Guerre en Iran : Déminer les mines de Téhéran dans le détroit d’Ormuz ?
Le détroit d’Ormuz permet la circulation d’environ 20 % de la production mondiale de pétrole et 13 % des exportations d’engrais. L’Iran n’a pour l’heure aucun intérêt à piéger le détroit, dont elle dépend aussi pour ses exportations de pétrole.

Un point névralgique au centre de toutes les tensions. Alors que le conflit se poursuit en Iran, l’attention se concentre sur le détroit d’Ormuz. Situé entre le golfe Persique et le golfe d’Oman, cet endroit permet le passage d’environ 20 % de la production mondiale de pétrole et 13 % des exportations d’engrais. Depuis le début des opérations militaires américaines et israéliennes, cet endroit stratégique est en partie bloqué.
Les assureurs et les armateurs ont suspendu les déplacements des tankers, en partie à cause des menaces de Téhéran qui parle d’un éventuel minage de la zone. « Au début du conflit, l’Iran a envoyé plusieurs avertissements pour indiquer qu’ils possédaient des forces capables de bloquer le détroit. Des rumeurs concernant la mise en place d’une dizaine de mines circulaient », indique Stéphane Audrand, consultant en risques internationaux. Un « avertissement stratégique » suffisant pour susciter des craintes. Si le détroit venait à être miné, comment pourrait-on sortir de cette impasse ?
Mine de fond ou mines à orin
« Les marines occidentales ont l’expertise nécessaire pour procéder au déminage, même si les effectifs consacrés à la guerre des mines sont souvent limités, car cette compétence a peu été mise à l’œuvre ces dernières années », explique Stéphane Audrand. Une exception récente est la guerre en Ukraine, où des mines terrestres et navales ont été identifiées, notamment en mer Noire.
Les outils de déminage dépendent du type de mines employées. L’Iran peut, par exemple, poser des « mines à orins », de contact, qui flottent entre deux eaux. « Elles ne seront pas difficiles à identifier, mais il est nécessaire de s’approcher du champ de mines pour les déminer, précise le consultant en risques internationaux. Toutefois, l’Iran dispose de centaines de vedettes rapides et de batteries de missiles antinavires. »
Une autre arme, plus complexe, consiste en la mine de fond. « Elles sont équipées de capteurs magnétiques ou acoustiques qui détectent le bruit des navires ou leur silhouette. Elles finissent rapidement par s’enfouir dans le sédiment au fond de l’eau », détaille Stéphane Audrand. S’en débarrasser est une tâche longue et complexe. « Un navire spécialiste du déminage, bien entraîné, peut traiter traditionnellement une à trois mines de fond par jour », estime-t-il.
Des robots démineurs
Ces dernières années, des technologies nouvelles ont émergé dans certains pays, dont la France. Un programme franco-britannique, le « Système de lutte antimines du futur » (SLAMF), a été lancé pour améliorer les capacités des deux nations dans la lutte contre les mines. L’objectif ? Permettre aux navires d’opérer à au moins vingt kilomètres de la zone à risque, avec un équipage réduit à une dizaine de marins.
L’entreprise française Exail Technologies a développé des « robots de déminage sous-marin avec une portée plus grande que ce que l’on avait auparavant », souligne Stéphane Audrand. « Nous nous dirigeons vers un système de drones pour réduire le risque humain dans la zone dangereuse. Des drones de surface opérent des drones sous-marins, c’est un peu de la science-fiction, mais cela fonctionne », confirmait Didier Maleterre, vice-amiral d’escadre et vice-président conseiller défense d’Exail Technologies, sur BFMTV.
Une fin de guerre nécessaire
Sur le terrain, le déminage en mer repose sur deux approches. La première consiste à détruire la mine, en plaçant une charge explosive à l’aide d’un robot ou d’un plongeur. La seconde consiste à déclencher l’explosion de manière contrôlée. « Pour les mines magnétiques, un navire tire un câble avec un courant électrique spécial qui simule le passage d’un gros bateau pour faire sauter la mine. Il en va de même pour les mines acoustiques qui sont équipées de microphones : on plonge un câble avec un haut-parleur spécial qui imite le bruit d’un navire », explique Stéphane Audrand.
Une seule condition s’applique à toutes ces stratégies : « La guerre doit être terminée », rappelle Dominique Trinquand, ancien chef de la mission militaire française auprès de l’ONU. « On ne peut pas déminer si le risque de tir persiste », ajoute-t-il. « Les navires de déminage ne sont pas de grands navires de guerre, ils ne sont pas conçus pour naviguer dans des zones dangereuses », complète Stéphane Audrand.
Quoi qu’il en soit, l’Iran n’a actuellement aucun intérêt à miner le détroit, dont elle dépend également pour ses exportations de pétrole. « La mine peut choisir le type de navires qu’elle va faire exploser, mais pas leurs pavillons », rappelle l’expert. « C’est un dernier recours », confirme Dominique Trinquand.

