Guerre en Iran : Portrait de Mohammad Ghalibaf, conservateur pragmatique.
Mohammad Bagher Ghalibaf, âgé de 64 ans, est le président du Parlement iranien depuis 2020. Il a été maire de Téhéran pendant douze ans, de 2005 à 2017, et a participé à des batailles décisives comme la reconquête de Khorramshahr en 1982.

Mohammad Bagher Ghalibaf, président du Parlement iranien, est l’un des derniers figures influentes de Téhéran encore en vie et attire l’attention depuis quelques jours.
Donald Trump a évoqué dimanche soir de nouveaux dirigeants iraniens « bien plus raisonnables », peut-être en référence à Ghalibaf. Le président américain a déclaré à des journalistes qu’il s’agissait de personnes différentes de celles avec lesquelles les États-Unis ont eu affaire dans le passé, ajoutant qu’il était possible d’« entrevoir un accord » avec ces nouveaux dirigeants « peut-être bientôt ».
« J’étais parmi ceux qui distribuaient des coups dans la rue et j’en suis fier »
Ghalibaf est-il réellement « bien plus raisonnable » ? Il a intégré le Corps des Gardiens de la révolution islamique (CGRI) dès son adolescence, durant la guerre Iran-Irak dans les années 1980. Âgé de 64 ans, il demeure un fervent partisan de ce corps militaire. Il est considéré comme un conservateur et fait partie de l’aile dure de la politique iranienne, ayant participé à la répression violente des rebelles kurdes dans l’ouest du pays.
Nommé chef de la police iranienne dans les années 1990, il a renforcé les méthodes policières lors des manifestations étudiantes, en particulier en 1999. Dans un enregistrement audio de 2013, il a déclaré : « J’étais parmi ceux qui distribuaient des coups dans la rue et j’en suis fier », évoquant ces manifestations, selon CNN.
Reconnu comme pilote, il a été engagé dans des batailles décisives, dont la reconquête de Khorramshahr en 1982. Il a ensuite dirigé la Force aérospatiale des Gardiens de la révolution (CGRI) de 1997 à 2000, avant d’entamer une carrière politique au début des années 2000.
Maire de Téhéran pendant douze ans
Ambitieux, Ghalibaf s’est présenté à l’élection présidentielle à trois reprises (en 2005, 2013, 2024) et s’est retiré en 2017 au profit d’Ebrahim Raïssi. Il a perdu à chaque fois, notamment face à Mahmoud Ahmadinejad en 2005, mais ces campagnes lui ont conféré une notoriété nationale, lui permettant d’occuper la mairie de Téhéran pendant douze ans, de 2005 à 2017.
Au cours de ce mandat, il a adopté une approche pragmatique en réalisant l’extension du métro et d’autres infrastructures, ainsi qu’en créant des logements et des espaces verts. Cependant, son mandat a été entaché par de graves accusations de corruption.
Depuis 2020, il est président du Parlement et serait « en charge de superviser l’effort de guerre et la stratégie », selon Farzan Sabet, chercheur à l’Institut de hautes études internationales et du développement de Genève, interrogé par l’AFP. L’enseignant à l’université de Yale, Arash Azizi, considère qu’il est désormais « l’homme le plus puissant d’Iran », car il est « une figure rare dont le portefeuille chevauche les fonctions militaires, sécuritaires et politiques du régime », rapporte RFI.
« L’archétype de l’ancien militaire autoritaire et politique »
« Ghalibaf correspond parfaitement à l’archétype de l’ancien militaire autoritaire et politique. […] En matière de politique étrangère, il prône généralement un Iran fort, mais ne s’est pas opposé aussi catégoriquement à toute négociation ou concession. […] Mais l’idée qu’il serait ouvert à des concessions géantes aux États-Unis est assez difficile à croire », analyse le commentateur iranien Alireza Talakoubnejad, selon Le Courrier international.
Depuis le début des frappes américaines et israéliennes le 28 février, il prend régulièrement la parole sur le réseau social X, souvent pour provoquer Washington. Le 23 mars, il a affirmé que « aucune négociation n’a été tenue avec les États-Unis, et de fausses nouvelles sont utilisées pour manipuler les marchés financiers et pétroliers et échapper au bourbier dans lequel les États-Unis et Israël sont embourbés ».

