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Guerre en Iran : Le régime iranien peut-il bloquer le détroit d’Ormuz ?

Au quatrième jour de l’offensive israélienne et américaine contre l’Iran, les bateaux ne passent plus dans le détroit d’Ormuz dont dépend une large part de l’approvisionnement mondial en pétrole et en gaz naturel liquéfié. La quasi-totalité des grands assureurs maritimes a annulé lundi la couverture « risque de guerre » pour la zone du Golfe persique.


Au quatrième jour de l’offensive israélienne et américaine contre l’Iran, la circulation maritime dans le détroit d’Ormuz, qui joue un rôle crucial dans l’approvisionnement mondial en pétrole et en gaz naturel liquéfié, est complètement interrompue. Un responsable des Gardiens de la Révolution a déclaré, lundi, qu’ils étaient prêts à « brûler tout navire » tentant de passer par cette voie maritime reliant les pays producteurs de pétrole du Golfe à l’océan Indien.

Tout dysfonctionnement dans cette zone pourrait avoir des répercussions immédiates et sévères sur l’économie mondiale, ce qui a provoqué une hausse continue des prix des gaz et du pétrole mardi. La question se pose : le régime iranien est-il capable de bloquer ce passage stratégique pendant plusieurs jours, voire plusieurs semaines, entraînant ainsi un chaos à l’échelle mondiale ?

**« Une menace terrorisante » empêchant la circulation des navires**

Sur le terrain, la fermeture ne prend pas la forme d’un blocus naval dans cet espace d’environ trente kilomètres. « Non, il n’y a pas une rangée de navires iraniens coupant les canaux de circulation, car une ligne de bâtiments serait facilement coulée par les forces américaines », souligne un expert militaire français déployé dans la région. Cette entrave se manifeste plutôt par un « gel » de la circulation, car « la menace d’attaques de drones ou de missiles est tellement terrifiante que les navires sont à l’arrêt, et le prix des assurances des tankers est devenu exorbitant », précise-t-il. Depuis samedi, deux pétroliers et un chimiquier ont été attaqués, causant au moins un mort, et la plupart des grands assureurs maritimes ont annulé, lundi, la couverture « risque de guerre » pour le golfe Persique. Environ 150 pétroliers et méthaniers seraient actuellement immobilisés, attendant de pouvoir traverser le détroit.

Bien que l’Iran ait subi des frappes sur des centaines de sites militaires depuis le 28 février, il conserve-t-il suffisamment d’arsenal pour maintenir ce détroit bloqué ? « L’Iran possède encore des infrastructures maritimes lui permettant de bloquer ce passage, ainsi que la possibilité d’y déposer des milliers de mines, bien qu’il ne l’ait pas encore fait », avance Adel Bakawan, chercheur associé à l’Institut français des relations internationales (Ifri) et directeur de l’European Institute for Studies on the Middle East and North Africa (EISMENA). « Cependant, les États-Unis et Israël disposent de moyens suffisants pour détruire ces infrastructures iraniennes et déminer la zone », ajoute-t-il. La perspective d’une fermeture prolongée semble donc peu probable face à la supériorité aérienne et navale de la coalition israélo-américaine. De plus, certains pays dépendants du pétrole pourraient être tentés d’intervenir pour débloquer ce carrefour stratégique.

**Une « guerre des pétroliers » que connaît l’Iran**

Cependant, comme le souligne Adel Bakawan, l’Iran n’a aucun intérêt à bloquer ce passage de manière totale et durable, car il en dépend également pour ses propres exportations d’hydrocarbures. « Cette fermeture représente donc davantage un levier de pression qu’une option viable à long terme », estime-t-il. Un blocage intermittent paraît plus probable selon ce chercheur, impliquant des attaques ou des mines isolées ayant un impact stratégique mondial.

Ces attaques pourraient se poursuivre pendant un certain temps, précise l’expert militaire, car à mesure que les stocks de missiles et de drones les plus puissants se réduisent, les capacités d’action de l’Iran se limiteront. « Le régime pourrait cibler de plus en plus les navires qui stationnent le long de ses côtes et mener une « guerre des pétroliers » pouvant perdurer », estime ce spécialiste de la région. Ce genre de conflit, l’Iran le connaît bien. Lors de la « guerre des pétroliers » avec l’Irak de 1984 à 1988, les deux pays s’étaient régulièrement attaqués aux navires commerciaux dans le golfe Persique pour nuire à l’économie de l’autre et influencer les soutiens étrangers. L’Iran avait finalement accepté un cessez-le-feu en 1988 avec l’Irak.