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Guerre en Iran : La Maison-Blanche « se fait plaisir » avec des clips sur ses bombardements

L’administration Trump a diffusé sur ses réseaux sociaux une vidéo avec des images de bombardiers B2 agrémentées d’un remix de la chanson « La Macarena », sortie en 1993. L’artiste Kesha a exprimé son désaccord en déclarant qu’elle n’approuvait absolument pas que sa musique soit utilisée pour promouvoir une quelconque forme de violence.


L’opération Epic Fury se déroule également sur les réseaux sociaux. Depuis le début des bombardements en Iran, l’administration Trump et l’état-major américain diffusent abondamment des images de leurs frappes sur Téhéran ainsi que sur des navires. La vidéo montrant une frégate iranienne touchée par un sous-marin américain au large du Sri Lanka a particulièrement généré de nombreux commentaires.

La polémique découle surtout de la mise en scène autour de ces vidéos, qui mêlent des montages de bombardements avec des extraits de films, de jeux vidéo et des dessins animés, le tout sur fond de chansons de rap ou de métal. Le gouvernement américain dépasse-t-il les limites ou s’agit-il d’une communication habile destinée à son électorat ?

La Maison-Blanche a récemment publié un montage vidéo sur son compte Instagram, incluant plusieurs images de son bombardier B2, accompagnées d’un remix de la… Macarena, le succès de Los del Rio datant de 1993. Un internaute s’est indigné en commentaire : « La *Macarena*, sérieux ? Ce n’est pas un film d’action, ce n’est pas un jeu, c’est une putain de guerre, des gens meurent. » Antonio Romero Monge, membre du duo Los del Río, a confié avoir ressenti un « profond malaise » après la viralité de la vidéo, bien que de nombreux supporters de Donald Trump l’aient appréciée.

Suite à la mort de l’ayatollah Ali Khamenei, visé par des frappes israélo-américaines le 28 février, la Maison-Blanche avait déjà produit un montage avec des déclarations de Donald Trump, « I was the hunted, now I’m the hunter » (« J’étais le chassé, maintenant je suis le chasseur »), sur fond de *Enter Sandman* de Metallica.

Jeudi, Washington a continué sa mise en scène avec un clip de propagande intitulé *Justice the American Way* (*La justice à l’américaine*), combinant des extraits de films comme *Minority Report*, *Top Gun : Maverick* et *Tonnerre sous les tropiques*, ce dernier étant une satire des films de guerre hollywoodiens, mélangés avec des images des premiers bombardements sur Téhéran.

Cette initiative a provoqué l’indignation de Ben Stiller, acteur et réalisateur du film, qui a déclaré : « Hé, la Maison-Blanche, veuillez retirer l’extrait de *Tropic Thunder*. Nous ne vous avons jamais donné notre autorisation. La guerre n’est pas un film. »

Que dire également de ce très court clip montrant une frappe de missile suivie d’une image de Bob L’éponge, avec ce commentaire : « Nous ne nous arrêterons pas tant que les objectifs ne seront pas atteints. Inflexible. Sans remords. » La Maison-Blanche n’a pas négligé l’univers des jeux vidéo, publiant vendredi un autre clip sur son compte X, intitulé *Wasted (Perdu)*, intégrant des images des récentes pertes de matériel iranien, avec des extraits du jeu vidéo *GTA* et de sa musique rap. D’autres vidéos aux titres virilistes comme *Pure American Dominance* accompagnées de *Thunderstruck* d’AC/DC ou *Maximalism* de Punch Deck ont également vu le jour.

Quel est l’objectif derrière cette stratégie de communication ? « J’ai du mal à comprendre à qui cela peut s’adresser », a déclaré Romain Mielcarek, chercheur à l’IPJ Paris Dauphine et journaliste indépendant, expert en défense. « Si cela vise le public américain, et particulièrement les MAGA, je ne vois pas ce qui pourrait les convaincre de soutenir cette opération, car il ne s’agit pas de vidéos expliquant que les Iraniens constituent une menace. »

« Le seul message qui se dégage est que la guerre c’est cool, c’est de l’adrénaline, c’est de l’action », a poursuivi Romain Mielcarek. « À mon avis, la Maison-Blanche s’amuse avec de la provocation et de la surenchère. C’est un message de Donald Trump à lui-même, qui fonctionne souvent bien, car cela colle à la culture et aux codes de l’audience MAGA. Mais ce groupe est contre l’interventionnisme et les dépenses inutiles dans des guerres lointaines, et ne croit pas en la cause en Iran. Est-ce que cela va changer les opinions dans les semaines à venir ? Nous verrons, mais pour l’instant, je ne vois pas comment. »

Bien que publiée le 10 février dernier, donc avant les premiers bombardements en Iran, la polémique liée à l’utilisation de la chanson *Blow* de Kesha dans une vidéo sur TikTok, intitulée *Lethality*, mérite d’être relevée. Au moment où Kesha chante « This place about to blow » (« Cet endroit est sur le point d’exploser »), l’un des avions largue une bombe sur un navire.

« Je n’approuve absolument PAS que ma musique soit utilisée pour promouvoir une quelconque forme de violence », a réagi l’artiste la semaine passée, dénonçant l’utilisation de son morceau par l’administration Trump.

Le directeur de la communication de la Maison-Blanche a ironisé : « Ça ne fait qu’augmenter le nombre de vues de nos vidéos. » Ce clip a effectivement accumulé 15 millions de vues. Est-ce l’effet recherché par l’administration américaine, qui choisirait délibérément des artistes souvent opposés à Donald Trump pour engendrer encore plus de vues ? Certains observateurs avancent cette hypothèse.

« Je ne suis même pas convaincu, a commenté Romain Mielcarek. Je pense qu’ils ont pris des références marrantes sans se soucier de savoir si ces artistes étaient d’accord. Ils ont même utilisé des images de *GTA*, sachant que le message de *GTA* ne colle pas avec la culture MAGA. C’est pour cela que je ne sais pas à quel point tout cela est réfléchi. »

Donald Trump n’en est pas à son coup d’essai. En juin 2025, sur son réseau Truth Social, il avait déjà partagé une vidéo étonnante d’un bombardier B2 accompagné du son de *Barbara Ann* des Beach Boys, où le refrain « Bar, bar, bar, bar, Barbara Ann » avait été remplacé par « Bomb, bomb, bomb, bomb, Bomb Iran ».

Il convient de noter que le président américain n’est pas le premier à réaliser des vidéos de propagande de ce genre. Il existe une longue tradition de détournement de musiques populaires pour accompagner des images de guerre ou motiver les troupes. Cependant, Trump semble développer un goût particulier pour ce type de pratiques.