Guerre en Iran : le Mossad ne mène pas un « travail de fourmi » sur des années contre la République islamique.
Israël, soutenu par ses alliés américains, a neutralisé plusieurs hauts dirigeants du régime iranien depuis le début de la guerre lancée le 28 février. Le Mossad peut recruter des agents parmi environ 200.000 citoyens de la diaspora iranienne en Israël.
Éliminer, successivement, les figures emblématiques du régime iranien : c’est ainsi qu’Israël, soutenu par ses alliés américains, cherche à affaiblir la République islamique. Ces opérations ont connu un succès récent.
Depuis le début de la guerre entamée par Donald Trump et Benyamin Netanyahou le 28 février, l’armée israélienne a réussi à neutraliser des hauts responsables. Parmi eux figurent le ministre du Renseignement Esmaïl Khatib, Ali Larijani, un puissant chef du Conseil suprême de sécurité nationale, et le guide suprême Ali Khamenei. Israël a promis d’infliger le même sort à son fils Mojtaba, qui a pris la relève le 8 mars.
**D’une ambition à l’obsession**
Pour mener à bien ces opérations, difficiles à encaisser pour le régime iranien tant sur le plan moral que stratégique, Israël a investi des ressources depuis des décennies. L’« obsession du régime iranien de détruire Israël » a conduit Israël à faire de « l’Iran une priorité majeure » et à déployer des efforts pour « en savoir le plus possible sur cette menace et se préparer à la contrer », explique Assaf Orion, chercheur international au Washington Institute for Near East Policy et ancien chef de la planification stratégique de l’armée israélienne.
Par ailleurs, un « travail minutieux de surveillance, de tri de données et d’organisation d’opérations » a été mis en place par les services israéliens, notamment le Mossad, précise Raphaël Jerusalmy, ancien officier du renseignement militaire israélien. Cette stratégie a permis d’aboutir à des agents capables de cibler les plus hauts dignitaires du régime iranien.
**Le renseignement humain, le nerf de la guerre**
Le Mossad s’appuie notamment sur le renseignement humain, ou des taupes. Israël profite des tensions et des rivalités au sein du régime pour recruter des informateurs. « Dans toute dictature, il y a des rivalités », résume Raphaël Jerusalmy, ajoutant que, même si l’effondrement du régime n’est pas imminent, cela crée une opportunité. Dan Lomas, chercheur en relations internationales à l’université de Nottingham et expert en espionnage, mentionne que « la CIA et les services secrets britanniques (SIS/MI6) utilisent des applications sécurisées pour encourager l’opposition au régime à espionner ».
Pour Assaf Orion, l’« arrogance et l’excès de confiance » ainsi que l’« aveuglement révolutionnaire, la profonde détresse nationale et la répression sévère de l’opposition » favorisent le recrutement d’agents motivés par divers motifs. Le Mossad incite régulièrement les Iraniens à « agir » et à les joindre « via une ligne sécurisée » sur les réseaux sociaux.
Concrètement, l’informateur circule dans la société iranienne, dans les cercles du régime ou au sein de l’opposition. Le Mossad peut aussi recruter dans la diaspora iranienne en Israël, qui compte environ 200 000 citoyens. Un agent du Mossad établit une amitié avec une source potentielle en Iran. Si celle-ci accepte, elle sera contactée par un activateur qui lui donnera conseils et instructions.
Au final, c’est l’élément humain qui permet d’obtenir « un visuel sur le terrain », essentiel pour valider l’opération et confirmer son succès. C’est ce qui a été réalisé avec l’ayatollah Khamenei, selon Raphaël Jerusalmy.
**La technologie, alliée de taille**
La technologie, parfois aussi simple que les caméras de surveillance publiques, joue également un rôle crucial. Comme tout régime autoritaire, la République islamique utilise la surveillance de son peuple. Israël peut alors accéder aux images de CCTV. Cela a permis « d’identifier les habitudes et de déterminer le moment et le lieu adéquats pour frapper » des responsables iraniens, précise Assaf Orion.
L’intelligence artificielle permet de trier et d’analyser les données recueillies par diverses sources de renseignement. Cette analyse peut même « presque prédire les comportements des cibles suivies pendant des années », assure Raphaël Jerusalmy. De plus, la collaboration rapide et étroite entre le Mossad, les services de renseignement de la Défense et le Shin Bet (sécurité intérieure) aide l’armée israélienne à éliminer ces cibles.
**Un combat sans fin ?**
La disparition de ces chefs, dont l’autorité était respectée par les partisans du régime chiite au-delà des frontières iraniennes, rend leur remplacement difficile, à moins que ce ne soit par des figures qui « manquent du même charisme et de la même stratégie », souligne Raphaël Jerusalmy.
Pour certains, cela ressemble à une hydre : lorsqu’une tête est coupée, d’autres repoussent. Faire tomber le régime pourrait donc s’avérer une tâche sans fin. Cependant, chaque remplacement « diminue le niveau d’expérience, de charisme et d’efficacité », appuie Raphaël Jerusalmy. Les nouveaux dirigeants sont également plus enclins à négocier, par crainte pour leur vie. Le Mossad en profite alors pour « leur suggérer de tourner le dos » au régime iranien.
Israël parvient ainsi à « créer les conditions favorables à une future chute du régime et à son remplacement par des forces internes iraniennes », selon Assaf Orion, dans le but de rendre son ennemi incapable de poursuivre son programme nucléaire. Pourtant, Dan Lomas nuance en affirmant : « Nous en sommes au même point qu’auparavant ; l’Iran a un nouveau dirigeant, le régime reste ferme et, bien qu’affaibli, le pays a réussi à bloquer le détroit d’Ormuz et peut encore jouer certaines cartes. »

