Guerre en Iran : Comprendre la stagflation, menace pour l’économie mondiale.
La stagflation, mélange de stagnation et d’inflation, est définie par une augmentation rapide des prix, une stagnation ou un recul de l’activité économique et une hausse du chômage. En France, selon la Commission européenne, la croissance est prévue autour de 0,9 % pour 2026, tandis que l’inflation pourrait dépasser les 2 % si les chocs énergétiques persistent.

Depuis le début des bombardements en Iran et le blocage du détroit d’Ormuz, le terme « stagflation » a été largement évoqué sur de nombreuses chaînes de télévision. La guerre au Moyen-Orient, qui entraîne une hausse des prix du pétrole, pousse certains économistes à évoquer un retour de ce phénomène que l’on pensait révolu depuis les années 1970. Mais qu’est-ce que la stagflation exactement ? Et est-elle réellement imminente en France et en Europe ? Pas d’inquiétude, nous vous expliquons tout.
Qu’est-ce que la stagflation ?
La stagflation est considérée comme l’un des pires scénarios économiques. Ce terme combine « stagnation » et « inflation ». En réalité : les prix montent rapidement avec une inflation élevée, tout en stagnation ou en contraction de l’activité économique, ce qui entraîne une augmentation du chômage. En conséquence, votre pouvoir d’achat diminue considérablement.
Selon les manuels d’économie, ce phénomène ne devrait pas exister. En théorie, il existe un lien inverse entre inflation et chômage : lorsque l’un monte, l’autre baisse. Cela aurait permis d’éviter d’avoir les deux problèmes simultanément. En temps normal, l’économie fonctionne sur la base de l’offre et de la demande ainsi que du marché du travail.
Quand l’économie fonctionne à plein régime avec une forte croissance, les entreprises embauchent massivement, le chômage diminue et les travailleurs ont plus de pouvoir pour négocier des augmentations de salaire. Ces augmentations se répercutent ensuite sur les prix des biens, entraînant une hausse de l’inflation. En revanche, lors d’une récession, les entreprises licencient ou suspendent les embauches, ce qui fait grimper le chômage. Les employés restants préfèrent conserver leur poste et évitent de demander des augmentations, entraînant alors une baisse de la demande et des prix stables, voire en baisse.
La situation difficile en France en 2022 et 2024, avec une inflation importante après le Covid, couplée aux effets de la guerre en Ukraine, n’était pas une stagflation. Bien que l’inflation ait été élevée, la France est restée en croissance, même si elle était faible, et le chômage est resté bas. Un seul des trois paramètres était en jeu.
Le principe de la corrélation entre chômage et inflation permet également d’agir sur cet axe. Par exemple, la Banque centrale européenne peut stimuler la croissance pour faire baisser le chômage, quitte à tolérer une inflation plus élevée, ou vice versa.
Le précédent de 1973
Après les chocs pétroliers de 1973 et 1979, le prix du baril a fortement augmenté, entraînant une hausse des coûts de production. Les entreprises ont transmis ces coûts aux consommateurs, tout en réduisant leurs investissements et leurs recrutements. Cette situation a contrecarré la théorie économique. Il y avait une inflation énorme, une récession et un chômage en hausse : la stagflation était née. Les Français ont connu plusieurs années d’inflation à deux chiffres, atteignant plus de 13 % en 1974, 1980 et 1981, tandis que la croissance stagnait plusieurs trimestres (c’était la fin des Trente Glorieuses), avec un taux de chômage en forte augmentation.
La situation était similaire aux États-Unis : Paul Volcker, à la tête de la Fed, a dû augmenter les taux jusqu’à 20 % pour lutter contre cette spirale, au prix d’une récession délibérée très douloureuse.
Pourquoi évoque-t-on la stagflation aujourd’hui ?
Le risque d’un nouveau choc pétrolier resurgit en raison du conflit en Iran. Le baril de Brent oscille entre 80 et 90 dollars (parfois même plus), les prix de l’énergie connaissent à nouveau une hausse, et les chaînes d’approvisionnement mondiales sont à nouveau perturbées.
Certains économistes, tels que ceux de MUFG ou d’Invesco, parlent clairement de « risques stagflationnistes » en Europe : une croissance faible (prévue autour de 0,9 % en France selon la Commission européenne pour 2026) couplée à une inflation qui pourrait dépasser 2 % si les chocs énergétiques se prolongent.
Sommes-nous perdus, y a-t-il encore de l’espoir ?
Il est temps d’apporter un peu d’optimisme : nous sommes encore très éloignés du scénario catastrophique des années 1970. L’inflation dans la zone euro reste contenue, estimée entre 1,8 et 2,3 % pour 2026 dans plusieurs prévisions, ce qui correspond à une « bonne » inflation (aux alentours de 2 %). La Banque centrale européenne dispose de marges de manœuvre pour réagir.
De plus, les économies sont moins dépendantes du pétrole qu’il y a cinquante ans, grâce à la transition énergétique, au nucléaire et aux énergies renouvelables. La Banque de France et son directeur François Villeroy de Galhau soulignent que 2026 n’est pas 1973. « L’inflation en France restera faible. J’entends parfois le terme stagflation… Ce n’est pas de la stagflation, car il n’y a pas de stagnation de l’activité économique. Nous allons maintenir la croissance », affirme le directeur.
Cependant, attention : si le conflit s’intensifie, si le prix du pétrole dépasse durablement les 100-120 dollars, et que les prix du gaz s’envolent à nouveau, la situation pourrait changer. Le spectre d’une « légère stagflation » deviendrait alors plus probable, surtout pour l’Europe, dépendante des importations d’énergie. Pour le citoyen lambda, les conséquences seraient immédiates. Cependant, même dans un scénario désastreux, où la stagflation ferait son retour comme les pantalons pattes d’eph ou le disco, elle serait probablement moins sévère.

