France

Guerre en Iran : Réserves stratégiques de pétrole de l’État français.

La France possède un stock stratégique de pétrole équivalent à 108 jours d’importations nettes, géré principalement par la Société anonyme de gestion de stocks de sécurité (Sagess). L’Agence internationale de l’Énergie (AIE) a convoqué une réunion extraordinaire pour évaluer une éventuelle décision sur le recours aux stocks stratégiques.


La France envisage-t-elle de puiser dans ses réserves stratégiques de pétrole ? Comme les 32 pays membres de l’Agence internationale de l’Énergie (AIE), elle dispose d’un stock stratégique destiné à amortir les fluctuations du marché pétrolier et économique, représentant au moins 90 jours d’importations nettes.

Selon Bercy, la France possède un total équivalent à 108 jours d’importations nettes. La gestion de ces réserves est largement assurée par la Société anonyme de gestion de stocks de sécurité (Sagess), une agence privée fondée en 1988 par des opérateurs pétroliers et régulée par l’État, qui détient à elle seule 17 millions de m³ de ces stocks, répartis sur 90 dépôts, sur un total estimé à près de 18 millions de m³.

« Ce sont les opérateurs pétroliers qui gèrent ces stocks, mais c’est l’État qui finance », déclare à *20 Minutes* Bernard Keppenne, chef économiste à la banque belge CBC et spécialiste des prix du pétrole. Le complexe souterrain Géosel de Manosque (Alpes-de-Haute-Provence), avec une capacité utile de plus de 9 millions de m³, maintient près de la moitié des stocks de la Sagess. Il est également relié aux raffineries et aux usines pétrochimiques de la région Fos/Lavéra, au Grand Port Maritime de Marseille et aux trois réseaux européens de canalisations de transport.

Bien que le gouvernement ait souligné qu’il n’y a pas de risque de pénurie pour l’instant, la tentation d’utiliser ces réserves pour tenter de réduire les prix, qui commencent à dépasser les 2 euros le litre à la pompe, est forte. Bernard Keppenne analyse : « Il faut dire que par rapport à d’autres pays, la France a des élections qui arrivent [les municipales des 15 et 22 mars], et c’est un élément qui joue. La hausse du prix de l’énergie est un facteur important, qui peut influencer le résultat des élections, et le gouvernement doit montrer qu’il s’en soucie. »

Cependant, l’expert souligne que seule « une décision concertée » des pays membres de l’AIE, ou au minimum de l’Union européenne, concernant l’utilisation de ces stocks stratégiques, « aurait un véritable impact sur les prix des marchés. » Il indique que, selon les membres du G7, « il n’y a pas d’urgence à activer ce levier. C’est beaucoup trop tôt, et le signal qu’on enverrait aux marchés serait plutôt négatif. Tant que le détroit d’Ormuz reste bloqué, l’impact d’une telle mesure serait assez faible, donc je pense qu’il faut attendre de voir comment la situation évolue, dans les prochaines semaines, voire les prochains mois. »

L’AIE a néanmoins convoqué une « réunion extraordinaire » de ses gouvernements membres pour évaluer une éventuelle « décision » sur l’utilisation des stocks stratégiques, selon son directeur exécutif Fatih Birol. Cette réunion, qui suit celle des ministres de l’Énergie du G7 à l’initiative de la France, a pour but « d’évaluer l’état actuel de la sécurité d’approvisionnement et des conditions de marché, en vue d’éclairer une décision ultérieure sur la mise à disposition éventuelle des stocks d’urgence des pays de l’AIE sur le marché », précise Fatih Birol dans un communiqué.

Depuis la création de l’AIE en 1974, cinq actions collectives ont été menées, notamment avant la guerre du Golfe en 1991; après les ouragans Katrina et Rita qui ont endommagé les installations pétrolières dans le golfe du Mexique en 2005; en réponse à la guerre civile libyenne en 2011; et deux lors de la crise ukrainienne, en mars et avril 2022.