classifiés furent capturés par les Iraniens.

« Un tel échec aujourd’hui représenterait une mort politique pour Donald Trump, il est difficile de voir pourquoi il prendrait un tel risque », souligne Jeff Hawkins. Pourtant, le président américain, qui assurait encore il y a deux semaines qu’il n’enverrait des troupes « nulle part », continue à laisser planer le doute sur un éventuel passage à l’acte qui pourrait s’apparenter à une fuite en avant.