Guerre en Iran : Pakistan, un acteur inattendu dans les négociations US.
Le Pakistan s’est positionné comme intermédiaire entre Washington et Téhéran, multipliant les échanges avec les responsables des deux pays. En mars, le gouvernement pakistanais a dû augmenter de 20 % le prix des carburants et prendre des mesures pour limiter les effets sur son économie.
C’est un peu l’« invité surprise » du conflit au Moyen-Orient. Pourtant, le Pakistan pourrait jouer un rôle déterminant dans la désescalade entre l’Iran et les États-Unis, un rôle qui est généralement attribué au Qatar, mais Doha a laissé passer cette opportunité.
Cela profite donc au Pakistan, qui s’est positionné comme intermédiaire entre Washington et Téhéran, multipliant les échanges avec les autorités des deux nations. « Le Pakistan est prêt et honoré d’accueillir et de faciliter des pourparlers constructifs et définitifs en vue d’un règlement global du conflit en cours », a déclaré sur X le Premier ministre pakistanais, Shehbaz Sharif. Islamabad possède plusieurs atouts en sa faveur, ainsi que des intérêts à défendre.
### De bonnes relations avec l’Iran…
Les relations entre le Pakistan et l’Iran sont anciennes et solides. Téhéran a été le premier pays à reconnaître le Pakistan après son indépendance en 1947, et Islamabad a fait de même avec la République islamique en 1979, après la révolution. Les deux pays ont également collaboré contre l’URSS durant l’occupation soviétique de l’Afghanistan. Actuellement, la diplomatie pakistanaise représente les intérêts iraniens à Washington en l’absence d’ambassade pour l’Iran.
Bien que les relations ne soient plus aussi étroites qu’auparavant, les deux nations conservent des intérêts communs, notamment une frontière de 900 kilomètres. De plus, le Pakistan abrite l’une des plus importantes communautés chiites en dehors d’Iran, avec près de 40 millions de personnes (soit environ 20 % de sa population) qui ont manifesté leur soutien à l’Iran dès le début de l’attaque israélo-américaine. « L’opinion publique pakistanaise est très largement pro-iranienne », a confirmé Maleeha Lodhi, ancienne ambassadrice du Pakistan aux États-Unis, à la BBC.
### … et les Etats-Unis
Pakistan entretient de bonnes relations tant avec Téhéran qu’avec Washington. « Le Pakistan est le seul pays de la région à avoir de bonnes relations à la fois avec l’Iran et les États-Unis », a affirmé récemment l’ancien ambassadeur du pays à Téhéran, Asif Durrani, à nos confrères de l’AFP. Le chef de l’armée pakistanaise, le maréchal Asim Munir, a établi une relation personnelle avec Donald Trump. Il faisait partie du voyage à Washington de Shehbaz Sharif l’année dernière, après les tensions avec l’Inde, et il avait publiquement défendu la candidature au prix Nobel de la paix du président américain.
Le « Pays des purs » (signification du mot « Pakistan ») bénéficie également d’un « réseau » de relations privilégiées avec plusieurs puissances. En 2025, Islamabad a signé un accord stratégique de défense mutuelle avec l’Arabie saoudite. Le mois dernier, le ministre des Affaires étrangères, Ishaq Dar, a organisé une réunion avec ses homologues d’Arabie saoudite, de Turquie et d’Égypte pour discuter de la désescalade du conflit, avant de se rendre à Pékin, où les pourparlers sont également fréquents.
### Des intérêts propres à défendre
Cependant, si le cinquième pays le plus peuplé du monde (plus de 250 millions d’habitants) s’investit tant dans le conflit, c’est aussi parce que ses intérêts sont en jeu. Le Pakistan dépend beaucoup du pétrole importé, dont une grande partie transite par le détroit d’Ormuz. En mars, le gouvernement a dû augmenter de 20 % le prix des carburants et a également mis en place des mesures pour limiter les répercussions sur son économie, comme une semaine de travail de quatre jours pour les fonctionnaires.
De plus, le pacte signé avec l’Arabie saoudite pourrait entraîner le Pakistan dans le conflit si Riyad était attaqué, alors que le pays est déjà en guerre avec l’Afghanistan et avait échangé des frappes avec l’Inde l’année dernière. En s’impliquant ainsi, le Pakistan bénéficie d’une certaine visibilité qui pourrait, à long terme, lui donner une plus grande stature sur la scène internationale.

