Guerre en Iran : témoignages de Français bloqués en Asie
Plus de 12.000 euros le retour en France, pour quatre personnes, en classe éco. La famille de Marie a finalement trouvé un vol pour le 17 mars, à 1.500 euros et en passant par Shanghai.
« Plus de 12.000 euros pour le retour en France avec quatre personnes en classe économique. » Au bout du fil, Marie, 43 ans, est toujours sous le choc. Partie enThaïlande avec son mari et leurs deux enfants de 7 et 10 ans, elle pensait simplement regagner la France après les vacances scolaires. Cependant, après les frappes américaines et israéliennes contre l’Iran, suivies de la riposte de Téhéran, une partie de l’espace aérien du Moyen-Orient a été affectée. En raison de la guerre, de nombreux vols reliant l’Europe et l’Asie, qui nécessitent une escale dans la région, ont été annulés. Des centaines de Français, dont Marie et sa famille, se retrouvent ainsi bloqués, tout comme Jess.
Ce pompier originaire de l’Oise devait également revenir de Phuket avec sa femme et ses deux adolescents, via Doha. « Sur ma réservation, le vol était confirmé. Mais sur le site, Qatar Airways annonçait l’annulation de tous les vols », raconte-t-il. Aucun renseignement clair n’a été donné pendant deux jours. « Ce qui est terrible, c’est de ne rien savoir. Si je ne m’étais pas rendu à l’aéroport, je n’aurais jamais eu d’informations », s’indigne-t-il.
Après trois heures d’attente au guichet, il a finalement obtenu un vol pour le 11 mars, avec une escale en Turquie, sans frais supplémentaires. Mais l’hébergement reste à leur charge. « Nous avons passé deux jours dans trois hôtels près de l’aéroport, au cas où nous pourrions partir. Maintenant, nous avons une semaine de plus dans un logement. Ce n’était pas prévu dans le budget. En plus, nous avions fait appel à une agence pour ne rien avoir à gérer. Mais elle non plus ne répond pas. Psychologiquement, c’est épuisant. On se sent vraiment seuls, complètement abandonnés. » La seule manière pour ce père de famille de trouver des informations a été de « fouiller sur les réseaux sociaux ».
À Bali, en Indonésie, Anna, 25 ans, fait face à la même situation. Son vol retour a été annulé deux heures avant le départ. « Sans aucune explication », précise-t-elle. « Ce qui est le plus dur, c’est le silence. » Cette jeune photographe indépendante devait rentrer à Rouen pour couvrir un mariage. « J’ai dû trouver quelqu’un pour me remplacer en urgence. Et je perds aussi des contrats. » En cherchant un autre billet pour revenir au plus vite et « limiter les dégâts », elle a trouvé des trajets de plus de 30 heures, avec trois escales, à 4.600 euros. Elle avait payé son aller-retour 1.000 euros.
Si la situation ne s’améliore pas, la jeune femme envisage de rester « un mois de plus, histoire de faire des shootings » pour son book ou des « collaborations ». « J’ai aussi de la chance, car ma meilleure amie habite ici, donc je ne suis pas seule et je n’ai pas de problèmes de logement », souligne-t-elle.
Pour Vivien, 33 ans, qui devait rentrer à Paris en passant par le Koweït après un voyage à Oman et enThaïlande, c’est plus compliqué : il se retrouve seul. Lui aussi évoque un manque « cruel de communication ». « Mon vol a été annulé quelques heures avant le départ, dit-il, accablé. Depuis, je passe mon temps à chercher des solutions. » Ni la compagnie [Koweït Airways] ni l’ambassade ne répondent, ce qui le frustre, alors qu’il fait face à des prix de vols exorbitants. « Et je dois reprendre le boulot demain », lâche-t-il. Bien que sa manageuse comprenne la situation, il s’inquiète des délais et des coûts engendrés par ces événements. « Je ne sais pas du tout comment je vais faire », soupire-t-il.
Billets exorbitants, silence des compagnies et de l’ambassade… Tous les témoignages reflètent la même situation. À Phuket, Marie a pris connaissance de la situation samedi, à la piscine, en entendant une Française parler des bombardements au téléphone. « Nous avons compris que cela allait être compliqué, mais nous ne pensions pas être autant touchés », explique-t-elle. En contactant Etihad, elle a attendu cinq heures avant de parler à quelqu’un au téléphone, après s’être rendue à l’aéroport pour trouver un guichet fermé.
Elle a finalement opté pour le remboursement plutôt que la reprogrammation du vol, initialement prévu le 11 mars. « Nous ne voulions pas prendre le risque que la situation ne soit pas réglée et revivre cette phase d’angoisse, sans nous sentir en sécurité », soutient-elle.
Après ce processus, le nouveau défi pour la famille nantaise a été de trouver un billet de retour pour quatre personnes. « Ça a été un enfer, avoue-t-elle, rappelant les billets à 12.000 euros et les 40 heures de voyage. Nous avons même pensé à prendre chacun un enfant et partir séparément pour faciliter le voyage. Et si des trajets convenables apparaissaient, ils disparaissaient en une seconde », précise-t-elle.
« Et sinon, aucune nouvelle de l’ambassade ou du gouvernement, enchaîne Marie, agacée. On a l’impression de ne pas faire partie de l’État français même si nous comprenons que toutes les demandes ne peuvent pas être satisfaites. Mais un peu de considération tout de même… » Elle attend du gouvernement qu’il exerce « au moins une pression » sur les compagnies françaises pour qu’elles cessent d’augmenter les prix. « Nous sommes des milliers à être bloqués. C’est injuste et honteux, cette politique tarifaire », souligne-t-elle.
Finalement, la famille a trouvé un vol pour le 17 mars, dans deux semaines, à 1.500 euros et via Shanghai. « Les enfants vont donc rater l’école. Pour ma part, je verrai avec mon employeur à mon retour. Et mon mari, commerçant, peut compter sur ses deux employés. »
En attendant de revenir en France, toutes les personnes interrogées se jugent « chanceuses » d’être en Asie, en « sécurité ». « Nous savons que nous n’avons pas vraiment le choix et que c’est une situation générale très stressante. Et nous ne sommes pas sous les bombes… », conclut Marie. « Si j’avais dû partir deux jours plus tôt, je serais bloqué au Koweït, donc je prends du recul », avance Vivien. « Nous sommes un peu dans l’inconnu, mais personne ne peut y faire grand-chose », souligne Anna. Jess affirme pour sa part : « Nous serons rassurés quand nous serons revenus en France. »

